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Société

COP21: la voix de l’Afrique

Pas de promesses, mais des engagements fermes et des crédits. Lors de la COP21 de Paris, les pays africains parleront d’une seule voix afin de contribuer au succès de ce rendez-vous.

L’Afrique ne peut attendre. Les négociateurs qui s’apprêtent à se réunir à Paris savent qu’ils ont entre les mains l’avenir de mil-liards de personnes. La 21e conférence des Nations unies sur le changement climatique, la COP21, doit impérative-ment se conclure par un accord décisif entre les nations développées et les pays en développement. L’enjeu est de taille : mettre un frein à la hausse catastrophique des températures ; la sécurité et la prospérité économique futures sont en jeu, notamment en Afrique.

Toutes les études montrent que l’environnement et l’économie du continent seront beaucoup plus touchés par les dérèglements climatiques que dans les autres régions du monde, bien que l’Afrique contribue peu à la pollution mondiale. Chaque année, d’ici à 2030, son PIB pourrait perdre entre 1,5 % et 3 %, en raison de la hausse des températures. Après des années de progrès limités et d’espoirs déçus lors des diverses conférences sur le climat, de Kyoto à Copenhague, les négociateurs, partenaires et responsables politiques, espèrent que la COP21 de Paris aboutira enfin à un accord global.

À la faveur de discussions sur les objectifs environnementaux, une aide financière et un rôle moteur des pays développés, il semble que tout avant que les conséquences du changement climatique ne deviennent irréversibles. Nulle part ailleurs qu’en Afrique, l’urgence d’agir est plus pressante. Des projections révélées récemment montrent les répercussions possibles d’une augmentation des émissions sur les villes côtières à travers le monde. Elles soulignent la nécessité d’une action immédiate. Avec un réchauffement climatique limité à 2 °C d’ici à 2100 – l’objectif actuel –, l’eau inondera les rues du centre de Durban en Afrique du Sud, immergeant en partie les pins et les trottoirs. Si la température s’élève de 2 °C supplémentaires, le sol de l’hôtel de ville néo-baroque de la ville disparaîtra sous les vagues. Ces scènes dramatiques pour- raient se répéter dans de nombreuses villes côtières africaines.

Le Groupe des négociateurs africains (GNA) – présidé par le Soudanais Nagmeldin El Hassan – coordonne les efforts fournis pour éviter cette catastrophe. Le continent tient une place impor- tante dans le Groupe des 77 + Chine, la coalition des pays en développement présidée par la Sud-Africaine Joyce Mxakato-Diseko. Le GNA a exhorté les nations à réviser le niveau maximal de leurs émissions pour que la température n’augmente pas de plus de 1,5 °C d’ici à 2100. Il est soutenu par Anthony Nyong, coordinateur de la délégation de la BAD (Banque africaine de développement), qui confirme que l’objectif actuel est insuffisant : « Une augmentation de 2 °C serait déjà très nuisible – elle correspondrait à une hausse de 3,5 °C sur le continent. Une hausse de 1,5 °C serait raisonnable… Nous voulons que les gens soient plus ambitieux, qu’ils ne songent pas uniquement à ce qui les arrange, mais à ce qui est juste. »

Déjà, cette ambition semble dif-fi cilement réalisable alors que les pays peinent à respecter l’objectif actuel. Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), qui a évalué les plans de réduction des émis­sions de 119 pays, la planète pourrait enregistrer un réchauffement d’environ 3 degrés d’ici à 2100.

Financer le changement

L’obtention d’un accord sur les émissions est un élément essentiel de la stratégie pour une négociation plus large à la COP21, affirme Seyni Nafo, porte-parole du Groupe des négociateurs africains : « L’accord doit être formulé de manière à établir un lien entre l’objectif de température, l’adéquation des mesures d’atténuation et d’adaptation, et les finan­cements. »

L’assistance financière aux pays en développement est l’un des sujets les plus polémiques des discussions sur le climat. Contraints par leurs politiques respectives, soucieux de leur propre inté­rêt et secoués par l’instabilité de l’écono­mie mondiale, les pays développés ont les plus grandes difficultés à s’engager sur des objectifs financiers et plus encore à les tenir. Et pourtant, les responsables politiques et les militants pour la lutte contre le changement climatique consi­dèrent l’aide financière comme une juste contribution face aux excès des pays développés.

« Nous avons besoin d’un transfert considérable de ressources issues des pays industrialisés. Les pays en développement acceptent beaucoup de leurs partenaires et nous voulons en échange qu’ils nous aident davantage », commente Mithika Mwenda, secrétaire-général de l’Alliance panafricaine pour la justice climatique.

Bien que le sommet de Copenhague en 2009 se soit soldé par un échec, les nations développées s’étaient engagées à verser 100 milliards de dollars par an, jusqu’en 2020, pour aider les nations en développement. Cette promesse n’a pas été tenue. Selon l’OCDE, le finan­cement réel a atteint 52 milliards $ en 2013 et 62 milliards $ en 2014. Alors que les financements au-delà de 2020 vont faire l’objet de discussions à la COP21, les négociateurs africains tentent de s’assurer que les fonds jadis réservés au développement ne seront pas simplement recyclés.

« Cent milliards de dollars est un chiffre totalement inadapté. En réalité, la communauté internationale doit mobiliser des billions de dollars ! Nous proposons de mettre en place un processus pour qu’un comité permanent puisse réaliser un travail technique important afin de mobiliser des financements… Il faut que cela soit prévu dans les textes », considère Seyni Nafo.

Néanmoins, la mobilisation auprès des nations développées ne servira à rien si les bailleurs de fonds refusent de financer le coût de l’adaptation au chan­gement climatique. Qui va de la mise en place de nouvelles techniques agricoles à la construction de protections contre les inondations.

Le PNUE estime que, même dans le cas où le réchauffement serait infé­rieur à 2 °C, ce coût serait de l’ordre de 35 milliards $ par an d’ici à 2050. « Il est difficile d’avancer sur la question de l’adé­quation des stratégies si l’on n’évoque pas les financements, poursuit Seyi Nafo. La nécessité de l’adaptation se fait déjà sentir. Le changement climatique va avoir des conséquences fondamentales sur le dévelop­pement de l’Afrique. »

D’autre part, les dirigeants afri­cains entendent souligner l’importance du secteur privé, dont ils espèrent qu’il s’impliquera davantage. « Le secteur privé tient une place importante dans les discussions sur le climat et j’aimerais qu’il fasse partie des débats de la COP21 », a confié Margaret Mwanakatwe, ministre zambien du Commerce, des affaires et de l’industrie, à New African lors d’une conférence d’investisseurs.

Si les gouvernements décident seuls de l’accord central, les entreprises pri­vées s’exprimeront lors de la COP21. Un document de stratégie de la conven­tion-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) précise que la participation du secteur privé est « essentielle au succès du Plan d’action Agenda 21 et, plus généralement de la COP21 ».

L’Afrique présente un front uni

« Nous essayons de voir comment mobiliser le secteur privé et les finance­ments sur la question de l’adaptation au changement climatique. Nous devons mobiliser des billions de dollars et, pour cela, nous devons négocier avec les hedge funds, l’industrie financière et les fonds de pension. La CCNUCC doit quitter Bonn et se rendre à Davos – elle doit aller à la rencontre du secteur privé », fait observer Seyni Nafo.

Pour profiter de la publicité que génère la Conférence de Paris et inciter le secteur privé, les chefs d’État afri­cains comptent lancer des programmes de financement de l’adaptation et des énergies renouvelables, dès le début de la COP21. Selon Anthony Nyong, ces programmes ne sauraient remplacer un accord financier global mais consti­tuent un bon point de départ : « Nous souhaitons étendre ces programmes et voir comment coordonner les efforts pour nous adapter au changement climatique. Ces deux initiatives sont très positives, d’au­tant plus qu’elles sont bien accueillies par les partenaires » se réjouit le représentant de la BAD. Coopération avec les entreprises, fort soutien diplomatique des chefs d’État et initiatives ambitieuses… tout montre que l’Afrique prend très au sérieux la grave question de la lutte contre le changement climatique, à l’approche de la COP21. Reste à voir si les nations développées seront à la hau­teur et accepteront de s’engager. Selon Mithika Mwenda, l’immense travail réalisé par le continent avant la confé­rence place l’Afrique dans une position de force pour faire approuver les chan­gements nécessaires. « L’Afrique a su se faire entendre. Nous sommes unis ; nous travaillons avec les gouvernements, les par­lementaires et les diverses parties prenantes – nous sommes organisés », affirme-t-elle.

De son côté, Seyni Nafo considère qu’un accord historique est probable – même s’il craint que les intérêts natio­naux et les difficultés que présente la mise en oeuvre un accord, empêchent de trouver une solution satisfaisante.

«C’est un moment historique. Cette conférence mènera à un changement. Mais sera-t-il assez rapide ? C’est ce qui me préoccupe. C’est pour cela que nous essayons d’inclure dans le texte des mesures que l’on pourra mettre en oeuvre. Le texte est ambitieux, mais il faut pouvoir le mettre en oeuvre». 

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