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Société

Comment capturer le dividende démographique

Depuis 2018, l’UNFPA s’appuie sur la démographie remarquable de la commune de Gueule-Tapé (proche de Dakar) pour programmer son aide. Un livre rend compte de ces innovations faites au bénéfice de l’emploi, de l’éducation et de la santé.

Par Nicolas Bouchet

« Le dividende démographique se produit quand un pays parvient à tirer un bénéfice économique de sa pyramide des âges ». L’UNFPA (Fonds des Nations unies pour les populations) œuvre à la « capture » de ce dividende. L’organisation explique comment améliorer le rapport population active/population à charge par des mesures économiques et sociales.

L’Union africaine reconnaît et suit cet objectif depuis qu’elle a adopté en 2016 une Feuille de route sur le sujet et en a fait « un de ses leviers », rappelle Mabingué Ngom, directeur régional de l’UNFPA, pour la réalisation de ses objectifs de long terme « L’Afrique que nous voulons en 2063 ».

À la fois exposé de motifs, compte rendu opérationnel et programme qu’il faut poursuivre et étendre, son livre est le témoin d’une politique menée pour tirer parti de « l’énergie créatrice qui se déploie dans les quartiers chargés d’histoire », soulignée en préface par le président Macky Sall.

Au Sénégal, cette idée a éclos en un projet spécifique, appelé Fass Émergent (Fass E), dans le but d’opérer la capture de ce fameux dividende. Avec pour objectif « une intégration des approches démographiques et économiques pour amorcer et entretenir une dynamique vertueuse”, Fass E donne lieu aujourd’hui à la publication d’un ouvrage qui a pour tâche de rendre des comptes et témoigner de résultats en évitant l’écueil du triomphalisme. Le récit collectif Capturer le dividende démographique (L’Harmattan) est dirigé par Mabingué Ngom et explique la conduite de Fass E par les Nations unies dans la commune Gueule Tapée – Fass – Colobane).

Avec 63 895 habitants estimés en 2020 pour une densité de 26 900 habitants au km2, une moyenne de quatre enfants par femme et une part de 75% de personnes âgées de moins de 35 ans, « GTFC » hérite du surnom « Sénégal en miniature ». Le territoire recouvre, dans sa diversité, un « condensé de l’histoire de l’urbanisation de Dakar mais elle est tout autant l’expression concentrée de l’acuité des défis » de tous ordres que doit relever la capitale sénégalaise. En découle l’intérêt « d’expliquer la pertinence de mettre en œuvre le dividende démographique à une échelle locale ».

Cibler les acteurs locaux

 On pourrait objecter que le Sénégal rural n’y est pas représenté. Mais l’UNFPA projette qu’en 2050, 64,5% de la population sénégalaise sera urbaine et qu’en outre GTFC a, par l’histoire de sa recomposition, des similarités avec les communes « à dominante rurale » de l’agglomération de Dakar.

La commune est un modèle pertinent fait de grandes inégalités de richesse, de saturation foncière mais aussi d’activité économique en forte accélération avec l’implantation de bureaux et d’ateliers. Ce « caractère hybride » marque la diversité de formes des relations qui s’y nouent dans « la multifonctionnalité des rues », autant lieux de travail qu’extensions des cours familiales.

Pour assurer que ses bénéfices profitent aux femmes et aux jeunes, le projet place les secteurs de la santé et de l’éducation au cœur de sa stratégie. Ses bénéficiaires principaux sont choisis pour appliquer le principe selon lequel c’est « l’élévation des niveaux d’éducation, par le biais d’une éducation inclusive et universelle, qui permet de réaliser le dividende démographique ».

Des acteurs-clés sont ciblés dans ce but, professionnels de santé, élus et agents publics locaux, sans oublier « les leaders communautaires, traditionnels et religieux », interface fréquente des bénéficiaires et des responsables des projets de développement. Emploi, économie et gouvernance complètent ce tableau pour former un programme de politique sociale et d’urbanisme.

Mabingué Ngom défend l’idée qu’à GTFC le programme conduit à une « rupture opérationnelle » par l’addition des dimensions du soutien apporté aux femmes et aux jeunes dont l’autonomisation, l’éducation, la formation continue en rapport avec les besoins des entreprises locales, et la réinsertion.

À en croire le maire de la commune et la présidente du Réseau Siggil-Jigéen, Fass E serait la preuve que « l’option pour la croissance et la prospérité pour tous peut et doit être planifiée ». En revanche, le livre ne fournit pas au lecteur d’éléments d’évaluation interne ou externe qui permettraient de qualifier et de quantifier son succès. Au moins sait-on que Fass E a confirmé la cohérence de ses objectifs avec ceux des plans de développement couvrant la commune.

Tirer parti de l’énergie des quartiers

Plus intéressantes sont les perspectives données à l’émulation du projet. Les pôles urbains du Triangle Dakar-Thiès-Mbour sont pensés comme un unique « pôle de développement durable et compétitif », et composent la pointe de ce Sénégal émergent cher au gouvernement du pays. Entre en scène le développement durable, qui comprend la lutte contre l’érosion côtière et la protection des zones insulaires, mené aux côtés de collectivités locales « co-responsables de 30% des cibles des ODD ».

Mabingué Ngom, dans la revue Politique internationale, explique avoir fait sienne la devise de Thomas Edison « Notre plus grande faiblesse serait d’abandonner ». À la fois exposé de motifs, compte rendu opérationnel et programme qu’il faut poursuivre et étendre, son livre est le témoin d’une politique menée pour tirer parti de « l’énergie créatrice qui se déploie dans les quartiers chargés d’histoire », soulignée en préface par le président Macky Sall. Dans le contexte le plus récent, Fass E a contribué à la réponse à la crise du coronavirus par le financement de matériel de protection, étendu au pays entier pour une valeur de 90 millions de F.CFA. Dans les prochaines années, l’UNFPA a l’ambition de décliner Fass E au-delà des frontières sénégalaises en Guinée Bissau, en Guinée Conakry et en Mauritanie.

ENCADRE

Capture du dividende démographique au service de l’émergence, sous la direction de Mabingué Ngom

Préface de Macky Sall (Éditions : L’Harmattan Sénégal) : 22 euros

 

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