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Société

Cliniques privées du Cameroun

De nombreux Camerounais de la classe moyenne délaissent les hôpitaux publics, préférant le meilleur suivi des cliniques et des hôpitaux privés, en dépit de leur coût. Corollaire : l’aggravation de la situation dans le public et la multiplication du travail clandestin.

Depuis deux ans, Elvis S. Samba ne se rend plus dans les hôpi-taux publics, mais dans les cliniques privées. « J’ai vécu une mauvaise expérience à l’hôpital central de Yaoundé où j’ai failli perdre la vie. Je ne préfère pas donner des détails. Mais, tout ce que je peux conseiller, c’est que quand vous avez un souci de santé et que vous avez un peu d’argent, rendez-vous dans un hôpital privé ! »

En effet, Elvis préfère taire qu’il a attendu trois jours en vain pour rencontrer un spécialiste, alors que son cas était sérieux. La prise en charge dont il a bénéficié a été très approximative, confie un de ses amis : « Les hôpitaux publics ont ceci de particulier que la plupart des médecins et spécialistes ne sont pas toujours disponibles et de nombreux infirmiers exercent leur travail comme si on les forçait. Ces médecins ne sont pas toujours disponibles dans les hôpitaux publics, mais quand vous allez dans les hôpitaux privés où ils sont mieux rémuné-rés, vous les retrouvez et la prise en charge est meilleure».

Mais ce choix a un coût. Pour rencontrer un spécialiste dans les cliniques, il faut débourser en moyenne 15 000 F.CFA, jusqu’à 20 000 F.CFA chez les plus demandés. Le tarif dépend généralement de la spécialité du médecin et de l’heure de la consultation. La réglementation en matière de rémunération des médecins exerçant dans le privé au Cameroun est régie par des textes du Syndicat national des médecins privés du Cameroun (SNMPC).

La grille des consultations est comprise entre 6 000 et 15 000 F.CFA. Dans les hôpitaux publics, il faut payer en moyenne 6 000 francs. Bien sûr, les coûts des examens médicaux dans les hôpitaux privés sont plus élevés que dans les établissements publics. Quand ces cliniques n’ont pas les matériels d’analyses adéquats, elles envoient les patients dans des laboratoires d’analyses médicales. Non sans se servir au passage : « Les médecins du privé qui envoient ainsi des clients dans des laboratoires précis touchent parfois des commissions de ces laboratoires. Souvent, ils sont même partenaires. Et dans les hôpi-taux publics c’est pareil ! Ils envoient aussi des patients dans des laboratoires précis », affirme Elvis.

L’hospitalisation est encore plus coûteuse. Par exemple, dans la clinique où Elvis se rend désormais, il faut payer 22 000 F.CFA pour une nuit d’hospitalisation. « Uniquement pour le premier jour où nous sommes arrivés à la clinique, nous avons dépensé 80 000 francs », raconte une garde malade rencontrée dans une clinique au quartier Nkol-Eton à Yaoundé. Tel est le prix à payer pour avoir un bon suivi.

L’Ordre veille « au maintien des principes de moralité, de probité et de dévouement indispensables à l’exercice de la profession, et au respect, par tous ses membres, des devoirs professionnels ».

Comme Elvis, bon nombre de Camerounais, notamment ceux de la classe moyenne, ont compris que pour être mieux pris en charge, la clinique est la solution. Cette situation conforte les professionnels de la santé. C’est ainsi que les cliniques privées sérieuses ont le vent en poupe dans les grandes villes du pays. Le business de la santé rapporte.

Mais, relativise la directrice administrative et financière d’une clinique de Yaoundé, « il ne faut pas toujours croire que nous gagnons beaucoup d’argent. Car à la fin du mois il y a de nombreuses charges à régler. Le salaire des médecins et infirmiers, le loyer, les factures d’eau et d’électricité, etc. Tout cela n’est pas facile à gérer. »

Cliniques et médecins illégaux

Quoi qu’il en soit, le secteur de la santé suscite l’intérêt : une délégation de professionnels tunisiens (médecins, labo-ratoires pharmaceutiques, fabricants de produits vétérinaires, fabricants d’équi-pements médicaux, opérateurs du tourisme médical) a séjourné au Cameroun, mi-juin 2015, pour explorer les opportunités d’affaires à Douala et à Yaoundé.

Le business n’attire pas seulement les étrangers, mais aussi de faux médecins et le travail dissimulé. Au 31 mai 2015, l’Ordre national des médecins du Came-roun (ONMC) recensait au Cameroun plus de 1 000 structures médicales clandestines ! Face à cette situation, l’Ordre veut réagir et ne plus se contenter de dénoncer publiquement les clandestins. Au printemps, par exemple, un faux généraliste, dépourvu d’inscription au tableau de l’Ordre et sans autorisation d’exercer, a été interpellé et placé en détention à Yaoundé.

D’après l’Ordre, l’individu était titulaire d’un doctorat soi-disant délivré par la faculté de médecine de l’université d’Abomey à Coto-nou, au Bénin. « Il n’y a plus de tolérance possible ! », fulmine le Dr Guy Sandjon, président de l’ONMC, qui promet de nouvelles dénonciations de ce type dès qu’un faux médecin sera détecté. « Nous ne sommes pas la justice, c’est elle seule qui a le pouvoir de fermeture d’un centre de santé illégal. Nous sommes obligés de respecter ses décisions, quant à moi je continue mon travail », a-t-il déclaré devant le Conseil de l’Ordre.

En effet, au Cameroun, l’exercice de la profession médicale est enca-dré par la Loi N° 90-36 du 10 août 1990. En son article 2, elle stipule que nul ne peut exercer la profession de médecin dans le pays s’il n’est inscrit au tableau de l’Ordre. En son alinéa deux, cet article indique que « toutefois, peut exercer la profession de médecin au Cameroun, le praticien de nationalité

étrangère remplissant les conditions sup-plémentaires suivantes : être ressortissant d’un pays ayant signé un accord de réci-procité avec le Cameroun ; n’avoir pas été radié de l’Ordre dans son pays d’origine ou dans tout autre pays où il aurait exercé auparavant ; être recruté sur contrat ou en vertu d’un accord de coopération pour le compte exclusif de l’administration, d’un Ordre confessionnel ou d’une ONG à but non lucratif ; servir pour le compte d’une entreprise privée agréée ».

Cette même loi précise les conditions d’exercice de la profession de médecin en clientèle privée et confère à l’ONMC le droit de délivrer une autorisation aux médecins qui désirent travailler dans ce cadre. En clair, l’Ordre a un droit de regard et de contrôle sur les cliniques privées. Avant d’attribuer une autorisation ou un agrément, l’ONMC s’assure, conformément à la loi, que le médecin postulant à l’ouverture d’une clinique privée soit de nationalité camerounaise, soit de bonne moralité et jouisse de ses droits civiques ; qu’il justifie au moins de cinq années de pratique effective auprès d’une administration publique ou d’un organisme privé à l’intérieur du territoire national ou l’étranger ; qu’il soit inscrit au tableau de l’Ordre et qu’il ait payé toutes ses cotisations ; qu’il produise une lettre d’accord de principe de libération lorsqu’il occupe un emploi salarié ou est assistant d’un confrère exerçant en clien-tèle privée ; qu’il produise une police d’assurance couvrant les risques profes-sionnels.

La loi d’août 1990 précise en son article 7 que, « sauf convention de réci-procité, le médecin de nationalité étrangère ne peut exercer à titre privé au Cameroun ». L’État camerounais a donc conféré à l’ONMC, par la loi n° 91-21 du 13 mars 1991, le droit de « veiller au maintien des principes de moralité, de probité et de dévouement indispensables à l’exercice de la profession, et au respect, par tous ses membres, des devoirs professionnels édictés notamment par le Code de déontologie». Tout en assurant la défense de l’honneur et de l’indépendance de la profession médicale, l’Ordre des méde-cins assure une protection à la fois du public et de la profession. Le Dr Guy Sandjon, le président de l’ONMC, lui, est en tout cas décidé à en découdre avec les clandestins!

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