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Société

Cameroun : La rude épreuve de la décentralisation

En sus de la définition du statut de la région et l’absence des conseils régionaux qui constituent encore des entraves majeures pour l’implémentation effective de la décentralisation, sa raison d’être a été remise en cause à la faveur de la crise anglophone qui secoue les régions Nord- Ouest et Sud-Ouest du pays depuis deux ans.

Cette crise est révélatrice d’une absence de transferts de pouvoirs réels aux collectivités territoriales décentralisées. Selon les observateurs, les populations de la partie anglophone du pays, frustrées par la gestion hypercentralisée du pouvoir depuis plus de quarante ans, ne pouvaient qu’exprimer leur malaise face au rejet de leurs légitimes doléances par Yaoundé. Rappelons que le Cameroun anglophone, qui a rejoint le Cameroun francophone au terme d’un référendum en 1972, avait été colonisé par la Grande-Bretagne qui y a institué le système de gestion participative, encore appelée Indirect rule.

À ce jour, reconnaît le gouvernement, l’urgence est à l’accélération du processus. La création d’un nouveau ministère consacré à la décentralisation et au développement local, décidée le 2 mars par le chef de l’État, participe de cette volonté. Mais la question de la poursuite de ce mode de gouvernance divise la classe politique. Si le pouvoir reste favorable à son amélioration, une partie de l’opposition et de la société civile préconisent de nouveaux modes de gestion.

Nouvelles approches

Dans son programme politique pour la récente présidentielle, Joshua Osih, candidat du SDF, proposait une gestion fédérale du pays à dix États. Question pour lui de donner plus de pouvoirs et d’autonomie de gestion au peuple. De son côté, Cabral Libii du parti Univers et l’évangéliste Franklin Ndifor Afanwi, suggéraient une régionalisation à quatre ou cinq États, pour une meilleure gestion participative des ressources de ces régions et de leurs populations.

Dans un autre registre, Sam Baka, vice-président de l’UDC (Union démocratique du Cameroun), considère que l’État doit doter 1 milliard de F.CFA à chaque commune pour la mise en oeuvre de son plan de développement communal. Une somme qui permettra de juguler à moyen terme l’incapacité de certaines communes à réaliser, de leurs propres fonds, des infrastructures de base telles que les forages d’eau, les latrines, ou les écoles encore financées de nos jours par de l’État central.

En tout état de cause, les carences issues de la lenteur de la mise en oeuvre de la décentralisation, anime le débat politique sur la pérennité de mode de gouvernance. Les projets des candidats à la présidentielle ont fait resurgir le débat sur la définition de la forme de l’État. Les choix de gouvernance qu’opérera le président élu détermineront la capacité de ce dernier de régler les crises nées de cette centralisation des pouvoirs, ou bien d’un nouveau mode de gouvernance qui accordera plus de démocratie et d’autonomie aux élus locaux.

Car l’État est davantage confronté à un déficit de ressources financières dues en partie à cette forte concentration de pouvoirs et à la corruption, tandis que les besoins des populations vont croissant. Ces différentes options permettront à l’État de réguler son poids qui plombe le développement local en dépit des sommes colossales déployées chaque année dans le cadre du budget d’investissement public. 

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