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Société

Bénin : adapter les communautés aux changements climatiques

Bénin : adapter les communautés aux changements climatiques
  • Publiéjuin 1, 2023

Le gouvernement et le Fonds d’équipement des Nations unies veulent ancrer davantage l’approche basée sur le climat dans les systèmes nationaux. Ils sont confortés dans leur choix par d’excellents résultats au niveau local.

 

Les murs du bureau de Tchenti Koutre sont couleur rose vif, mais les visiteurs ne s’en aperçoivent pas, car il travaille dans une pénombre fermée pour se protéger de l’ardeur du soleil. En tant que chef d’arrondissement de Tampégré, au Bénin, Tchenti Koutre est responsable de l’ordre public et de la mise en œuvre des décisions du maire et du conseil municipal. Ce rôle le place au cœur des affaires communautaires, des doléances et des préoccupations quotidiennes. Dès lors, l’impact du changement climatique est au centre de tous les problèmes de ses communautés.

 

Les petits exploitants agricoles tirent à peine leur subsistance de terres de moins en moins fertiles, alors qu’ils doivent faire face à des saisons des pluies plus courtes et à des difficultés accrues d’accès à l’eau. La production est en baisse, tout comme les revenus. Si les problèmes sont variés et nombreux, ils sont liés ou exacerbés par les changements climatiques, relate-t-il. À chacune des réunions qu’il a eues avec les membres de la communauté depuis plus de deux ans, il a établi un lien entre les problèmes auxquels la communauté est confrontée et la réalité du changement climatique.

« On comprend que le changement climatique est une réalité et que nous devons nous adapter. À chaque réunion, lorsque nous avons l’occasion de nous adresser à la communauté, nous disons : « N’oubliez pas. Cette situation ? C’est le changement climatique. Et c’est une réalité que vous devez prendre en compte lorsque vous prévoyez de semer vos cultures. » »

Les agents des autorités locales comme Tchenti Koutre sont les représentations du gouvernement les plus proches des communautés et ont pour mandat de s’occuper des problèmes locaux, des préoccupations et des projets de développement à petite échelle. Cela fait d’eux des alliés potentiellement puissants lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre l’adaptation aux impacts du changement climatique, dont l’expérience est la plus aiguë au niveau local.

Le Fonds local d’adaptation au climat, conçu par l’UNCDF voici plus de dix ans, canalise les financements vers les gouvernements locaux pour l’adaptation aux impacts du changement climatique au niveau local.

 

Des pluies tardives

Les fonds sont distribués sous forme de subventions, et non de prêts, et s’accompagnent d’un renforcement des capacités et de conseils sous forme d’assistance technique, afin d’améliorer la compréhension du changement climatique et de garantir que les investissements soient durables et à l’épreuve du temps.

L’arrondissement de Tampégré de la commune de Toucountouna est composé de six villages agricoles avec une population totale d’un peu plus de 10 000 personnes, plus de la moitié a moins de quinze ans. Les revenus des ménages sont limités et dépendent de l’agriculture à petite échelle et non industrialisée, pratiquée principalement par les femmes qui utilisent des houes manuelles pour labourer de petites parcelles de terre pluviale. Avec le soutien de LoCAL, les fonctionnaires locaux sensibilisent leur communauté et eux-mêmes au changement climatique et ont utilisé une subvention de LoCAL pour construire une source d’eau résistante au changement climatique.

« Nous étions préoccupés par le fait que la période sèche est longue et que les pluies arrivent tardivement », relate Boni Louis Sagui, responsable de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement à la mairie de Toucountouna. Il explique que la solution ne consistait pas simplement à creuser un trou de forage. « L’eau était vraiment tombée à un niveau bas… Nous avons dû trouver une machine spéciale pour atteindre l’eau. Nous avons foré trois, quatre, cinq fois et ce n’est qu’au sixième essai que nous avons atteint l’eau. »

Le puits très profond se trouve à l’emplacement du puits artisanal creusé à la main par la communauté, qui s’est asséché il y a de nombreuses années. Les femmes et les jeunes filles doivent utiliser tout le poids de leur corps pour sauter et appuyer sur une pompe à pied qui fait remonter l’eau des réservoirs situés à plus de 70 mètres de profondeur. L’eau fraîche, propre et potable est recueillie dans de grands récipients en aluminium qu’elles transportent sur leur tête jusqu’à leur famille.

« Avant le forage et la pompe, nous, les femmes, passions beaucoup de temps chaque jour à chercher de l’eau dans les ruisseaux et les étangs », explique Nahini Sokotohou, un habitant. « Avant, nous tombions tout le temps malades, les enfants étaient malades, nous avions la diarrhée, nous allions toujours à l’hôpital. Mais c’est beaucoup moins fréquent aujourd’hui. »

Toutes les initiatives dans le domaine du changement climatique sont plus visibles au niveau de la base, c’est-à-dire au niveau du gouvernement local.

 

Experts locaux et nationaux

L’identification, la localisation et la budgétisation des investissements dans le domaine du changement climatique ne seraient pas possibles sans l’implication des autorités locales, selon Déré Nah Chabi, préfète du département de l’Atacora.

« C’est nous, les communes, qui avons commencé à prendre conscience de la situation climatique : les preuves, les budgets que nous soumettons. Les autorités locales prennent conscience de ce problème et essaient de planifier. »

 

Pour autant, « la question de la mobilisation des ressources se pose toujours, en particulier au niveau de la commune. Seule, celle-ci ne peut pas s’adapter, nous avons besoin de LoCAL pour aider la commune à atteindre ses objectifs », reconnaît la préfète.

Le système de subventions à la résilience climatique basées sur la performance de LoCAL est en train de s’institutionnaliser dans l’approche du Bénin en matière d’adaptation. Des experts techniques travaillent avec le gouvernement pour identifier les régions et les communautés les plus vulnérables au changement climatique, puis guident les gouvernements locaux dans l’élaboration d’un menu d’investissements éligibles pour une adaptation climatique efficace et durable.

La mise en œuvre de la LoCAL s’accompagne également d’un soutien technique et d’un renforcement des capacités. Les gouvernements locaux bénéficient du soutien du centre de formation à l’administration locale, le CEFAL, dont le personnel est formé à la mise en œuvre de la LoCAL. En juin 2022, l’équipe LoCAL-Bénin a organisé une session de formation des formateurs de trois jours dans la ville de Bohicon, située au centre-sud du pays, à quelque 125 km au nord de la capitale Cotonou. L’objectif de l’atelier, auquel ont participé douze formateurs du CEFAL, était de créer un corps de formateurs capables d’enseigner et de soutenir la mise en œuvre de LoCAL auprès des autorités locales.

Les participants de CeFAL ont appris comment aider les autorités locales à comprendre l’adaptation au changement climatique et son intégration dans les processus de planification locale, les principes fondamentaux du mécanisme et ses outils pour réaliser des actions d’adaptation au niveau de l’État.

À cette bonne volonté s’ajoute un écueil, former les élus est un travail permanent à long terme : « Nous avons constaté que la majorité des maires que nous avions formés n’étaient pas réélus », soupire Christian Raoul Kouthon, directeur général du CeFAL, expliquant que les budgets doivent s’appliquer en permanence à cette réalité.

Formation des maires sur le site de Lokossa, par le Centre de Formation pour l’Administration locale (mars 2023).
Formation des maires sur le site de Lokossa, par le Centre de Formation pour l’Administration locale (mars 2023).

 

En 2021, le Bénin est passé à une nouvelle phase, consolidant les actions LoCAL dans neuf communes et bénéficiant à plus de 860 000 personnes avec le soutien de la Banque africaine de développement et les ressources propres du gouvernement provenant du Fonds national pour l’environnement et le climat (FNEC). Avec le soutien de LoCAL, le FNEC a reçu l’accréditation du Fonds vert pour le climat en 2019, en même temps qu’il recevait une nouvelle accréditation au Fonds d’adaptation.

PF, d’après un compte rendu du Fonds d’équipement des Nations unies (UNCDF).

@NA

Écrit par
Paule Fax

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