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Société

Antoine Glaser (Journaliste) : Espions et services secrets

Dans Nos chers espions en Afrique, Antoine Glaser et Thomas Hofnung pénètrent dans l’univers du renseignement. À l’heure de la guerre économique, des grands contrats publics et de l’économie informelle, les espions sont à la manoeuvre. 

Propos recueillis par Guillaume Weill-Raynal 

A-t-il été facile d’enquêter dans l’univers secret des « espions » et des services ? 

L’enquête a été plutôt compliquée pour tout ce qui touche, bien sûr, aux services officiels en activité. Par contre, les anciens de la « Boîte », surnom donné à la DGSE par les agents entre eux, sont plus bavards.

Ils sont très nombreux à avoir « traversé le miroir » pour travailler dans le secteur privé, au sein de grands groupes opérant en Afrique, ou à leur propre compte dans des sociétés de consultants.

De plus, notre enquête a largement bénéficié de confidences d’agents africains dont la notion du secret n’est pas forcément la même que celle de leurs homologues occidentaux. Les secrets des uns ne sont pas toujours les secrets des autres ! 

Comment les services de renseignements opèrent-ils en Afrique ? Avec quels moyens ? 

Pour tout ce qui concerne les « grandes oreilles » et les interceptions dans la lutte contre le terrorisme, seuls les Américains bénéficient des moyens adéquats pour surveiller l’immense zone désertique sahélo-saharienne. Une réalité rappelée par le président Emmanuel Macron lui-même qui évoque toujours l’« aide précieuse » américaine, essentielle pour l’Armée française. 

Au niveau politique, en particulier pour surveiller leurs opposants, les pouvoirs africains font de plus en plus appel à la technologie israélienne.

Discrets, les services israéliens sont très actifs dans la plupart des pays africains, y compris ceux qui, officiellement, n’ont pas de relations chaleureuses avec Israël. Enfin, sur un continent où l’oralité prime, le renseignement humain demeure essentiel pour tous ceux dont la profession est de « savoir » ! 

Les « espions » ont longtemps été intimement liés à la Françafrique. Ce lien ombilical subsiste-t-il ? 

À l’époque de la guerre froide, Jacques Foccart, le « Monsieur Afrique » du général de Gaulle, avait installé des Postes de liaisons et de renseignement (PLR) auprès des chefs d’État africain.

À la tête de ces PLR, des officiers français conseillaient les présidents au mieux des intérêts de la France. Certains d’entre eux étaient devenus des vrais proconsuls comme en République centrafricaine. Au centre d’« un réseau des réseaux » en Afrique, Jacques Foccart était renseigné autant par le service officiel (SDECE devenu DGSE en 1982) que par ses propres hommes (des gaullistes issus de la France-libre) et des hommes d’affaires opérant en Afrique.

Dans Nos chers espions en Afrique, Antoine Glaser et Thomas Hofnung pénètrent dans l’univers du renseignement. À l’heure de la guerre économique, des grands contrats publics et de l’économie informelle, les espions sont à la manoeuvre

La principale obsession de Jacques Foccart était d’assurer l’indépendance énergétique de la France (pétrole et uranium) vis-à-vis non seulement des Soviétiques mais aussi, voire surtout, des milieux anglo-saxons (guerre du Biafra). Dans le même temps, Foccart faisait voter, comme un seul homme, aux Nations unies, les pays africains « amis » en faveur des intérêts de l’ex-métropole. 

À la chute du mur de Berlin, l’Afrique s’est mondialisée, y compris au coeur même du pré carré français (quatorze anciennes colonies d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale).

Le lien ombilical a été maintenu avec certains officiers africains formés par les services français ou avec des présidents, tels qu’Idriss Déby Itno, le chef de l’État du Tchad, qui est arrivé au pouvoir en 1990 avec le soutien de la DGSE, comme nous le racontons dans le premier chapitre de notre livre. Désormais, dans la plupart des capitales africaines, c’est open bar pour les espions de toutes les nationalités. Et les chefs d’État savent bien jouer de leurs rivalités… 

Comment les services de renseignement s’impliquent-ils dans la guerre économique que mènent les grands pays ? 

En Afrique, où règne le secteur informel, le renseignement économique est primordial. Au-delà même des institutions, la connaissance intime des réseaux de pouvoir des « décideurs » est vitale pour les milieux d’affaires.

Pour les grands contrats d’État, les services de renseignement, étrangers, sont actifs pour conseiller leurs chefs d’État respectifs. Dans le secteur privé, ce sont souvent des anciens des services qui sont consultés pour renseigner sur « qui est qui » et « qui fait quoi » dans des pays où les réseaux d’affaires sont souvent opaques.

À la tête des services de sécurité des groupes pétroliers et miniers internationaux, ce sont toujours des anciens agents qui officient. D’autant qu’en Afrique, il y a toujours une prime aux anciens qui ont su conserver des relations amicales avec d’anciens « collègues ».

Sur un continent où « affaires domestiques » et « affaires politiques » font bon ménage, l’obtention de nouveaux contrats n’est pas facile pour les derniers arrivants…

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