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Société

Les ambitions portuaires d’Olam

Le NOIP gère quatre activités principales dont la manutention des conteneurs, le vrac solide et liquide, les marchandises convention­nelles mais aussi les services de logistiques com­prenant le transport par camion, le groupage et le dégroupage des containers, le dédouanement et le freight-forwarding. Le port est doté d’un nou­veau quai de 420 mètres de long et de 13 mètres de profondeur. « Nous disposons d’un parc de stockage à containers qui est situé juste derrière le quai. Nous stockons aujourd’hui quatre fois plus de conteneurs par hectare, par an », détaille Philippe Gery.

À ce jour, une extension des quais de 270 mètres est déjà en cours de construction. Gagan Gupta se félicite de cette réalisation : « On a réussi notre pari, celui de faire un port répondant aux standards internationaux. » Le port permet notamment à deux navires d’accoster simultané­ment. Avec une capacité de 180 000 conteneurs par an, il dépasse les capacités globales du Gabon qui sont aujourd’hui de 130 000 containers.

Bolloré récupère la gestion des conteneurs

Avec le contrat de sous-traitance signé entre Olam et Bolloré pour la gestion des containers, les dissensions entre le Gabon et le groupe français semblent dépassées. Alors qu’Olam a investi près de 300 millions de dollars pour construire le ter­minal, le géant Bolloré, spécialiste de la logistique portuaire, a récupéré la gestion des conteneurs : « Nous apporterons notre expertise dans la ges­tion des 300 mètres de quais » a déclaré Cyrille Bolloré, le DG de Bolloré Transport & Logistics (BTL) lors de la cérémonie d’inauguration du port.

La gestion du quai sera donc répartie entre Olam (420 m) et Bolloré (300 m). C’est donc par souci d’optimisation du port polyvalent, que la STCG qui possède déjà le terminal à conteneurs préexistant, devient l’opérateur de l’activité conteneurs du NOIP alors que GSEZ reste en charge des marchandises conventionnelles, du vrac solide et liquide, tout en fournissant ses ser­vices logistiques.

Le président gabonais n’a pas boudé son plaisir d’inaugurer un port moderne aux capacités renforcées : « C’est un rêve devenu réalité : Léon Mba en a rêvé, Omar Bongo l’a fait et nous l’avons modernisé ! […] C’est un jour historique pour un projet symbolique » a-t-il déclaré, précisant : « J’avais fait la promesse d’être un président novateur et réformateur et le port d’Owendo en est la preuve ! […] le port représente une porte d’entrée vers l’Afrique centrale ». Il a également déclaré que le NOIP était un véritable « instru­ment de lutte contre la vie chère. » L’allocution du Président s’est achevée par des remerciements soutenus à Cyrille Bolloré, le « partenaire histo­rique qui a su s’adapter aux exigences […] Ma première sortie après l’élection de 2009, c’était ici sur le port, avec votre père et aujourd’hui vous assurez la continuité. » Le chef de l’État a également salué la performance d’Olam : « Vous nous avez habitués aux miracles et comme disait Omar Bongo : Plus on me donne, plus je réclame »

Les succès de GSEZ

Créée en 2010, GSEZ, la coentreprise qui réunit Olam International Ltd (40,5 %), la République du Gabon (38,5 %) et Africa Finance Corporation (21 %) pour développer la zone éco­nomique spéciale de Nkok, accueille aujourd’hui plus de 45 entreprises, principalement centrées autour de l’exploitation du bois. L’objectif initial de l’État gabonais était d’attirer des investisseurs internationaux. Pari réussi : la plupart des socié­tés sont étrangères et à ce jour, 45 structures ont démarré leurs activités tandis que 32 autres entreprises se sont déjà engagées à investir au Gabon. Quelque 2 200 personnes travaillent aujourd’hui dans la zone de Nkok qui devrait compter environ 180 usines d’ici trois ans. Forte de ce succès, GSEZ s’est vu confier le dévelop­pement de nouvelles infrastructures à l’instar du terminal minéralier d’Owendo pour soutenir l’industrie minière, pour un coût de 120 millions de dollars. D’une capacité de 5 MT, le projet inau­guré en 2016, a été réalisé avec célérité en moins de deux ans. Depuis le début de l’année, le ter­minal a ainsi géré plus de 1 MT. Enfin, GSEZ sou­tient l’effort d’électrification du Gabon. Le projet conduit actuellement par la filiale gabonaise du groupe singapourien comprend la construction de lignes haute tension sur 490 km et de lignes basse tension sur 170 km, qui permettront d’électrifier 171 villages d’ici 2018.

ENCADRE

Gagan Gupta, président d’Olam Gabon

Le New Owendo International Port est-il le reflet de la volonté d’Olam de s’inscrire durablement parmi les acteurs portuaires en Afrique, malgré une concurrence accrue ?

Gagan Gupta : Notre coeur de métier reste la logistique et l’agroalimentaire et nous ne sommes pas spécialisés dans les conteneurs, à ce jour. Nous avons cherché à répondre à un besoin pour faciliter nos exportations. Je précise qu’il s’agit à l’origine, d’un partenariat public privé-entre l’État gabonais, l’AFC et Olam, car nous sommes essentiellement intéressés par la logistique agricole. Nous comptons exporter le bois, provenant de la zone économique de Nkok. Cette stratégie de développement portuaire sur le continent est nouvelle pour Olam mais nous réfléchissons à d’autres projets similaires dans les pays où nous sommes déjà solidement implantés. Nous n’excluons pas de devenir un opérateur portuaire sur le continent si nous y trouvons un intérêt car fondamentalement, le port et la logistique sont liés par nature. Nous disposons déjà d’une expérience en la matière en Australie et en Ukraine. Ensuite, malgré la concurrence des autres acteurs portuaires, je pense que nous pourrions tirer notre épingle du jeu. Depuis combien de temps attend-on le port de Kribi ?

Quels sont les termes de l’accord qui vous lie avec Bolloré ?

Il s’agit d’un deal commercial entre Olam et le groupe français, avec l’assentiment de l’État bien sûr, sans qu’il ne soit directement intervenu. S’agissant des conditions de notre accord, je peux vous dire que Bolloré a investi dans le NOIP mais les termes contractuels ne sont pas encore dans le domaine public… Nous avions commencé les négociations depuis un certain temps avec le groupe de Vincent Bolloré qui est très bien implanté en Afrique. D’ailleurs, nous travaillons avec ce groupe dans de nombreux pays africains car nous sommes aujourd’hui présents dans 28 pays sur le continent.

Vous savez, il est difficile pour deux opérateurs de partager le même trafic alors qu’Owendo n’est pas le port de Singapour ou de Rotterdam… Nous avons réuni nos expertises respectives pour optimiser les capacités du port et tout le monde est gagnant. Nous gagnons l’expertise de Bolloré dans la gestion des conteneurs et de son côté Bolloré dispose d’une plateforme supplémentaire. Ensuite, en Afrique les ports font généralement l’objet de financements publics et dans ce cas précis, l’État a « gagné » un port moderne sans dépenser d’argent, ce qui est assez rare pour être souligné.

Dans quelles mesures les consommateurs gabonais profiteront-ils du nouveau port international ?

Le port international d’Owendo a déjà permis la création de 500 emplois directs et plus de 1 000 emplois indirects et les employés sont gabonais à plus de 80 %. Il y aura également de nombreuses répercussions sur tout l’écosystème, notamment à travers la multiplication des sous-traitants qui emploient également des Gabonais.

De son côté, la Zone économique de Nkok, dont nous avons la gestion, permet au Gabon de devenir économiquement plus compétitif et ses nouvelles infrastructures vont servir de levier au développement. Les productions seront exportées dans le nouveau port et, de façon plus générale, grâce à la diminution des coûts de logistique, la population bénéficiera de la baisse des coûts de transport, qui se répercuteront à terme sur les prix.

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