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Société

Algérie, politique et famille

La femme au foyer n’existe plus

La perte d’influence du pater familias se mesure aussi à la patrilocalité, qui n’est aujourd’hui plus systématique : avant, une femme se mariait là où habitait son mari ou les parents du mari. De plus en plus, l’homme accepte de déménager chez sa femme, voire chez ses beaux-parents s’ils prêtent un logement. La participation des femmes au fonctionnement de la famille a également changé leur rapport au monde extérieur, avec lequel elles négocient.

La sociologue Fatma Oussedik, qui a dirigé l’étude et travaillé plus spécifiquement sur les mobilités, note que le concept de « femme au foyer » n’existe plus vraiment. « La femme des années 2010 fait elle-même le marché, un espace traditionnellement très masculin. Elle s’occupe des démarches administratives, amène les enfants à l’école et, surtout, elle sort pour aller voir des amies».

L’étude des déplacements montre également que les Algériennes voyagent davantage : presque la moitié d’entre elles ont visité la France et elles sont 30 % à s’être rendues en Arabie saoudite où, détail intéressant, elles seraient 55 % à vouloir se rendre ; ce choix s’explique par la dimension religieuse et le prestige social de cette destination.

De manière générale, les Algériens ne sont, et c’est aussi une mutation importante, pas très mobiles. Après l’exode rural des années 1970 et le conflit armé des années 1990, deux périodes marquées par d’importants déplacements de population de l’intérieur du pays vers les villes, il semble que l’Algérie s’inscrive dans une situation de « rattrapage » : les Algériens s’installent là où ils trouvent emploi et propriété : ils sont 63 % à être propriétaires de leur logement, 55 % d’entre eux l’ont acheté et 37 % l’ont construit.

L’étude révèle que cette sédentarisation est d’abord conditionnée par le marché du travail. Car pour trouver un emploi, il vaut mieux rester là où le capital familial et social permet de se déployer dans l’espace. Plus de 50 % des salariés hommes déclarent avoir trouvé un emploi par le biais de relations personnelles ou familiales. «Pendant que les femmes, constate l’économiste Moundir Lassassi, trouvent davantage d’emplois via les agences publiques d’intermédiation. Cela s’explique en partie par la confiance que les familles mettent dans ce type d’institution, plus importante que dans les entreprises».

La sédentarisation a ensuite, comme le relève Madani Safar-Zitoun, sociologue et auteur de Le logement en Algérie. Programmes, enjeux et tensions, été accentuée par les programmes éta-tiques d’aide au logement. « Les années 1980 ont été marquées par un discours de l’État sur l’accès à la propriété. La libéralisation du marché foncier et la régularisation de l’habitat illégal sont venues dès 1986, marquant la fin de l’État logeur. Cette fin de partie a signifié pour tous, le début d’une quête éperdue de moyens financiers ou de relations sociales susceptibles de leur permettre d’accéder à un logement. Mais les années 2000, malgré la hausse des revenus du pays, n’ont pas permis de régler cette question». Résultat : 48 % des personnes interrogées déclarent habiter dans la même maison que leurs parents, dans le même quartier ou dans la même ville.

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