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Société

Algérie : Nouvelle donne démographique

Si le rythme des naissances ne baisse pas, le nombre d’Algériens va exploser. Il pourrait atteindre 72 millions d’ici trente ans. Les autorités réagissent.

Alger, Samia Lokmane-Khelil

Dans les années 1980, l’État algérien avait utilisé le cinéma afin de sensibiliser les ménages sur la nécessité de limiter les naissances. Un film en particulier, Ayech bethnach (« il vit avec douze enfants ») est resté dans les mémoires. Il décrivait, avec humour, le quotidien d’un père de famille qui n’arrivait pas à joindre les deux bouts pour nourrir sa large progéniture. À cette époque, le pays traversait une mauvaise passe économique et le baby-boom de l’après-indépendance lui causait une pression supplémentaire en matière de logement, d’emploi, d’éducation…

D’où une stratégie acharnée pour faire baisser le taux de natalité qui est finalement passé à deux enfants par famille dans les années 1990. Au début des années 2000, une tendance montrant un vieillissement de la population est même apparue, consolidée par une augmentation de l’espérance de vie. Peu à peu, la courbe s’est renversée. Si les personnes âgées décèdent plus tardivement qu’avant, le niveau de fécondité, a lui remonté.

La reprise de la natalité montre que la politique du planning familial n’est pas une réussite totale. On observe d’ailleurs aujourd’hui des similitudes avec la situation démographique en vigueur dans les années qui ont suivi l’indépendance, en 1962.

Selon une étude réalisée par le ministère de la Santé et de la population, le niveau de la natalité en Algérie est actuellement l’un des plus élevés dans le monde.

À ce rythme, la population du pays pourrait presque doubler à 2050 et atteindre 72,4 millions d’habitants. Dans son rapport, le ministère évoque une structure très contraignante, avec plus de personnes à charge (les moins de vingt ans et les plus de soixante-dix ans), dans un contexte économique rendu défavorable à la suite de la chute du cours des hydrocarbures (principale ressource financière du pays).

Les autorités algériennes ne sont pas d’ailleurs les seules à s’inquiéter de l’augmentation de la population. En déplacement à Alger, Le vice-président de la Banque mondiale chargé de la région Mena (Moyen-Orient et Afrique du Nord), Férid Belhadj, a fait part de son appréhension.

« Dans la région, la pression démographique se fait de plus en plus sentir. D’ici à 2050, il y aura plus de 300 millions de jeunes à la recherche d’emploi dans toute la région. L’Algérie aura aussi son lot de pression démographique et il faudra prendre acte de cette pression et l’utiliser à bon escient. C’est-à-dire faire que cette énergie que la jeunesse recèle soit mise à contribution pour renforcer la croissance, la créativité et trouver de nouvelles voies de développement économique », a-t-il affirmé. L’Office national des statistiques (ONS) vient de révéler que 50 % des sans-emploi sont de jeunes diplômés.

Le planning familial fait son retour

En matière d’éducation, les demandes de scolarisation sont énormes. Neuf millions d’élèves ont rejoint l’école en septembre. Selon la ministre Nouria Benghabrit, le nombre des inscrits a augmenté de 6,8 % entre 2000 et 2018. Cette évolution a provoqué une pénurie en matière d’infrastructures scolaires.

Pour l’économiste Mustapha Lamiri, d’autres pénuries sont attendues et elles seront nombreuses. « Rien que dans le domaine du logement, des calculs simples montrent qu’il faut produire plus de 600 000 logements par an sur vingt ans pour espérer avoir une situation normalisée, en tenant compte de la vétusté du parc de logements et la nécessité de reconstruire les habitations de plus de 60 à 70 ans. Les spécialistes peuvent calculer la même chose pour la santé, l’éducation, etc. », explique-t-il.

La fin de la guerre contre le colonialisme à l’époque, puis contre le terrorisme dans les années 2000, la manne pétrolière, le lancement de grands chantiers de développement économique et d’infrastructures (logements, routes, établissements scolaires…), ont procuré un certain bien-être à la population. Ils ont aussi amélioré la santé des ménages et entraîné une hausse du nombre de naissances.

Le ministre de la Santé et de la population, Mokhtar Hasbellaoui, considère qu’il est nécessaire de renforcer le planning familial. « La planification familiale contribue à créer l’équilibre entre la croissance démographique et la croissance économique et  conduit dans un contexte de faible fécondité à encourager l’épargne et à créer des opportunités pour le développement économique et social durable en investissant dans les domaines de la santé, la nutrition, l’éducation et la formation pour tirer pleinement profit du dividende démographique », a-t-il fait savoir, estimant qu’il est important de repenser la politique nationale de la population et de réajuster ses objectifs en misant sur l’amélioration permanente des systèmes d’information en matière de contraception.

L’Algérie a adopté le planning familial dans les années 1970. Faisant le bilan de cette politique, le ministre de la Santé a souligné que le pays a accompli « une avancée importante ». Il a noté par exemple que la proportion des femmes mariées âgées entre 15-49 ans et qui ne connaissant aucune méthode de contraception moderne est « quasiment nulle », actuellement, contre 74 % en 1968. Il a affirmé par ailleurs que « l’utilisation de la contraception concerne 57 % des couples mariés, contre 8 % seulement en 1970 et que plus de 80 % des femmes ont eu recours, au moins une fois dans leur vie génésique, à la contraception ».

Mais en dépit de ces résultats, la reprise de la natalité montre que la politique du planning familial n’est pas une réussite totale. Certains décèlent d’ailleurs des similitudes entre la situation démographique d’aujourd’hui et celle en vigueur dans les années qui ont suivi l’indépendance du pays en 1962.

La fin de la guerre contre le colonialisme à l’époque, puis contre le terrorisme dans les années 2000, la manne pétrolière, le lancement de grands chantiers de développement économique et d’infrastructures (logements, routes, établissements scolaires…), ont procuré un certain bien-être à la population. Ils ont aussi amélioré la santé des ménages et entraîné une hausse du nombre de naissances.

Sauf qu’aujourd’hui, comme à la fin des années 1980 d’ailleurs, la conjoncture économique a complètement changé. Les recettes des hydrocarbures ont baissé au moment où la pression démographique s’intensifie.

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