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Société

Alger: lutte antiterroriste

Cette même procédure sera ensuite élargie par le président Bouteflika avec la grâce-amnistiante, la Concorde civile et enfin en 2006, la Charte pour la paix et la réconciliation. Ces amnisties déguisées, bien qu’elles aient permis à des milliers de terroristes de rendre les armes et de pacifier plusieurs régions du pays, sont critiquées par les familles des victimes et les ONG nationales et internationales des droits de l’Homme, car les autorités ont, selon eux, sacrifié l’étape de la vérité et de la justice.

Répondre à un terrorisme en mutation

Statistiquement, selon des sources judiciaires, la loi sur la Concorde civile de 1999 a bénéficié à 6 000 terroristes de l’AIS (bras armé du FIS) et la Charte pour la paix a bénéficié à 9 000 terroristes. Ce qui donne un total de 15 000 repen­tis ! Justement, ces procédures, et leur succès relatif en asséchant durablement les maquis, ont ouvert la voie à la troi­sième étape de la lutte antiterroriste et même à un changement de paradigme. Car on ne parle plus, à partir de la fin des années 1990, que de terrorisme « résiduel ».

L’État adopte une stratégie d’endiguement aux résultats très mitigés. « La disparition des zones rouges occupées par les terroristes, leur incapacité à mener des attentats dans les grandes villes et les lois amnistiantes ont créé une démobilisation des forces de lutte », affirme un général à la retraite. « Même l’armée ne parle, officielle­ment, que de “ criminels ” au lieu de “ ter­roristes ”, une manière forcée de dire que le gros de la lutte antiterroriste est désormais derrière nous, souligne un cadre de la police. D’ailleurs une partie du dispositif (ONRB, BMPj, etc.) a été dissous et on ne s’est réveillé qu’après les attentats kamikazes de 2007 à Alger et la connexion des groupes d’ici avec Al Qaïda. »

Toutefois, cette thèse est nuancée par le commandant de secteur à la retraite : « La nature du terrorisme a mué. Il est davantage volatil, dispersé, les groupes sont peu nombreux en éléments, donc les opé­rations antiterroristes se poursuivent avec moins de fracas et de visibilité que dans les années 1990, mais le job continue. » Quant à la politique d’endiguement adoptée, elle répond au souci d’Alger d’éloigner la menace vers le Sahel au début des années 2000 – et de contenir un maquis affaibli en Kabylie, avec les résultats qu’on a connus récemment, à savoir la naissance d’un nouveau groupe qui dit avoir prêté allégeance à Daech.

Les groupes armés du Nord du pays, har­celés par les opérations militaires et cou­pés de la population, se replient vers cette zone sahélienne de non-État, où les prises d’otages, les trafics en tout genre ont per­mis à « l’émirat du Sahara » d’Aqmi, avec à sa tête Abou Zeid ou encore Mokhtar Belmokhtar, de devenir un acteur impor­tant de la région. « C’était une stratégie à court terme, une politique catastrophique, s’indigne un diplomate européen à Alger. L’Algérie croyait qu’une menace éloignée au-delà de ses frontières est une solution, or, cela s’est avéré être précisément le pro­blème. » Car avec l’effondrement de la Libye de Kadhafi et la prolifération des groupes djihadistes-contrebandiers surar­més au nord du Mali, il s’est passé exac­tement ce qu’Alger voulait éviter : voir s’ouvrir un nouveau front incontrôlable dans sa profondeur stratégique, avec une intervention étrangère, l’opération Ser­val à laquelle Alger a apporté un soutien quasi forcé.

L’opération spectaculaire de Tiguen­tourine, en janvier 2013, fut aussi pour certains militaires, le « pire » résultat de cette politique d’endiguement. L’attaque d’un complexe gazier et la prise d’otages massive menée par un groupe qui a atta­qué à partir de la frontière libyenne après un long cheminement depuis le nord du Mali, ont constitué « un choc », admet un cadre de l’armée. Au point que le débat a été relancé au sein de l’ANP et des services spéciaux autour de l’adaptation de la doctrine algérienne en matière de respect des frontières et des tabous sur l’intervention dans un pays frontalier.

«D’ailleurs, les opérations ponctuelles des commandos algériens en Libye, l’été der­nier, montrent que ce débat a été momen­tanément tranché. On sait maintenant qu’on ne peut plus être tranquilles confinés derrière nos frontières », relève un cadre de l’Armée nationale populaire. Cela ouvrira-t-il la voie à une quatrième étape de l’histoire de la lutte antiterroriste en Algérie ? « Difficile de le dire, tant que les luttes autour de la succession parasitent les options stratégiques à adopter face aux nouvelles menaces, estime un cadre de la Présidence. Mais la doxa antiterroriste algérienne, qui consiste en une stratégie multiforme et qui est citée en exemple dans le monde, sera maintenue ».

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