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Société

Alger: lutte antiterroriste

« Au début, il y avait un flottement dans l’opinion, on ne nous aidait pas beaucoup, confie un officier. Mais les populations ont vite compris que les terroristes étaient en guerre contre tout le monde et pas seulement contre l’État. Les gens ont commencé à se révolter contre les rackets et le diktat des groupes armés qui les obligeaient à les nourrir, les financer et les héberger parfois. » Un ancien responsable de la lutte antiterroriste raconte : « Si tu affames les gars au maquis, si tu les coupes de tout contact avec la population, alors ils ne tiennent pas longtemps. Un terroriste qui s’était rendu m’a dit une fois : « Tu m’as obligé à manger des cadavres d’animaux sauvages durant des semaines, nous n’en pouvions plus, nous avons perdu nos dents et la moitié de mon groupe a crevé là-haut de maladie et de famine. »

Même si les attentats deviennent de plus en plus spectaculaires (voitures ou camions piégés, grandes embuscades, villages encerclés, etc.), les forces de sécurités gagnent de précieuses batailles en déstructurant, à partir de 1995-1996, les plus dangereux groupes terroristes en milieu urbain, comme le fameux Fida (Front islamique du djihad armé, composé d’universitaires, « spécialisés » dans les assassinats d’intellectuels). « La chasse en milieu urbain, en grande partie réussie grâce à l’apport des renseignements de la population, s’est accompagnée d’autres victoires en montagne. Nous nous sommes mieux occupés du maquis sur les hauteurs longeant le nord du pays. Là, on allait “ chez eux ” et on les délogeait à force d’embuscades et de bombardement », témoigne le général à la retraite qui cite l’opération Aïn Defla en 1994, où l’armée a bombardé les lieux d’une importante réunion du GIA, décapitant une bonne partie de son commandement.

Le grand tournant de la lutte anti­terroriste a été pris dès 1994 : l’État se décide, après bien des hésitations, à armer les civils. Les chiffres ne sont pas précis, mais des dizaines de milliers d’Algériens prennent les armes, pour protéger leur village, leur quartier, leur maison ou carrément pour accompagner les unités de combat – ils connaissent mieux le terrain que les militaires – lors des opérations. « Dès 1998, tout groupe terroriste qui essayait de s’implanter en ville était immédiatement neutralisé. L’armée s’est orientée dès 1999-2000 vers la neutralisation des différents sanc­tuaires créés en montagne avec succès », commente le général Maïza. Cette lutte acharnée, avec son prix humain à payer, impliquait plusieurs casse-tête que les opérationnels ne pouvaient résoudre seuls.

« Des terroristes se rendaient, parfois massivement, souvent avec leurs familles qui étaient avec eux dans le maquis, des fois avec des enfants sans état civil vivant comme des sauvages, se souvient l’ancien commandant de secteur opérationnel. Que faire d’eux une fois qu’on a exploité leurs renseignements ? D’autre part, on savait que nous n’allions pas nous éterni­ser dans la lutte, courir toutes les montages du pays à la recherche de la moindre trace de terroriste. » La réponse est venue du pouvoir politique en 1995 : le président Liamine Zeroual décrète la loi de la Rahma (« clémence ») qui encadre les cas des repentis et encourage les hésitants à abandonner l’action armée pour bénéfi­cier des annulations de poursuites.

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