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Société

Alger: lutte antiterroriste

La lutte antiterroriste en Algérie a connu trois grandes phases depuis l’apparition de la violence au début des années 1990. Pour faire face aux formes mutantes du djihadisme, Alger cherche une nouvelle stratégie.

Plus de 3 000 militaires, des troupes spéciales entraînées à l’étranger, des barrages sur toutes les routes, des hélicoptères silencieux équipés de caméras très performantes : après l’enlève- ment et l’assassinat de l’otage français Hervé Gourdel par les Soldats du Califat, un groupe dissident d’Aqmi, dans les montagnes de Kabylie, les autorités algériennes ont répliqué sans tarder. « Cela fait plus de 20 ans que nous menons une guerre asymétrique contre le terrorisme, il en faudrait plus pour nous déstabiliser. » À en croire cet officier de l’Armée nationale populaire, la surprise de l’appareil sécuritaire algérien en 1992, lourd et pauvre en effectifs face à l’insurrection armée du FIS, n’était en rien comparable.

Face aux 37 000 hommes dans les maquis (chiffres du ministère de l’Intérieur), « les services de sécurité, c’est-à-dire la Gendarmerie nationale et la police, étaient totalement dépassés, se souvient le général Abderrezak Maïza. D’abord parce qu’ils ne couvraient qu’une partie du territoire, pendant que les zones montagneuses et steppiques restaient vides. » Un haut gradé se souvient aussi des « troupes concentrées au Sud et au Sud-Ouest » mais surtout, d’un encadrement, d’un commandement et d’équipements inadaptés. « Notre armée, héritière d’un modèle soviétique, était trop lourde à déplacer. »

Les troupes algériennes dans les montagnes de l’est de Tizi OuzouPour contrer les maquis qui foisonnaient un peu partout dans la partie Nord du pays et aux attentats en milieu urbain, « nous avons été obligés de nous adapter très vite, confie un général à la retraite, dont 20 ans de carrière ont été consacrés à la lutte antiterroriste. Mais un autre problème se posait. Certains parmi nous refusaient de parler de “ guerre ”. Les autorités ont même abandonné un projet de création de mini-état- majors militaires pour gérer les communes, car ils ne voulaient pas vendre l’image d’un pays en pleine guerre. » Mohamed Touati, ancien conseiller du président Bouteflika à la Défense, se souvient : « Les autorités algériennes ont écarté une mobilisation de type guerre. L’objectif était de lutter contre le terrorisme et non le détruire. »

En parallèle, il fallait reconstruire toute une administration locale, nécessaire pour redéployer l’autorité de l’État dans tout le pays, depuis les élections communales de 1990 aux mains du FIS dissous, inspirateur du mouvement insurrectionnel armé. Les autorités ont commencé par installer des Délégations exécutives communales, souvent dirigées par des anciens maquisards de la guerre d’Indépendance, qui réorganisaient la vie civile des communes et prêtaient, en parallèle, main-forte aux opérations antiterroristes. « Il fallait une vision d’ensemble, l’engagement massif de la troupe n’était pas suffisant, explique un haut gradé. Les autorités ont alors posé le cadre juridique pour créer des sociétés de gardiennage privées et des structures de sécurité internes aux entreprises cibles des sabotages.»

L’art du renseignement

Autre urgence : la nécessaire augmentation des effectifs des corps de sécurité et surtout, la création d’un cadre de coordination interservices, une idée du général Mohamed Lamari, chef d’état-major de l’armée de 1993 à 2004. C’est lui qui créa, en 1993, le Centre de coordination de la lutte antiterroriste. De son côté, la police a été renforcée par les Brigades mobiles de la Police judiciaire, redoutable corps antiterroriste hautement spécialisé. L’armée mobilisait quant à elle des unités plus légères comme les Divisions de choc et de chasse, commandos dirigés par des gradés chevronnés qui adoptaient le même rythme de vie que les groupes dans le maquis.

L’adaptation se déroule dans des conditions difficiles : « On réorganisait sur le tas, tout en faisant face à la montée en puissance des groupes armés. Notre premier souci était d’abord de minimiser les possibilités d’attentats surtout dans les villes. Avant que la machine ne soit enfin rodée et que l’on reprenne l’initiative, nous avons essuyé beaucoup de pertes », reconnaît un ancien cadre de la gendarmerie qui avance le chiffre de 90 opérations antiterroristes par jour, à partir de 1994, dans l’Algérois.

« On n’attendait pas d’ordres d’Alger. Dès qu’on avait le renseignement, on fonçait, en lançant les commandos ou les hélicos de combat, et on détruisait le groupe, se souvient un officier du secteur opérationnel en Kabylie. Comme ça, nous avons pu abattre 38 terroristes du GIA alors qu’ils se rassemblaient autour d’un point d’eau en pleine montagne ! »

À partir de 1993-1994, grâce aux différents réaménagements des forces et de la chaîne de commandement, plus éclatée, où chaque commandant de secteur prend l’initiative de lancer des opérations ponctuelles, la guerre entre dans une nouvelle phase. « On n’attendait pas d’ordres d’Alger. Dès qu’on avait le renseignement, on fonçait, en lançant les commandos ou les hélicos de combat, et on détruisait le groupe, se souvient un officier du secteur opérationnel en Kabylie. Comme ça, nous avons pu abattre 38 terroristes du GIA alors qu’ils se rassemblaient autour d’un point d’eau en pleine montagne ! » L’étroit maillage entre services secrets militaires, police, gendarmerie et unités commandos, dans le cadre du Centre de coordination de la lutte anti-terroriste, a permis une meilleure exploitation du renseignement.

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