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Société

Abidjan contre «les Microbes»

A Abidjan, les forces de sécurité de Côte d’Ivoire ont déclaré la guerre aux « Microbes ». De jeunes délinquants rompus à l’art de l’utilisation des armes blanches et de fusils artisanaux. Police et populations s’organisent.

Vendredi, 19 heures 30. Nous sommes au nord d’Abidjan, à Abobo, une commune for­tement marquée par la crise post-électorale de 2010-2011. Abobo et la commune voisine d’Anyama comptent près de 2 millions d’habitants. Comme chaque nuit, juste après le dîner et le journal télévisé, Marielle et ses trois enfants se barricadent dans leur petite demeure : deux minuscules chambres, une cuisine, et un salon.

Le général Brindou M’bia, directeur général de la police, reste optimiste : « La lutte contre les Microbes ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Bien au contraire, elle s’intensifiera jusqu’à l’éradication du phénomène»

Depuis leur agression, il y a six mois, par un groupe de 12 adolescents, la famille vit dans la peur et Marielle et ses enfants dorment ensemble, confinés dans leur salon. « Ces petits bandits ont attaqué ma cousine, mon voisin, et puis nous aussi, alors que nous étions en pleine nuit, endor­mis, se souvient-elle. Ils étaient nom­breux, armés, et nous regardaient droit dans les yeux. Des petits comme mon fils de dix ans. J’étais choquée. Mes enfants n’y croyaient pas. » Les « Microbes », comme on les appelle, étaient armés de coutelas, d’un marteau. L’un d’entre eux avait un fusil. « En cinq minutes, ils ont pris les quelques dizaines de francs CFA que j’avais, ma montre, mon téléphone por­table, la radio et à manger ». Et chaque nuit, le même sentiment de crainte gagne cette famille, comme il en gagne beaucoup d’autres à Abidjan. La peur d’être agressé.

La peur de représailles, également, car les forces de sécurité ivoiriennes ont du mal à venir à bout des « Microbes ». Les plaintes abou­tissent rarement à des interpellations, car les jeunes délinquants, âgés générale­ment de dix à vingt ans, bien organisés, se sentent invincibles et arrivent à passer au travers des mailles du filet. À Abobo, mais aussi dans des quar­tiers d’Attécoubé ou encore Adjamé, les « Microbes », inspirés par le film brésilien La cité de Dieu, sèment la terreur.

Ils ont commencé à se faire remarquer dès la crise post-électorale à laquelle certains ont pris part en tant que combattants. Le gouvernement ivoirien dit suivre avec attention le dossier. Hamed Bakayoko, ministre de l’Intérieur et de la sécurité, rappelle que la police a commencé à les traquer : « Avec l’Autorité pour le désarme­ment, la démobilisation et la réintégration, nous avons organisé des campagnes de sen­sibilisation des jeunes. La police criminelle et la police judiciaire sont mobilisées. » Le ministre demande aux jeunes « de croire en eux-mêmes et d’éviter le gain facile ».

Des unités d’intervention spécialisées

Les « Microbes » sont très vite deve­nus embarrassants pour le gouverne­ment. Ils seraient environ un millier, au total, dans la capitale. Spécialisés dans le vol, ils se promènent le plus souvent en groupe, armés de machettes et de fusils artisanaux. De jeunes délinquants érigent régulièrement des barrages sau­vages pour racketter les automobilistes. Des meurtres ont aussi été signalés ; un médecin très populaire à Abobo a été abattu au mois d’août. Plus de 100 jeunes ont été interpellés ces derniers mois dans le cadre des « opérations anti- Microbes », organisées par les unités d’intervention spécialisées de la police.

Le général Brindou M’bia, directeur général de la police, reste optimiste : « La lutte contre les Microbes ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Bien au contraire, elle s’intensifiera jusqu’à l’éradication du phénomène. Nous voulons éradiquer le phénomène. Nous sommes déterminés à atteindre cet objectif, avec l’appui de la population qui a compris la dangerosité de ces bandes. Elle a commencé à collaborer avec la police. »

Collaborer… Pas seulement. Des groupes d’autodéfense se forment dans plusieurs quartiers. Objectif : s’unir pour survivre et aller à la rencontre des jeunes pour les dissuader de rejoindre les « Microbes ». Pour Christine, ensei­gnante d’Adjamé, « il faut chercher tout d’abord à connaître ce qui pousse ces jeunes à créer un gang ou à en faire partie. La prison pour ces jeunes ne peut pas tout arranger ».

Pourtant, la répression semble plus dissuasive que la prévention. Au mois d’août, lors d’une importante opération ciblée à Abobo, 122 « Microbes » ont été arrêtés. Deux chefs de bande, de jeunes majeurs, ont écopé de 20 ans de prison. Cinq autres sont décédés lors de l’inter­vention de la police. Le gouvernement ivoirien a promis des actions fortes pour ramener la sérénité.

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