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Santé

Une fondation pour la technologie pharmaceutique

Une fondation pour la technologie pharmaceutique
  • PubliéJune 27, 2022

La Banque africaine de développement donne son feu vert à la création de la Fondation africaine pour la technologie pharmaceutique. Sa mission sera d’attirer la Recherche et de garantir la diffusion des vaccins ou des médicaments sur le continent.

 

Par Paule Fax

« L’Afrique ne peut plus confier sa sécurité sanitaire à la bienveillance d’autrui », a commenté Akinwumi Adesina. Le président de la BAD (Banque africaine de développement) réagissait à la création de la Fondation africaine pour la technologie pharmaceutique. Cette institution entend « considérablement améliorer » l’accès de l’Afrique aux technologies qui sous-tendent la fabrication de médicaments, de vaccins et d’autres produits pharmaceutiques.

« Il s’agit d’une grande avancée pour l’Afrique », a poursuivi Akinwumi Adesina. Selon qui l’Afrique doit se doter d’un système de défense sanitaire, basé sur trois grands domaines : la relance de l’industrie pharmaceutique, le renforcement des capacités de fabrication de vaccins et la mise en place d’infrastructures de soins de santé de qualité.

La Fondation entérine l’engagement de la BAD à consacrer 3 milliards de dollars au moins au cours des dix prochaines années à la fabrication de produits pharmaceutiques et de vaccins sur le continent.

Le souhait émis en début d’année lors du Sommet de l’Union africaine, est désormais réalité. Cette Fondation ouvre de nouvelles perspectives sanitaires à l’Afrique qui, depuis des décennies, subit le fardeau de plusieurs maladies et pandémies comme le Covid-19, mais dont la capacité à produire elle-même ses médicaments et vaccins se révèle très limitée. L’Afrique importe plus de 70 % de l’ensemble des médicaments dont elle a besoin, s’acquittant ainsi d’une facture annuelle de 14 milliards de dollars.

Les efforts déployés au niveau mondial pour développer rapidement la fabrication de produits pharmaceutiques essentiels, comme les vaccins dans les pays en développement pour en élargir l’accès, se sont révélés entravés par la protection des droits de propriété intellectuelle et des brevets sur les technologies, le savoir-faire, les procédés de fabrication et les secrets commerciaux.

Les entreprises pharmaceutiques africaines n’ont pas la capacité de dépistage ni de négociation, non plus que la marge de manœuvre nécessaire pour ferrailler avec les entreprises pharmaceutiques mondiales. Force est de constater qu’elles ont été marginalisées et laissées-pour-compte dans les innovations pharmaceutiques mondiales sophistiquées. Récemment, 35 entreprises ont signé une licence avec l’américain Merck pour produire le Nirmatrelvir, un médicament contre la Covid-19. Aucune n’était africaine.

 

Une solution pratique

À ce jour, l’Afrique ne compte aucun organisme à même d’appuyer la mise en œuvre pratique des droits de propriété intellectuelle liés au commerce (ADPIC) sur les licences non exclusives ou exclusives de technologies, de savoir-faire et de processus exclusifs.

Une lacune criante que va donc combler la Fondation africaine pour la technologie pharmaceutique. Car une fois établie, celle-ci sera composée d’experts d’envergure internationale en matière d’innovation et de développement pharmaceutiques, de droits de propriété intellectuelle et de politique de santé. Faisant office d’intermédiaire transparent, elle sera chargée de promouvoir et de négocier les intérêts du secteur pharmaceutique africain auprès des multinationales pharmaceutiques et d’autres pays du Sud, afin de partager les technologies, le savoir-faire et les procédés brevetés protégés par la propriété intellectuelle.

« Même avec la décision de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) sur la dérogation aux accords ADPIC, des millions de personnes meurent – et continueront très probablement de mourir –, faute de vaccins et de protection efficace », déplore le président Adesina. « La Fondation africaine pour la technologie pharmaceutique offre une solution pratique et va permettre de faire pencher en faveur de l’Afrique l’accès aux technologies, aux connaissances, au savoir-faire et aux processus jusque-là exclusifs. »

À propos de l’OMC, sa directrice générale, Ngozi Okonjo-Iweala, a salué une initiative qui « fournit une partie de l’infrastructure nécessaire pour qu’une industrie pharmaceutique émerge en Afrique ».

De son côté, Tedros Ghebreyesus, directeur de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) considère que cette Fondation « change la donne » ; en effet, elle accélère l’« accès des entreprises pharmaceutiques africaines aux technologies et au savoir-faire protégés par la propriété intellectuelle ».

 

Une structure indépendante

Priorité sera donnée aux technologies, aux produits et aux processus dévolus aux maladies et pandémies prévalentes en Afrique, actuelles et à venir. Elle a aussi pour objectifs de renforcer les compétences humaines et professionnelles dans le secteur, l’écosystème de recherche et de développement, et d’améliorer les capacités de production des usines et la qualité réglementaire des produits pour répondre aux normes de l’OMS.

Si la Fondation africaine pour la technologie pharmaceutique est créée sous les auspices de la BAD elle fonctionnera en toute indépendance, collectant des fonds auprès de diverses parties prenantes – gouvernements, institutions de financement du développement et organisations philanthropiques.

La Fondation entérine l’engagement de la BAD à consacrer 3 milliards de dollars au moins au cours des dix prochaines années à la fabrication de produits pharmaceutiques et de vaccins sur le continent, dans le cadre de son plan d’action pharmaceutique « Vision 2030 ». Les domaines d’action de la Fondation pourront profiter également aux autres investissements aujourd’hui déployés dans la production pharmaceutique en Afrique.

La Fondation africaine pour la technologie pharmaceutique sera basée au Rwanda. Entité à bénéfices communs, la Fondation jouira de ses propres structures de gouvernance et de fonctionnement. Elle encouragera et conclura des alliances entre sociétés pharmaceutiques étrangères et africaines.

Autres objectifs de la Fondation : renforcer les entreprises pharmaceutiques africaines pour qu’elles puissent s’engager dans des projets de production locale, dans une démarche d’apprentissage systématique de la technologie et de mise à niveau technologique des sites de production.

De concert avec les gouvernements africains et les centres d’excellence en Recherche & Développement, la Fondation renforcera l’écosystème d’innovation pharmaceutique et vaccinale en Afrique et à développer les compétences nécessaires à l’essor du secteur.

Elle permettra une coordination plus étroite des différentes initiatives de fabrication de médicaments et de vaccins existantes au niveau régional, en tirant parti des synergies et des partenariats engagés à l’échelle panafricaine.

Enfin, cette fondation La Fondation africaine pour la technologie pharmaceutique travaillera en étroite collaboration avec les grandes institutions panafricaines.

@NA

 

Écrit par
Paule FAx

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