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Santé

Paludisme, l’Afrique entre craintes et espoirs

La malaria continue de toucher fortement l’Afrique, notamment dans sa partie centrale, et certaines prévisions semblent alarmantes. De nouveaux vaccins et outils de protections arrivent, tandis que des initiatives privées, comme celle conduite par la Fondation Ecobank, permettent d’espérer.

 

Par Kimberley Adams

La pandémie de coronavirus, qui recule nettement en Afrique, ne doit pas faire oublier les autres menaces et les moyens d’y faire face. La RD Congo réagit promptement à de nouveaux cas d’Ebola, tandis que la récente journée internationale contre le paludisme est venue souligner les dangers de cette maladie, ainsi que les moyens mis sur la table pour la combattre.

En effet, un nouveau vaccin, ou plutôt une nouvelle génération du vaccin existant, pourrait très prochainement compléter l’arsenal à disposition de l’Afrique contre le paludisme. Il atteindrait une efficacité de 77 % chez les enfants en bas âge, un niveau jamais obtenu contre cette maladie. La phase 3 des tests a débuté voici un an, au Burkina Faso, au Mali et au Kenya.

Selon une publication de la National Library of Medicine, l’Afrique perd chaque année 4,3 milliards de jours de travail, 1,5 milliard de jours d’école et lui coûte environ 12 milliards $ par an. Un seul épisode de paludisme coûte en moyenne 9 $ à une famille, soit 3 % du revenu annuel moyen.

C’est un premier résultat, pour un fléau qui, contrairement à la Covid-19, touche principalement les enfants. D’autres outils existent contre cette maladie qui serait cinq à vingt fois plus contagieuse que le variant Omicron : répulsifs, moustiquaires, médicaments préventifs et curatifs…

Tout doit être mis en œuvre pour combattre cette maladie qui pourrait, à horizon 2034 et compte tenu de la poussée démographique, tuer davantage que le cancer du sein en Afrique. On annonce d’ailleurs la mise sur le marché d’une nouvelle moustiquaire imprégnée d’insecticides auxquels les moustiques ne résistent pas. Cette question est cruciale car l’on observe l’inefficacité totale ou partielle de certains répulsifs ou poisons utilisés en Afrique, notamment à l’est du continent. Les scientifiques doivent aussi améliorer les outils de tests.

L’urgence ne fait aucun doute : on comptait 241 millions de cas de paludisme en 2020 contre 227 millions en 2019. Le nombre estimé de décès s’établissait à 627 000 en 2020, soit une augmentation de 69 000 décès par rapport à l’année précédente. Sachant que « monde » est en fait « Afrique » qui représente 95% des cas…  Quatre pays concentrent les difficultés, le Nigeria, la RD Congo, et dans une moindre mesure la Tanzanie et le Mozambique.

 

Zero Palu, les entreprises s’engagent

La recherche contre le vaccin se heurte à deux écueils. Le premier est d’ordre scientifique : on ne connaît qu’imparfaitement la manière dont le corps réagit (ou non) au virus de la malaria. L’autre est économique : les grands laboratoires ont-ils intérêt à faire avancer la recherche d’un produit qui ne sera vendu qu’aux populations pauvres ?

Selon l’OMS seuls 3,3 milliards dollars ont été investis pour le contrôle du paludisme en 2020 alors que le besoin actuel est estimé à 6.8 milliards $. Et que les besoins futurs pourraient dépasser 10 milliards, d’ici à 2030.

Néanmoins, l’espoir est donc permis car plusieurs vaccins sont dans une phase avancée d’études, y compris, pour l’un d’entre eux, grâce à la technique ARN messager, désormais bien connue dans la lutte contre la Covid-19. Grâce à un programme pilote, plus d’un million d’enfants africains ont reçu au moins une dose du premier vaccin antipaludique, a révélé l’OMS le 21 avril. Les résultats au Ghana, au Kenya et au Malawi sont attendus avec impatience.

Vaccination contre le paludisme au Kenya (photo AFP).

 

Dans ce combat, les grandes organisations internationales sont engagées, de même que les fondations philanthropiques comme celle de Bill et Melina Gates. Le secteur privé est aussi mobilisé. Ainsi, le groupe Ecobank poursuit son initiative  « Zéro Palu ! Les entreprises s’engagent ». Son objectif principal est de permettre la participation du secteur privé dans un plaidoyer favorisant une volonté politique et des ressources accrues pour les actions visant à l’élimination complète du paludisme en Afriqu.

Cette initiative, lancée en partenariat avec Speak Up Africa et le collectif « RBM pour en finir avec le paludisme » a été lancée en 2020. Elle a permis de mobiliser quelque 500 000 $ dans quatre pays africains (Bénin, Burkina Faso, Sénégal, Ouganda) et d’engager dans l’aventure 37 entreprises africaines.

Le paludisme se révèle aussi un problème économique, fait observer la Fondation Ecobank. Selon une publication de la National Library of Medicine, l’Afrique perd chaque année 4,3 milliards de jours de travail, 1,5 milliard de jours d’école et lui coûte environ 12 milliards $ par an. Un seul épisode de paludisme coûte en moyenne 9$ à une famille, soit 3 % du revenu annuel moyen. La Banque mondiale estime que 100 millions de personnes sont poussées dans la pauvreté en raison de dépenses de santé catastrophiques de ce type.

 

Sensibiliser les populations

Elisa Desbordes-Cissé, directrice des opérations de la Fondation Ecobank, revient sur son programme phare, « Zéro Palu ! Les entreprises s’engagent » : « Nous souhaitons nous engager fortement dans le développement social de ces pays face à un fléau qui engendre encore de lourdes conséquences humaines. Par cet engagement, la Fondation Ecobank continue à être un acteur panafricain qui vise à accompagner le développement social et économique des populations à travers le continent. »

De même, la sensibilisation des populations s’organise. Par exemple, la Côte d’Ivoire a célébré la 15e journée mondiale de lutte contre le paludisme sous le thème « Exploiter l’innovation pour réduire le fardeau du paludisme et sauver des vies ». Dabou, ville située à une cinquantaine de km au sud d’Abidjan, a accueilli une cérémonie officielle réunissant ministre, envoyés des Nations unies, de l’OMS, de l’Unicef, ainsi que des diplomates français et américains. Ainsi, le représentant de l’OMS en Côte d’Ivoire, le Dr Jean Marie Vianny Yameogo, a-t-il profité de cette tribune pour inviter les gouvernants à renouveler l’engagement politique et poursuivre les investissements dans la prévention et la lutte contre le paludisme.

Il a demandé « aux responsables politiques et administratifs, au personnel de santé, à tous les partenaires au développement engagés dans la lutte contre le paludisme et à l’ensemble des communautés » à travailler en étroite collaboration pour faire progresser tous les pays sur la voie de l’élimination, tout en contribuant à la réalisation des autres objectifs de développement durable. « Ensemble, nous pouvons accélérer nos efforts pour parvenir à une Afrique sans paludisme », a-t-il souligné.

De son côté, le ministre de la Santé, Pierre Dimba a annoncé l’adoption de deux nouvelles stratégies innovantes de lutte contre le paludisme chez les enfants de moins de cinq ans, à savoir l’intégration de la chimioprophylaxie et le traitement préventif intermittent chez le nourrisson. Il a enfin émis l’espoir que « la Côte d’Ivoire soit éligible pour le vaccin contre le paludisme », ce qui marquerait un tournant décisif dans la lutte contre cette maladie.

@NA

 

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