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Santé

Covid-19 : Pourquoi l’Afrique doit participer aux tests cliniques

L’Afrique du Sud participe à la mise au point d’un vaccin contre la Covid-19. Une œuvre de longue haleine qui remet le continent au centre des essais cliniques, alors que les Africains sont réticents à jouer les cobayes. Une réponse africaine est pourtant indispensable.

Par Laurent Soucaille 

Quelque 2 000 personnes participeront à un essai mené en Afrique du Sud sur un vaccin contre la Covid-19. L’opération est menée par l’université Wits de Johannesbourg. Elle accueille des doses du ChAdox1 nCov-19, un produit élaboré par l’université d’Oxford. Il n’est qu’un des dizaines de vaccins annoncé depuis le début de l’épidémie à coronavirus, mais – dit-on – l’un des plus prometteurs.

D’autres tests sur ce vaccin sont menés ou prévus au Royaume-Uni, au Brésil et aux États-Unis. Dans un premier temps, les tests servent à vérifier que le vaccin n’est pas dangereux pour les patients, qu’il ne développe pas d’effets secondaires.

L’Afrique possède une infrastructure et des capacités d’essais cliniques, mais les ressources restent inégalement réparties. La grande majorité se trouve en Égypte et en Afrique du Sud, qui ont investi plus lourdement dans la R&D.

Les essais servent également « à mesurer la réponse du système immunitaire », explique un pédiatre de l’université de Wits, interrogé par France24. Cet essai dit « de phase 2 » cherche à définir la meilleure dose qui convient au système immunitaire.

L’étape sud-africaine devrait durer environ un an. De quelques volontaires au début, elle touchera donc environ 2 000 Sud-Africains. Les premiers volontaires ont entre 18 et 65 ans et ne souffrent d’aucune maladie nécessitant une surveillance médicale particulière. Progressivement, les tests seront élargis à des populations en moins bonne santé, afin de vérifier leur réaction à l’injection.

Cet essai en Afrique du Sud revêt une grande importance. On se souvient qu’en avril, les propos maladroits d’un chercheur français, qui proposait de tester des vaccins en Afrique, avaient suscité la réprobation de l’OMS et celles de l’ensemble des Africains. Pour autant, il est nécessaire de tester un vaccin sur des populations différentes, car les réponses immunitaires ne sont pas les mêmes en Afrique qu’en Europe ou en Amérique latine. Certains pays, notamment la RD Congo, avaient d’ailleurs fait part de leur intérêt pour les tests vaccinaux.

 

Retrouver la confiance dans les tests

De ce point de vue, l’Afrique du Sud, à la population diversifiée génétiquement, constitue un choix évident. Son environnement sanitaire est également intéressant, du point de vue scientifique : le pays dispose d’infrastructures de qualité, mais des maladies comme la tuberculose ou le VIH, sont difficilement combattues. Il n’est d’ailleurs pas impossible que dans un second temps, des malades du sida, donc immunodéficients, participent aux tests.

Bien sûr, s’il est vraiment prometteur, le vaccin devra être testé sur d’autres populations. Si les tests se déroulent sans incident, les populations africaines pourraient retrouver la confiance dans les nouveaux vaccins, eux qui ont eu le sentiment, non sans raison souvent, de faire figure de cobayes sans y trouver grand bénéfice.

À noter que l’Afrique du Sud sert également de test à une étude « en double aveugle » sur le BCG. Le célèbre vaccin contre la tuberculose permet-il d’éviter, non pas la contamination, mais tout du moins les formes graves de Covid-19 ? C’est ce qu’étudient les chercheurs à partir de 500 patients qui recevront le BCG. Par définition, cet espoir – ténu – ne sera confirmé qu’à moyen terme, sur les 500 personnes en question, peu seront contaminées par le coronavirus.

 « Cette faible représentation des pays africains dans les essais cliniques n’est pas inhabituelle », commente Jenniffer Mabuka-Maroa, de l’Académie africaine des Sciences. La mauvaise visibilité des sites existants, l’infrastructure limitée et les délais réglementaires imprévisibles des essais cliniques sont quelques-uns des principaux problèmes qui entravent les investissements dans ce domaine.

Le temps presse

 « L’absence virtuelle de l’Afrique sur la carte des essais cliniques est un gros problème », poursuit la chercheuse dans une note récente. Qui précise : « Le continent affiche une incroyable diversité génétique. Si cette diversité n’est pas bien représentée dans les essais cliniques, les résultats des essais ne peuvent pas être généralisés à de grandes populations. »

Compte tenu de cette diversité, les études sur la Covid-19 ne sauraient être effectuées que localement. Différentes populations réagiront de manières différentes aux médicaments et vaccins. Aussi, estime-t-elle que « davantage de pays du continent africain doivent s’impliquer de toute urgence dans les essais cliniques afin que les données recueillies représentent fidèlement le continent au niveau génétique ».

 

L’approche habituelle, consistant à développer des protocoles spécifiques à un site ou à un pays, ne fonctionnera pas. Au lieu de cela, « les gouvernements africains doivent chercher des moyens d’harmoniser la réponse à la Covid-19 à travers le continent », explique la scientifique. L’Afrique possède une infrastructure et des capacités d’essais cliniques. Mais les ressources restent inégalement réparties. La grande majorité se trouve en Égypte et en Afrique du Sud. C’est parce que ces pays ont investi plus lourdement dans la Recherche & Développement que d’autres sur le continent.

Traditionnellement, les essais cliniques sont menés dans des centres d’excellence, qui sont des sites dotés de l’infrastructure appropriée et des compétences humaines nécessaires pour mener des essais de bonne qualité. « Mais la mise en chantier de ces centres nécessite du temps et des investissements financiers importants », commente Jenniffer Mabuka-Maroa.

Une plaque tournante de la Recherche ?

Et la spécialiste d’envisager des collaborations inter-pays telles que la mise en commun de ressources entre différents gouvernements et scientifiques dans la co-conception d’essais. Ce qui passe par des directives harmonisées sur la gestion des patients, la collecte d’échantillons et le suivi et le partage des résultats en temps réel.

En raison de la répartition inégale des compétences et des ressources, le continent devrait également adopter un modèle de « plaque tournante » dans ses efforts. Cela impliquerait que les pays qui n’ont pas beaucoup de capacité soient en mesure d’expédier facilement des échantillons à travers les frontières pour analyse dans un laboratoire centralisé bien équipé, qui renvoie ensuite les données au pays d’origine de l’échantillon. Bien entendu, l’éthique ne doit pas être compromise par la hâte.

Au-delà de la pandémie actuelle, une réponse africaine aurait du sens : elle inciterait les gouvernements à évaluer leur rôle et leur niveau d’investissements dans les essais cliniques. « Cela augmentera la qualité et la quantité des essais cliniques face au défi constant des maladies infectieuses émergentes et réémergentes et face à l’augmentation constante des maladies non transmissibles. »

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