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Santé

Covid-19 : Il est encore temps d’éviter le pire, selon les Nations unies

L’ONU redoute une propagation « sans limites » de l’épidémie Covid-19. Son secrétaire général, António Guterres, juge possible d’éviter le scénario catastrophe, à condition d’engager sans délai les moyens nécessaires.

Par Laurent Soucaille

L’Organisation des Nations unies entend poursuivre son travail, y compris en période de pandémie. Tel était le message d’une conférence organisée par les quatre principaux dirigeants de l’institution internationale, le 27 mars. Une grande majorité du personnel du siège de l’ONU, à New York, est en télétravail.

Les rotations des contingents de Casques bleus ont été suspendues. Sur le terrain, le personnel onusien de retour dans les missions de maintien de la paix en provenance de zones affectés par le virus est mis en quarantaine, pour éviter une propagation dans des pays déjà vulnérables.

« Bien que nous ne soyons pas assis ensemble, soyez assurés que nous agissons ensemble », a déclaré Tijjani Muhammad-Bande, le président de l’Assemblée générale, qui réunit tous les pays membres.

Sans agir, nous prenons le risque d’une mutation du virus ; tout vaccin serait inutile et la maladie reviendrait du Sud vers le Nord ! Dès lors, il est dans l’intérêt des pays du Nord de réaliser un investissement massif en Afrique.

« Les Nations unies sont les mieux placées pour mener la réponse multilatérale au Covid-19 », a-t-il poursuivi, rejoint par le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, qui indique que le travail du Secrétariat « se poursuit en grande partie sans interruption ».

Sur le plan sanitaire, l’ONU a pu sembler particulièrement alarmiste, lors de ces derniers jours. Pour António Guterres, interrogé par RFI, « il est évident que nous sommes dans une courbe encore exponentielle », à l’échelle mondiale.

Aussi plaide-t-il pour « un effort coordonné, partout dans le monde, pour briser cette évolution ». Ce qui veut dire une stratégie de suppression de la transmission, partout de façon coordonnée et organisée.

Le risque est la propagation sans limites du virus, jusqu’à 70 % de la population, surtout dans les pays les moins munis de systèmes de santé. « Et c’est ce qu’il faut éviter à tout prix. »

Les pays du G20, groupe qui représente 80% de l’économie mondiale et 90% des infections aujourd’hui, doivent coordonner leurs actions, en collaboration avec l’OMS, « non seulement pour briser cette évolution, mais aussi pour trouver ensemble les traitements et les vaccins, et ensuite pour les mettre au service de toute l’humanité ».

L’Afrique doit être une priorité

En Afrique, la maladie se développe rapidement, comme dans tous les pays du Sud. Pays qui disposent de très peu de capacités de réponse du point de vue médical et du point de vue économique. « Alors, comme le président français, Emmanuel Macron, l’a dit pendant le G20, il faut absolument faire de l’Afrique une priorité de la communauté internationale », martèle António Guterres.

Ce qui veut dire un investissement massif, afin de disposer des équipements nécessaires (tests, respirateurs, masques, etc.) « Il nous faut une mobilisation gigantesque, c’est une priorité absolue, car il est encore temps, à mon avis, d’éviter le pire. »

Sans cette mobilisation, des millions de personnes seront infectées et même si la population africaine est plus jeune que dans les pays développés, il y aura nécessairement de nombreuses victimes.

De plus, dans une situation où le virus se transmet sans limites, les risques de mutation sont plus grands. Dans ce cas, tout l’investissement pour trouver des vaccins sera perdu et la maladie reviendra du Sud vers le Nord ! Dès lors, « il est dans l’intérêt des pays du Nord de réaliser un investissement massif en Afrique ».

L’Organisation des Nations unies entend poursuivre son travail, y compris en période de pandémie. Tel était le message d’une conférence organisée par les quatre principaux dirigeants de l’institution internationale, le 27 mars. Une grande majorité du personnel du siège de l’ONU, à New York, est en télétravail.

Ce qui implique, du point de vue technique et du point de vue financier, un effort gigantesque. António Guterres se déclare « convaincu » que les pays africains ouvriront leurs aéroports pour que les équipements puissent être rapidement transmis.

Il faut investir 3 000 milliards de dollars

Parallèlement, l’ONU a lancé un appel humanitaire pour les situations les plus vulnérables : les camps de réfugiés, ceux de personnes déplacées et les pays encore en conflit.

Plus généralement, on voit que le Sénat américain a déjà dégagé, pour les États-Unis, l’équivalent de 10% du PIB américain. Et d’après les évaluations des Nations unies, il faut « une mobilisation des ressources pour appuyer les personnes, pour appuyer les entreprises, parce que nous avons affaire à une crise humaine, ce n’est pas une crise financière, comme en 2008 ».

Aussi, l’ONU reprend-elle ce chiffre de 10% des PIB nécessaires pour combattre l’épidémie, tant au niveau des pays développés que des pays en développement. Soit une mobilisation des ressources de l’ordre de trois mille milliards $ pour aider les pays du Sud.

Les pays en voie de développement pourraient utiliser les DTS (Droits de tirage spéciaux), de l’ordre de 500 milliards $, avec l’accord du FMI. Dans le même temps, il faut des collaborations et des échanges plus nourris entre banques centrales, afin de permettre que les économies émergentes puissent avoir les liquidités nécessaires pour faire face à leurs besoins immédiats. « Et nous devons renforcer la capacité de la Banque mondiale, ainsi que celle des autres institutions financières internationales et des mécanismes d’aide coordonnés. »

Enfin, l’ONU appelle les parties en guerre au cessez-le-feu, déplorant « le risque d’échec » car les armes ne se taisent pas encore, notamment dans la région du lac Tchad et en Libye. « Tous les représentants spéciaux, tous les chefs des opérations de maintien de la paix sont activement engagés dans des négociations au Yémen, en Libye, en Syrie et dans d’autres endroits pour essayer de transformer cet appel dans l’acceptation du cessez-le-feu », explique le secrétaire général.

Cette acceptation a été annoncée d’ailleurs par les deux côtés du Yémen, par quelques-uns des acteurs en Syrie, même en Libye, et tout récemment au Cameroun et aux Philippines.

Bien sûr, il reste un travail énorme à faire entre l’acceptation du principe d’un cessez-le-feu et son application. « Il faut faire pression sur les acteurs de la guerre pour qu’ils comprennent que notre ennemi, c’est le virus, ce ne sont pas les autres hommes et femmes des pays qui sont en conflit. »

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