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Santé

Coronavirus : L’Afrique n’est pas prête, alerte une ONG

Dans la foulée de l’OMS, Alima alerte sur la gravité de la situation en Afrique. L’ONG demande des mesures d’aides et appelle à la liberté de circulation pour les matériels médicaux et les soignants.

Par Laurent Soucaille

L’épidémie de Covid-19 a touché plus tardivement les pays africains, mais le nombre de personnes contaminées ne cesse d’augmenter depuis plusieurs jours : 30 pays sur 54 sont désormais concernés, avec environ 500 cas détectés.

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La mortalité est susceptible d’être 3 à 5 fois supérieure à celle du reste du monde, considère l’ONG Alima. Qui redoute que les moyens humains et matériels, comme les lits d’hospitalisation et de réanimation, très largement insuffisants, aggravent la mortalité.

Les équipes de l’ONG connaissent, pour les avoir vues en Chine ou en Europe, les courbes de progression de la pandémie. « Son arrivée plus tardive en Afrique ne signifie pas que le continent sera moins durement touché », souligne l’association, dans le sillage de l’OMS.

Bien que 43 pays africains soient désormais en capacité de diagnostiquer les malades de Covid-19, la pénurie chronique de matériel et de personnel médical qualifié rendra plus difficile la riposte face à l’épidémie. « En effet, la quasi-totalité des hôpitaux en dehors des capitales ne sont pas équipés pour prendre en charge les soins intensifs ou mettre les patients sous respirateur. »

Selon Augustin Augier, directeur général d’ALIMA, « c’est juste une question de jours avant que le virus ne se propage davantage sur le continent africain. Or, en Afrique subsaharienne les systèmes de santé sont déjà très fragiles ». Alors que la pandémie de Covid-19 menace désormais tout le continent, il est crucial que les structures de santé en Afrique puissent disposer des moyens humains, matériels et techniques suffisants.

De plus, déplore l’ONG, des restrictions empêchent le maintien des actions humanitaires. « La communauté internationale doit impérativement prendre conscience de la gravité de la menace qui pèse sur les pays africains, et notamment ceux de l’Afrique subsaharienne », considère que l’ONG.

« La réponse doit être collective et globale, au risque, au-delà du drame humanitaire prévisible, de voir le virus réintroduit plus tard en Europe, alors qu’il aurait été tout juste temporairement éliminé. »

« La réponse doit être collective et globale, au risque, au-delà du drame humanitaire prévisible, de voir le virus réintroduit plus tard en Europe, alors qu’il aurait été tout juste temporairement éliminé. »

Les mesures préventives prises par les pays africains sont « légitimes et bienvenues ». Pour autant, certaines d’entre elles rendent quasiment impossible la circulation du personnel humanitaire et l’acheminement de matériels, indispensables à l’aide humanitaire, alors que les besoins vont s’accroître et que se profilent des périodes de malnutrition et de paludisme.

L’ONG rappelle que plusieurs pays ont interdit tous les vols internationaux et parfois intercontinentaux : « l’envoi d’experts ou de médecins d’un pays d’Afrique à un autre est devenu impossible et le matériel médical ne peut plus être acheminé dans les zones touchées. »

Des actions ciblées

En dépit de la présence des ONG, depuis la fin janvier, les mesures de sécurité, de confinement et de fermetures des frontières rendent impossible une riposte globale face à la propagation du virus.

De son côté, Alima ne reste pas inerte, à la demande des autorités de plusieurs pays :

Au Sénégal, elle intervient en collaboration avec l’Institut Pasteur de Dakar et l’hôpital universitaire de Fann. Au Cameroun, où elle apporte un soutien technique, en renforçant la capacité de prise en charge des hôpitaux et les équipes du personnel médical.

Ces deux actions seront financées pour une durée de trois mois par la Fondation Bill & Melinda Gates. Au Burkina Faso, l’ONG organise progressivement son soutien aux structures officielles de santé afin de garantir la sécurité des patients et du personnel de santé, de manière à accroître la capacité de riposte sous la coordination nationale. Malheureusement, le pays est « particulièrement affecté » par les attaques des groupes armés.

Alors que l’OMS appelle les pays africains à se préparer au pire, Alima réaffirme l’importance de mettre en place le plus rapidement possible des dispositifs de laissez-passer pour toutes les ONG. « Cette initiative permettrait d’accompagner le continent dans la lutte contre ce virus, et de manière générale de continuer à faire face à toutes les crises et urgences sanitaires en Afrique. »

En dix ans, Alima a traité plus de cinq millions de patients dans quatorze pays et a lancé une trentaine de projets de recherche sur la malnutrition, le paludisme, le virus Ebola et la fièvre de Lassa.

Rappelons que The Alliance for International Medical Action, Alima, est une ONG médicale humanitaire créée en 2009. Elle a pour objectif de fournir des soins de santé de qualité aux personnes les plus vulnérables, en zone de forte mortalité lors de situations d’urgence et de crises.

Alima s’appuie sur un mode opératoire fondé sur le partenariat avec des acteurs humanitaires nationaux, des médecins locaux et la société civile sur place. Son ambition est de révolutionner l’aide médicale d’urgence et de transformer la médecine humanitaire en favorisant la recherche et l’innovation.

En dix ans, Alima a traité plus de cinq millions de patients dans quatorze pays et a lancé une trentaine de projets de recherche sur la malnutrition, le paludisme, le virus Ebola et la fièvre de Lassa.

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