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Ressources naturelles

Tchad : Du sang neuf dans le pipeline

Le président Déby vient de nommer de jeunes cadres à la tête du ministère et des deux sociétés à capitaux publics en charge du pétrole. Leur mission : redresser le principal fournisseur des recettes de l’État, qui se remet de la crise de 2014.

N’Djaména, Geoffroy Touroumbaye

Le 21 février 2019, le président Idriss Déby Itno a surpris les Tchadiens en nommant deux femmes à des postes de direction, dans le secteur pétro­lier. La première, Valérie Commelin, a été nommée directrice générale adjointe de la Société de Raffinage de N’Djamena (SRN), une coentreprise détenue à 60 % par China Petroleum Corporation, qui en assure la direction générale et 40 % par l’État.

Valérie Commelin était jusque-là conseillère des acti­vités aval du directeur général de la puissante Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT) et membre du conseil exécutif de l’Organi­sation des producteurs de pétrole africains (APPO).

Ramatou Mahamat Houtoin, elle, a été nommée directrice générale adjointe de la SHT. Cette responsable de la communication d’Esso Tchad a remplacé une autre femme, Hanane Mouta Zezerti, une des filles du sultan très respecté du Kanem.

Les nominations de Valérie Commelin et Ramata Mahamat Houtoin (membres de la puissante Fondation Grand coeur de la Première dame Hinda Déby Itno), consacrent la féminisation de l’administra­tion publique entamée par le président Déby depuis quelques mois. Une ordonnance présidentielle, publiée en mai 2018, impose la parité dans les fonctions nominatives et électives.

La hausse de la production pétrolière, couplée à la montée du cours du Brent et à la dépréciation du taux de change F.CFA/ USD, a relancé les recettes pétrolières. Le Tchad devrait augmenter sa production pour engranger davantage de recettes.

La féminisation du secteur pétro­lier tchadien avait débuté le 21 janvier avec la nomination d’Aziza Mariam El-Béchir à la tête du ministère du Pétrole et de l’énergie. Ce devait constituer une grande première dans l’histoire du Tchad.

Pourtant, cette ancienne cadre de la puissante SHT a été limogée dix jours après son entrée en fonction. Elle a été remplacée par le secrétaire général du gouver­nement adjoint, Mahamat Hamid Koua, ancien ministre du Commerce.

Plus de 150 milliards de chiffre d’affaires annuel

Le 24 décembre 2018, le président Déby a nommé son quatrième fils, Seïd, à la tête de la SHT. À la raffinerie de Djarmaya (à une soixantaine de kilomètres au nord de la capitale), le jeune directeur général adjoint s’était distingué, en septembre 2018, en entrant dans un bras de fer avec son titu­laire chinois.

Ce qui a provoqué une pénu­rie de carburants pendant plusieurs jours, mais Seïd Déby a réussi à avoir la tête du DG chinois et à imposer à chaque poste un tandem chinois-tchadien pour assurer un transfert de compétences.

Aujourd’hui, il dirige la SHT, une société à capitaux publics qui pèse plus de 150 milliards de F.CFA de chiffre d’affaires annuel (230 millions d’euros), contrôle la pros­pection, la recherche, le développement, la production, le raffinage, le transport et la distribution de tous les produits d’hydrocarbures extraits au Tchad.

Avec toutes ces nominations à des postes clefs, le couple présidentiel a injecté du sang neuf dans le pipeline, quadrillant parfai­tement le secteur pétrolier. Cette « quadrette » doit conduire le Tchad vers un second boom pétrolier, tandis que la chute des cours en 2014 avait plombé l’économie du pays.

Augmenter la production

Après trois ans de disette, les recettes pétrolières ont commencé à augmenter. Lors de la présentation du budget 2019 à l’Assem­blée nationale, le ministre des Finances et du budget, Allali Mahamat Abakar, a révélé que les recettes pétrolières avaient été recou­vrées à hauteur de 201 milliards de F.CFA (306,5 millions d’euros) sur une prévision annuelle de 230 milliards, soit un taux de recouvrement de 87 % (contre 77 % en 2017).

Le volume de la production et des expor­tations du pétrole a augmenté (respective­ment de 27 % et 15,44 %) par rapport à la production précédente. Cette hausse est due en partie à la forte production de pétrole brut des opérateurs CNPC (+55 %) et Glencore (+4,79 %), malgré le tassement de l’activité chez l’américain Exxon (-0,16 %) dans le bassin de Doba, au sud du pays.

Cette hausse de la production, couplée à la montée du cours du Brent et à la dépré­ciation du taux de change F.CFA/USD, a relancé les recettes pétrolières. Selon son ministre des Finances, le Tchad va augmenter sa production pétrolière pour engranger plus de recettes.

Si la production actuelle de brut tourne autour de onze cargos (dont quatre pour la raffinerie de Djarmaya et sept pour le marché international), elle devra fortement augmenter, de 20 cargos dès 2021, avec les projets engagés à travers le pays.

L’échéance Glencore

L’État a attribué à la CNPCIC, qui exploite le bassin de Bongor, sept nouveaux champs. Il a prolongé la cession d’exploita­tion d’Exxon de vingt ans, jusqu’à 2050 ; le groupe américain va augmenter sa produc­tion dans le bassin de Doba, grâce à sa tech­nologie polymère. Dans la région du Logone occidental, au Sud, deux autres opérateurs, Opic Africa et Petrotchad, vont se connec­ter à Komé, point de départ du pipeline qui débouche au port de Kribi, au Cameroun.

D’autre part, le projet de Sédigui, qui prévoit la construction de deux gazoducs de 320 km, d’un dispositif de purification de gaz et d’un terminal gazier à Djarmaya, est très avancé. Il en est de même du projet de raccor­dement du pipeline du Niger, long de 600 km, au réseau d’exportation tchadien. Autant de projets qui vont renflouer les caisses de l’État.

Le Tchad devra profiter de cette bouffée d’oxygène, du moins le temps de la période de grâce arrachée avec Glencore, à travers un accord intérimaire le 21 février 2018 enté­riné par un accord définitif le 28 juin 2018, avec l’appui du FMI.

Le prêt contracté par le Tchad auprès du géant suisse du trading est de 1,4 milliard de dollars ; une somme qui comprend le rachat des parts de Chevron dans le consortium exploitant le bassin de Doba et une soulte de l’ancienne dette de 600 millions $ de 2013 qui n’avait pas été totalement rembour­sée.

Le solde à fin décembre 2017, reste de 1,3 milliard $, ce qui signifie que 159 millions $ seulement du principal ont été remboursés, en plus d’importants intérêts. Passés les deux ans de grâce, le Tchad devra recommencer à rembourser la dette Glencore. C’est la quadra­ture du cercle dans lequel il s’est enfermé.

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