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Ressources naturelles

L’économie bleue, un nouveau filon

Gouvernance maritime

Invité d’honneur de cet ABEF 2018, Paul Holthus, PDG du Conseil mondial des océans, est venu spécialement de Honolulu où l’ONG a son siège. Si pour cet expert reconnu mondialement, il existe bien de nombreuses opportunités d’investissement dans l’économie bleue en Afrique, les défis n’en sont pas moins nombreux, notamment en ce qui concerne la préservation des océans. «Nous allons tout faire pour que les communautés d’affaires qui vivent de l’exploitation des océans se rassemblent et collaborent y compris avec les communautés locales afin de parvenir à relever les défis existants». Entre le réchauffement climatique, la montée des océans, la pêche illicite et la piraterie en mer dont sont victimes la plupart des pays côtiers, notamment dans le golfe de Guinée, un système de gouvernance maritime durable et mutualisé est devenu indispensable.

« C’est parce que l’économie bleue est un concept si vaste que nous devons lui apporter de la cohérence. En ce qui concerne l’Afrique, nous devons être au coeur des changements qui sont en train de se produire sous nos yeux afin de pouvoir récolter les premiers bénéfices de notre économie bleue », a renchéri David Luke qui coordonne le Centre africain sur la politique commerciale de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (Cenua).

Si les ODD sont, selon lui, « essentiels pour le développement humain et la réduction de la pauvreté en Afrique », il a toutefois mis en garde contre « les solutions à court terme pour cautériser les plaies, qui ne fonctionnent pas ». Des solutions de développement durable vont donc devoir être pensées et pleinement intégrées, « particulièrement dans la façon dont le business est mené en Afrique vis-à-vis des océans », a-t-il ajouté.

Implication du secteur privé

Un pari qui est loin d’être gagné. Pour Yonov Frederick Agah, directeur général adjoint de l’OMC (Organisation mondiale du commerce), le principal défi en Afrique est de parvenir à mettre en place une approche régionale : « L’un de nos problèmes est que nous n’aimons pas les idées, a-t-il regretté. Les ébauches de programmes sont sur l’étagère. Mais l’intégration signifie qu’il faut lâcher prise sur certains points».

L’idée a suscité cette comparaison de la part de Gregor Paterson-Jones, un expert indépendant sur les investissements dans les énergies renouvelables : « L’économie verte est plus facilement définie, car elle concerne les énergies propres. L’économie bleue a quant à elle plusieurs secteurs avec différents types d’opportunités d’investissement. » Il n’en reste pas moins : « C’est le bleu qui est le nouveau filon vert ! »

Des financements innovants devront être trouvés pour parvenir à des économies d’échelle dans et entre les différents secteurs. Tous les experts participant au panel sur l’« économie bleue et le financement des océans » sont tombés d’accord. L’Afrique a besoin de davantage impliquer son secteur privé si elle veut atteindre la phase de l’industrialisation et combler son retard énergétique.

Les financements publics et les programmes pilotés par les banques de développement à l’échelle du continent sont là pour « amorcer la pompe » et amener les privés à entrer dans un cercle vertueux. Certains secteurs comme la pêche et l’aquaculture, qui sont les plus gros pourvoyeurs d’emploi avec l’agriculture, devront également être mieux réglementés.

Pour Kevin Chika Urama, conseiller du président de la BAD sur l’inclusion et le développement vert, l’« Afrique a largement les capacités techniques pour se développer. Que ce développement soit bleu, vert ou blanc n’a aucune importance à partir du moment où il y a des retombées économiques pour le plus grand nombre », a-t-il indiqué. Tout en reconnaissant l’impact très important de l’économie bleue pour le continent, car celle-ci « contribue à la création de chaînes de valeur dans de nombreux secteurs et accélère ainsi les processus de transformation ».

Gisements d’emplois

De la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (IUU) en passant par la sécurité maritime, la gouvernance des océans et le rôle des services de l’écosystème dans les pêcheries et l’aquaculture, ABEF 2018 a permis de « débroussailler » les questions liées à l’économie bleue en Afrique. « La prochaine étape consiste à mettre en oeuvre des politiques qui conduiront à un développement économique durable et inclusif », a estimé Leïla Ben Hassen. À l’instar de la FAO qui a compris en lançant son « Initiative pour une croissance bleue » à l’échelle de la planète, tout le potentiel en termes de créations d’emplois que représente l’économie bleue, la fondatrice d’ABEF 2018 appelle de ses voeux une meilleure employabilité pour les jeunes et, notamment, les femmes et les filles.

Le Ghana, par exemple, a réussi à créer en cinq ans plus de 10 000 emplois dans l’aquaculture dont la plus grande majorité est occupée par des femmes. Ce secteur représente aujourd’hui, à l’échelle de la planète, un cinquième des emplois industriels créés chaque année avec 40 millions d’emplois dans l’aquaculture sur les 200 millions pour l’ensemble du secteur industriel.

Au titre de ses conclusions, ABEF 2018 a prôné une meilleure éducation de la jeunesse africaine afin de lui permettre d’appréhender tous les potentiels de l’économie bleue ainsi que la nécessité d’avoir des données pertinentes.

Mieux prévoir au niveau des politiques publiques, particulièrement en ce qui concerne le changement climatique et favoriser la R&D au niveau des entreprises dans tous les secteurs de l’économie bleue sont, en effet, l’un des ressorts pour que l’Afrique réussisse le tournant de son industrialisation. L’Asie l’a déjà compris en organisant en octobre 2018 à Hong Kong le premier sommet mondial sur le développement durable entièrement dédié à l’économie bleue. 

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