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Ressources naturelles

Guinée : Un futur géant du fer ?

L’un des plus importants gisements au monde

Accusations et batailles juridiques ont inter­rompu le projet. Un associé de BSG Resources a été incarcéré aux États-Unis en 2014 pour avoir fait obstruction à une enquête du FBI sur les accusations de corruption, tandis que Rio Tinto, qui détient les droits des deux autres gise­ments de Simandou, a tenté de pour­suivre en justice les deux sociétés pour vol. L’affaire a été classée sans suite en 2015.

Quel est l’avenir d’un projet où plusieurs grandes entreprises ont connu des échecs retentissants, alors que le parti au pouvoir est sous le feu des critiques, et que la demande mondiale du fer affiche des signes de repli ?

« Suite à cet accord, BSG Resources renonce à tous droits sur les blocs 1 et 2 de Simandou et les deux parties abandonnent les procédures », a décidé la société minière.

De son côté, Abdoulaye Magassouba, ministre des Mines et de la géologie, a fait part de sa satisfaction. Il a qualifié l’accord de « grande victoire pour la Guinée » et salué le « courage extraordinaire » du président Alpha Condé. « Nous voulons nous tourner vers l’avenir » a-t-il souligné. « Le pays vient de récupérer l’un des plus importants gisements de fer du monde. »

Rio Tinto détient 45 % des blocs 3 et 4 de Simandou, la société publique chinoise Chinalco en possède 40 % et le gouverne­ment en reprend 15 %.

La société anglo-australienne a également fait l’objet d’accu­sations et semblait vouloir se débarrasser du projet, mais la vente de ses parts à Chinalco a échoué en 2018. « Rio Tinto et Chinalco vont continuer de travailler avec le gouvernement guinéen pour trouver d’autres moyens de tirer profit du gisement de fer de Simandou », avait assuré la société.

Que va-t-il se produire à présent ? John Meyer, analyste spécialisé dans les mine­rais, auprès de la société de financement d’en­treprise SP Angel, considère que Rio Tinto n’est plus vraiment intéressé par Simandou : « Rio Tinto et Chinalco travaillent sur ce projet depuis 22 ans, mais leurs objectifs ne sont pas clairs, détaille l’expert, car Rio Tinto possède tant de fer dans l’ouest de l’Australie que l’ex­ploitation du gisement de Simandou n’est sans doute pas sa priorité. »

De nouveaux investisseurs

Robert Besseling, directeur exécutif à la société de veille des risques EXX Africa, estime que Chinalco sera le bénéficiaire de l’accord de février, compte tenu de sa forte présence dans le secteur de la bauxite en Guinée. «C’est Chinalco qui a le plus de chances de développer le projet Simandou. Les entreprises chinoises sont très présentes dans le secteur de la bauxite en Guinée, ce qui prouve leurs relations étroites avec le gouvernement , analyse-t-il. Chinalco a également fait part de sa volonté de réunir les quatre blocs, ce qu’approuve le gouvernement. Sans cette unification, le coût de la construction de la ligne de chemin de fer sera trop élevé. Je ne pense pas que Rio Tinto puisse concurrencer les Chinois. »

Même si BSG Resources, qui a des parts dans des mines de cuivre et d’or et possède la mine de diamants de Koidu en Sierra Leone, a perdu Simandou, Beny Steinmetz demeu­rera un acteur important du fer dans le pays.

« À la requête de la Guinée, un nouveau groupe d’investisseurs, présenté par Beny Steinmetz, exploitera le gisement de Zogota, afin d’exporter du fer, selon un calendrier accéléré », informait le communiqué de février de BSG Resources. « Les parties se réjouissent que cet accord ouvre un nouveau chapitre dans leurs relations qui permettra la réalisation d’un projet minier pour le bénéfice du peuple de Guinée. »

Dans le cadre de cet accord, Niron Metals, la nouvelle entreprise fondée en 2018 par Mick Davis, ancien PDG du groupe minier Xstrata, exploitera la mine de Zogota, située dans les environs, dans laquelle BSGR conser­vera une participation. « Niron juge que la production peut être lancée rapidement sur le gisement de Zogota, contribuant à exploiter le potentiel qu’offrent les vastes ressources de Guinée, au profit de tous les acteurs », a fait savoir Niron.

On estime à 20 milliards $ les dépenses nécessaires dans les infrastructures, dont la construction d’une ligne de chemin de fer de 650 km reliant le site à la côte guinéenne.

L’ancien président français Nicolas Sarkozy a joué un rôle important pour obtenir l’ap­probation de Beny Steinmetz. Aussi, John Meyer, l’analyste de SP Angel, estime-t-il que ce partenariat « improbable » pourrait s’avérer fructueux.

« Mick Davis a la capacité de lancer l’industrie du fer en Guinée, en adoptant une approche éthique adéquate », indique l’ana­lyste. « Son association improbable avec Beny Steinmetz conçue par Nicolas Sarkozy crée une solide équipe dotée d’une expertise suffisante pour financer de nouvelles mines et des infras­tructures dans la région. »

Hypothèque électorale

L’insuffisance des infrastructures est l’un des obstacles majeurs au développement de Simandou. On estime à 20 milliards $ les dépenses nécessaires dans ce domaine, notamment la création d’une ligne de chemin de fer de 650 km reliant la forêt à la côte guinéenne. Ce coût élevé a contribué au statu quo jusqu’ici.

Le gisement de Zogota présente moins de difficultés infrastructurelles : « Le fer de Zogota passera par le Liberia, en utili­sant le chemin de fer actuel. C’est un immense avantage pour le dévelop­pement du projet », observe Robert Besseling.

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