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Reportage

Paris : Restaurant « le Marabout », la magie au bout des doigts

[REPORTAGE] – Il fait froid en ce début de soirée à Paris. Au 244 rue de la Croix Nivert dans le quinzième arrondissement de la capitale, rien qui tranche avec l’ordinaire. Les badauds et autres passants déambulent. Blotti dans un immeuble haussmannien, le restaurant « Le Marabout » avec sa façade en couleur murale grise et son store marron clair ne paie pas de mine. Et pourtant…

Reportage de Serges David

Et pourtant, il faut pousser la porte, une baie vitrée, pour comprendre. Bien avant, sur l’écriteau au fronton les deux mots : « Le Marabout ». Ce qualificatif clivant soit-il, donné au restaurant, est tout sauf un inextricable hasard.

Un conseil toutefois : avant  de faire un tour dans ce restaurant parisien couru, il est impérieux de réserver. L’affluence des consommateurs dans ce temple de la gastronomie, le recommande.

Il est la symbiose entre deux civilisations, et le trait d’union entre l’Afrique et la France. Ce clin d’œil à la double culture caractérise le maître des lieux : le chef cuisinier franco-ivoirien Capo. De fait, la première lettre A du nom du restaurant « Le Marabout » symbolise la Tour Eifel donc Paris et la France, et le cauris jaune ainsi que sa fente noire à l’extrémité gauche viennent rappeler l’Afrique des mystères. Mystères ? Que se passe-t-il donc de si mystérieux au Marabout ?

Drapé de rideaux et de voilages aux couleurs chatoyantes rouge bordeaux, la salle accueille les clients avec en fond sonore de la musique doucereuse diffusée à travers deux téléviseurs. Le plafond avec son éclairage violet tamisé customise le cadre. Les chaises, décorées en tissu traditionnel du nord de la Côte d’Ivoire : le bogolan, offrent un cadre cosy pour un moment gastronomique hors du commun.

Le Marabout restau

Le décor chatoyant de l’établissement fini par faire oublier la grisaille dehors et le froid glacial couplés ce jour à une averse…La disposition modulable de la salle, avec les tables et les chaises, forme une botte (comme la carte de l’Italie) où chaque client peut aisément s’asseoir.

Au total 40 places qui, en si peu de temps, en pleine semaine, n’offrent plus de possibilités. Quasiment elles sont toutes prises par des amateurs de la gastronomie afro-africaine saisis dans un défilé de va et vient entre les commandes à emporter et la consommation sur place.  

Le client est convié à un voyage à travers le mafé de Bamako et de Yamoussoukro, le capitaine de Dakar et des Almadies, l’alloco des « Ivo »… l’Attiéké, couscous de manioc d’Abidjan, le Bobolo, bâton de manioc du Cameroun, le Chikouang, frite de patates douces du Congo…

Les serveurs affables, le regard débonnaire crayon et bout de carnet en mains s’affairent autour des différentes tables. Ils notent les commandes avec l’art achevé de l’habitude et fusent de la bouche des clients les « quatre dibi en entrée », « avec quoi ? », lance le serveur au lieu du mythique « avec ceci ?» des commerçants. 

Chef Capo

« Capitaine, dibi, carpe, brochettes braisés », précisent des clients visiblement heureux d’être dans ce miniature Port-Bouët (commune insulaire de la ville d’Abidjan).

En attendant les plats dits de « résistance », les jus de fruit sont délicatement portés à table aux convives qui devisent. S’ajoutent des grappes d’arachides salées et une attention des serveurs, jamais prise à défaut, et toujours prompts à satisfaire les demandes qui fussent.

Moins d’un quart d’heure, les commandes arrivent. Elles sont toutes chaudes et toutes copieuses. Le plat « poisson capitaine braisé » titille les papilles et il est servi avec de l’alloco (banane dorée à l’huile) ; puis c’est le festival, avec le plat « poisson carpe et le riz tchep », le plat « dibi » (morceau de viande découpée en grosses tranches et souvent avec des os assaisonnés avec le riz tchep), le plat « brochettes braisées » servi avec de l’alloco.

Le restaurant est en ce moment-là bercé par une douce senteur qui flotte dans l’air : C’est alors que son nom « Le Marabout » prend toute sa dimension et son mystère (en Afrique, les marabouts sont perçus comme des êtres ayant des pouvoirs surnaturels), car le client est convié à un voyage à travers le mafé de Bamako et de Yamoussoukro, le capitaine de Dakar et des Almadies, l’alloco des « Ivo »… l’Attiéké, couscous de manioc d’Abidjan, le Bobolo, bâton de manioc du Cameroun, le Chikouang, frite de patates douces du Congo…    

Entre deux clips vidéos projetés sur les écrans des deux téléviseurs, les consommateurs ont un appétit affirmé, accentué notamment par la superbe présentation des plats et leur côté gustatif. A travers les « messes basses » et les épices qui titillent le nez et les papilles, les aficionados parlent gaiement tout en consommant à satiété.

Les qualificatifs fussent alors des convives : « C’est goûteux et tendre », «c’est très bon », « oh que le service est rapide ». Et rapidement, s’instaure un jeu de notation : « Je donne 08/10 », Et toi « 09 sur 10 » ; « Moi je n’hésite pas 10/10 ». Sous le regard mi-charmeur et mi-sérieux des masques ivoiriens, les clients ne voient pas le temps passé. Trois serveurs sont là pour répondre à la moindre sollicitation.

Poissons braisés et alloko

Pour sa part, la salle progressivement et définitivement est assaillie : on rencontre des « Blancs » et des « Noirs », des couples mixtes, des amoureux et autres nostalgiques de l’Afrique. A l’autre bout de la salle, un dragueur qui visiblement peine à convaincre son invitée de signer « un contrat affectif » ; pas loin, un Français tente de recoller les morceaux cassés avec son Africaine et son regard témoigne de la difficulté de l’exercice. Tandis qu’un groupe de jeunes dames consomment avec un air débonnaire.

« Tout se passe bien ? », souffle Mariame, la responsable/gérante d’un soir du restaurant. Elle regarde partout. S’assure que tout se passe au mieux sous la bénédiction du « tambour parleur » africain présent dans la salle. L’un des serveurs n’est pas en reste, il paterne en chauffant le biberon d’une cliente qui le lui a demandé.

Au terme de plus de deux bonnes heures et demie, le restaurant ne désemplit toujours pas. C’est le chassé-croisé entre consommation sur place et plats à emporter.

Ouvert tous les jours de la semaine, le restaurant « Le Marabout » tient jalousement à sa réputation d’établissement qui revisite les mets africains tout en ne perdant pas de vue la qualité gustative. Chef Capo et son équipe ont pu, outre « le bon goût », la décoration de « ouf », trouvé un vertueux équilibre entre les prix et les plats.

Met à base de banane

Un conseil toutefois : avant  de faire un tour dans ce restaurant parisien couru, il est impérieux de réserver. L’affluence des consommateurs dans ce temple de la gastronomie, le recommande.

Une réponse à “Paris : Restaurant « le Marabout », la magie au bout des doigts”

  1. […] Paris : Restaurant « le Marabout », la magie au bout des doigts […]

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