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Reportage

La Ghriba, un pèlerinage ancré dans la modernité

Avec le pèlerinage annuel, à l’occasion de la fête juive de Lag Ba’omer, la Tunisie s’ouvre sur le tourisme religieux. La Ghriba enregistre une affluence grandissante depuis quelques années, devenant l’une des principales attractions de l’île.

Il n’est pas rare de croiser des bus de touristes étrangers. Nombre d’Israéliens, entre tourisme et foi, découvrent les beautés de l’île. « Nous sommes une cinquantaine, venus d’Israël. C’est ma première fois ici », explique Évelyne 62 ans, qui a retrouvé la maison familiale à Sfax.

« Nous sommes arrivés par la Turquie et nous avons laissé notre passeport à l’aéroport de Djerba, le temps du séjour », précise-t-elle, munie d’un visa volant. Si elle n’a pas eu le temps d’échanger avec la communauté juive djerbienne, elle n’est pas déçue des activités… 

Le tourisme religieux profite également aux opérateurs du tourisme tunisien. Avant de devenir ministre du Tourisme et de l’artisanat, René Trabelsi était le directeur général du tour-opérateur tunisien Royal First Travel.

Il affrète des avions de l’étranger, organise des « séjours cashers » lors du pèlerinage de La Ghriba. Son père n’est autre que le président de La Ghriba de Djerba, Perez Trabelsi… « La Ghriba joint l’utile à l’agréable… La légende dit que des malades ont été guéris après leur passage ici. Il y a cet aspect religieux, mais aussi touristique… Le pèlerinage est devenu très moderne. Autrefois, les pèlerins vivaient chez l’habitant. Aujourd’hui, grâce aux capacités hôtelières, nous avons un potentiel de 20 000 pèlerins en Tunisie. », commente René Trabelsi.

Cet événement jadis « local », fait désormais l’objet d’un tourisme de la mémoire dont la portée a dépassé les seules frontières tunisiennes. 

Ancrage dans le xxie siècle 

Pour attirer les jeunes de la diaspora djerbienne, le ministère du Tourisme parie sur le « tourisme durable » et la « proximité » en valorisant en particulier les maisons d’hôtes : le pèlerinage ancestral de la Ghriba s’adapte à l’époque du « AirBnB » et les visas touristiques pour la Tunisie devraient bientôt être digitalisés…

Entre marché artisanal, thalassothérapie, musées ou tourisme médical, Djerba a su diversifier son offre touristique. Les plus jeunes profitent de nombreuses activités en plein air telles que l’équitation, le jet-ski ou le kite Surf, flânent dans les ruelles de Djerba Hood (musée de Street Art à ciel ouvert) ou se divertissent au Casino… 

Parallèlement, la perspective d’un Musée du patrimoine juif tunisien annoncé en 2016 fait son chemin et devait renforcer l’héritage juif tunisien dans l’inconscient collectif national. L’établissement situé à Tunis recevra des reliques et objets de culte issus de la diaspora et des fidèles. Il dépendra des ministères du Tourisme et de la culture de Tunisie… 

Habib Kazdaghli, historien et universitaire, ancien doyen de la Faculté de Manouba revient sur le côté « traditionnel » de la communauté juive de Djerba : « Les Juifs de Djerba sont insulaires et vivent dans les zouks… cette communauté a néanmoins permis la création d’une école de l’Alliance israélite alors qu’elle a longtemps découragé ses enfants à faire des études supérieures par crainte qu’ils ne partent à l’étranger. Longtemps, elle ne s’intéressait qu’aux métiers… comme la joaillerie par exemple, dans laquelle elle excelle. Il y a toujours un certain conservatisme dans cette communauté, mais cette forme de rigorisme ne dérange pas le voisinage ». 

Signe d’une évolution des moeurs djerbiennes : le pèlerinage de La Ghriba a été l’occasion d’inaugurer un établissement talmudique pour les filles, dont le programme sera calqué sur celui d’Israël avec des professeurs tunisiens.

L’initiative est controversée car l’on s’étonne, y compris au sein de la communauté juive, de l’importation de programmes israéliens dans l’école tunisienne.

Cet établissement, financé par des fonds privés provenant de la communauté juive de Djerba, de la diaspora et de l’ONG américaine American Jewish Joint Distribution Committee, sera doté de salles de classe modernes et d’un espace informatique qui devrait inscrire l’éducation talmudique à l’heure 4.0.

Les pratiques régulières de Djerba sont-elles en passe de sécularisation avec l’afflux d’une communauté juive de plus en plus nombreuse, lors du pèlerinage annuel qui draine une foule de curieux, mais aussi les devises de pèlerins en quête d’identité ?

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