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Religion

Réligion : L’islam, une religion française

Hakim El-Karoui, l’un des interlocuteurs du président Macron, publie L’islam, une religion française, qui complète les résultats d’une enquête réalisée pour l’Institut Montaigne, analysant les comportements religieux et les revendications des musulmans de France.

Par Yasmina Lahlou

Consultant, ancien conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon et banquier d’affaires chez Rothschild, Hakim El-Karoui a cofondé en 2004 le Club xxie siècle, réunissant l’élite arabo-musulmane, parfois qualifiés de « beurgeois ». Cet homme de réseaux le dit sans détour : « Je suis musulman ».

De père tunisien, professeur d’anthropologie à la Sorbonne et de mère française, neveu de deux anciens ministres de Bourguiba, il a été élevé avec ses quatre frères et soeurs dans la religion paternelle et dans la culture protestante de sa mère, Nicole, professeur de mathématiques financières à Polytechnique. Normalien (ENS Fontenay-Saint-Cloud), il est agrégé de géographie et titulaire d’un DEA de Géopolitique.

Consulté par le chef de l’État, qui discute aussi avec des intellectuels comme l’islamologue Youssef Seddik et l’universitaire Gilles Kepel en vue de réformer en profondeur l’organisation de l’islam de France, Hakim el Karoui propose des solutions pour une meilleure reconnaissance et intégration de la deuxième religion du pays, et pour mieux lutter contre la montée du fondamentalisme. Créé en 2003 par Nicolas Sarkozy, le Conseil français du culte musulman (CFCM) est un échec patent, miné par les dissensions internes, affaibli par son absence de représentativité, placé sous l’influence politique et économique des pays étrangers…

Le consultant franco-tunisien analyse la stratégie de diffusion de l’islamisme et les ressorts de son succès. De même que les mécanismes qui conduisent intellectuels et journalistes à amalgamer islam et islamisme.

Nécessaire prise de conscience

Parmi les préconisations contenues dans son essai : la nomination d’un Grand imam de France, sur le modèle du Grand rabbin. Agir sur les réseaux sociaux, premier vecteur d’islamisation. « Ce qui est primordial, c’est la prise de conscience des musulmans les mieux intégrés dans la société française, et ils forment la grande majorité », explique l’auteur de L’islam, une religion française.

À l’évidence, El-Karoui est inquiet pour la cohésion nationale : « Les attentats, la montée des individualismes, des identitarismes, la progression des idées islamistes auprès d’une partie de la jeunesse musulmane me poussent à agir. La majorité silencieuse ne peut plus se taire. Mon ambition est donc de proposer des solutions pour sortir de l’impasse », explique-t-il.

Son livre servirait donc de feuille de route au président Macron qu’il a connu lorsque tous deux travaillaient à la banque d’affaires Rothschild. S’il se fait le chantre de l’islam républicain, El-Karoui n’est pas pour autant un pur produit de l’intégration républicaine, mais plutôt de la haute bourgeoisie.

L’auteur met en exergue les réussites de l’intégration et de l’assimilation « à la française », ses différences par rapport au modèle anglo-saxon et les vertus de la laïcité. Il étudie aussi les comportements communautaires (mais pas nécessairement communautaristes), la sociologie des radicaux (« les plus jeunes et les moins éduqués »).

Son livre démontre que les musulmans français, modérés, intégrés et républicains forment l’immense majorité de la communauté. Mais une majorité silencieuse. Ils incarnent un islam sans voix dans le paysage religieux français. Expliquant la difficulté à les rendre audibles – faute d’organisation nationale et d’indépendance des grandes mosquées par rapport au Maroc, à l’Algérie, l’Arabie saoudite ou encore la Turquie, il propose des solutions pour leur donner enfin la parole.

Gare aux manipulations

Hakim El-Karoui analyse les discours dominants sur l’islamisme, tant du côté des prédicateurs que des journalistes, intellectuels ou chroniqueurs télévisuels : Éric Zemmour (ce « salafiste de la République »), Caroline Fourest (« inapte à maîtriser la pensée complexe »), les philosophes Pascal Bruckner et Alain Finkielkrault « des droitiers antipostcoloniaux hostiles à l’islam ». Ces coqueluches des médias priveraient de la médiatisation qu’elle mériterait « l’élite » musulmane sur laquelle il compte pour prendre en charge l’islam en France.

Il renvoie également dos à dos l’imam Chalgoumi et Tariq Ramadan qui occuperaient dans les médias la place qui devrait revenir à ceux qui sont plus représentatifs de la « diversité » musulmane. « L’imam Chalgoumi, malgré ses bonnes intentions, parle mal français, et vient de l’islam fondamentaliste et dit trop ouvertement ce que ceux qui l’interrogent ont envie d’entendre. Tariq Ramadan, lui, est utilisé en négatif, il représente le mal, semble d’autant plus dangereux qu’il parle bien, qu’il connaît la culture européenne et qu’il semble capable de manipuler les musulmans. Entre ces deux pôles, le Bien » de bas niveau et le « Mal » de haut niveau, rien n’émerge. Et pourtant, tant de talents existent…

Très documenté, à des sources sûres (Crédoc, Ined, Institut Montaigne…), cet essai pose un regard objectif sur une réalité sociologique et religieuse. Il démystifie l’image d’un islam identitaire, replié sur lui-même, que donnent les médias. Il ne cache pas les dérives intégristes, communautaristes, mais les replace dans un contexte qui les rend compréhensibles.

Hakim El-Karoui ne cache pas que des problèmes demeurent. Pour autant, le modèle d’assimilation « à la française » fonctionne beaucoup mieux qu’on le dit, et l’islam doit être en France, selon ses dires, une religion comme les autres. Le chemin pour y parvenir, considère-t-il, passe par l’unification de l’organisation du culte, la clarification des financements caritatifs et la redistribution des fonds de l’économie halal, nécessaires au fonctionnement des mosquées. Une solution française à l’islam de France : une solution simple et de bon sens qui concerne trois à quatre millions de Français. 

Extrait

– « […] la représentation fausse que la société se donne du fait musulman en France trouve des explications rationnelles : une très grande concentration géographique des musulmans, une pratique religieuse très supérieure à celle des catholiques, […] la sur-délinquance des enfants de l’immigration et notamment des musulmans, la violence terroriste commise au nom de l’islam. Ces faits objectifs concourent à déformer la place réelle qu’occupe l’islam en France. »

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