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L’Afrique, une destination d’affaires

L’Afrique, une destination d’affaires
  • Publiédécembre 30, 2019

`Comme facteur déterminant, Ludovic Subran (Allianz) indique que l’accès aux capitaux s’est restreint avec une baisse d’intérêt récente pour l’Afrique, parallèle à la baisse des moyens de financements au Nord. Or, la croissance économique africaine serait selon lui « massivement financée par des banques publiques au bilan long mais par très peu d’autofinancements à cause d’un manque d’intermédiaires financiers corrects ».

Bien sûr, les PME recherchant un accès au capital doivent être bancarisées et faire partie du secteur formel. Des passerelles comme le mobile banking suffiraient à donner une identité officielle aux entrepreneurs voire, selon Yves Eonnet (Tagpay), à « développer le niveau de vie des classes émergentes en les faisant sortir de l’informel ». 

Des besoins de mobilités 

Les entreprises doivent enfin résoudre la question de leur visibilité auprès des financiers. Des sociétés spécialisées dans les marchés africains se posent en intermédiaires et pourvoyeurs de connaissance du terrain. Ces « fonds de fonds » sont adoubés par les institutionnels qui ont besoin d’informations précises pour connaître les risques comme les opportunités. Pedro Novo (BPI France) l’affirme : « ils bénéficient aux spécialistes nationaux et locaux des marchés, qui sont les sachants, pour un écosystème qui veut au bout du compte séduire des PME françaises qui coinvestiront ». La solvabilité des entrepreneurs doit elle aussi devenir plus facile à constater.

Ici, les institutionnels comme Djalal Khimdjee (Proparco) font le pari des NTIC et veulent investir d’abord dans des sociétés dites de Fintech (innovations liées au financement de l’entreprise) qui permettront d’« évaluer automatiquement le crédit, d’analyser les flux financiers de l’individu, pour finalement réduire le coût de financement ». Ce sera la base d’une intermédiation du risque où l’institutionnel prendrait, aux côtés du financeur privé, « jusqu’à 75 % du risque ». 

Les secteurs riches en PME qui expriment les plus grands besoins en capitaux sont les transports de personnes, l’agriculture, la formation professionnelle. Dans le premier, le thème de la mobilité s’y popularise rapidement et avec lui l’éclatement des solutions.

Qu’elles veuillent ajouter des VTC au trafic des villes ou de concurrencer, lorsqu’ils existent, les transports en commun routiers, les sociétés en recherche d’investisseurs doivent afficher certaines garanties : formation des chauffeurs, sécurité des passagers… et surtout des gages de bonnes relations avec le transport payant informel, qui est apte à s’organiser pour avoir la tête de leurs concurrents. La branche ivoirienne de la société Heetch en a fait les frais face aux motos taxis d’Abidjan. 

L’agribusiness, entièrement distinct de l’agriculture de subsistance compte, malgré la concentration de la propriété foncière, son lot de PME qui existent aux côtés de grandes entreprises, toutes attirées par la valeur ajoutée en forte croissance du secteur primaire. Sami Agli (FCE Algérie) soutient que la qualité de la terre est un enjeu important qui fait qu’« on mange encore bio sans le vouloir ».

En Côte d’Ivoire, c’est le manque presque entier de transformation sur place qui a inspiré certains investissements dont ceux reçus de Le Chocolatier ivoirien. Son dirigeant, Axel-Emmanuel Gbaou, souligne que si son capital est constitué d’actifs étrangers, son entreprise vise bien la transformation de la ressource locale et sa commercialisation vers le marché africain puis européen. 

L’indispensable formation professionnelle 

Toutes les filières de l’agribusiness ne sont pas à conseiller aux investisseurs. Marc Debets (Apexagri) rappelle que la consommation de volaille est déjà plus que satisfaite par les importations et que sans politique protectionniste préalable, il est impossible d’avoir une filière nationale. 

Les établissements de formation professionnelle reçoivent une attention particulière de la part d’investisseurs conscients qu’elle représente à ce jour seulement 8 % des choix d’orientation faits par les détenteurs d’un diplôme du secondaire. Pour autant, dans de nombreux pays comme la République centrafricaine « l’État ne peut plus absorber les généralistes et l’enjeu est d’adapter les formations aux besoins réels », rappelle Hugues Tchemeuni, ministre du Travail.

Représentant respectivement Talent2Africa et AfricSearch, Benoît Martin et Patrick Placktor illustrent cette attente par les pratiques de leurs sociétés : identifier puis intégrer des « talents » pour leur offrir une montée en compétences pour l’un, auditionner des jeunes initialement tenus à l’écart du marché du travail « et les emmener vers la formation professionnelle » pour l’autre. Tous plaident pour des investissements massifs dans la création d’établissements de formation dans les pays. 

L’événement Ambition Africa avait souhaité réunir les optimistes et les réalistes pour conserver l’élan de la première édition et donner un portrait encourageant des affaires sur le continent. C’est chose faite. Ludovic Subran conclut : « Si la croissance africaine est à son plus bas niveau depuis 2008, c’est d’autant plus le moment d’investir. »

Écrit par
Nicolas Bouchet

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