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Régional

L’Afrique, une destination d’affaires

Entrepreneurs et institutionnels tentent d’aiguillonner les investisseurs pour les inciter à financer des TPE et des PME. De nouveaux outils et offres de garantie sur le risque doivent rassurer sur les entrepreneurs africains, et surtout les rendre beaucoup plus visibles.

Par Nicolas Bouchet

Les innovations se perdent si elles ne sont pas soumises à certaines formes de contrainte » : Pour ouvrir la deuxième édition d’Ambition Africa organisée à Paris par Business France fin octobre, la secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher saisit l’esprit du moment. Un programme, particulièrement dense, a vu se succéder une vingtaine de panels en deux jours au ministère de l’Économie et des Finances.

Les secteurs riches en PME qui expriment les plus grands besoins en capitaux sont les transports de personnes, l’agriculture, la formation professionnelle. Dans le premier, le thème de la mobilité s’y popularise rapidement et avec lui l’éclatement des solutions.

À l’image de ce rythme (trop) soutenu, l’intervention de Bruno Le Maire a pris tout juste le temps d’annoncer de nouvelles facilités pour les PME et des garanties financières assumées par la filiale privée de l’AFD (Agence française de développement), Proparco. Le Nigérian Tony Elumelu, accueilli en star, a vanté de manière concise les mérites des engagements dans la durée pour récolter les bénéfices de la croissance sociale : « Personne ne devrait venir en Afrique pour faire des gains de court terme », a-t-il lancé à l’adresse des investisseurs.

Une vision partagée par les représentants de certains gouvernements. Robert Ahomaka-Lindsay, ministre du Commerce et de l’Industrie du Ghana, invite les candidats à l’investissement à « laisser de côté le romantisme de l’Afrique pour la voir comme une destination d’affaires ». Charles Mwaura Hinga, ministre du Logement et de l’urbanisme du Kenya, renchérit : « Nous ne voulons pas être des faire-valoir, nous recherchons des partenaires intelligents ». Le ton est donné.

On n’échappe pourtant pas à certaines redites concernant le continent africain. Jeunesse de sa population, ambition de ses entrepreneurs, dynamisme de sa diaspora, ouverture aux nouvelles technologies sont des refrains connus. Mais l’essentiel d’Ambition Africa est ailleurs. 

La question de l’equity et de l’accès au capital a été le fil rouge des panels et le principal centre d’intérêt des près de 1 200 entreprises composant le public d’Ambition Africa. En écho aux « rendez-vous Business » qui se sont tenus en parallèle des palabres de la salle de conférences, c’est bien la question du financement de l’activité qui motive les participants.

Sous les grands thèmes économiques que l’on raccorde invariablement au développement, en atteste la présence du directeur général de l’AFD, Rémy Rioux, il est bien question du financement des économies : « On parle de moins en moins d’aide. L’Aide publique au développement n’est pas une fin en soi, à présent nous parlons d’investissements massifs de développement durable. »

Et sur ce plan les attentes de réalisme sont tout aussi fortes. Robert Ahomka-Lindsay attend en effet des investisseurs français et d’autres provenances européennes qu’ils regardent le continent « avec le regard froid de l’homme d’affaires ». 

Mieux adapter l’offre de capitaux 

La recherche de prises de participation au capital des entreprises offre des perspectives limitées : une faible part du capital-investissement mondial, (« seulement 10 % », affirme Tony Elumelu) atteint en effet les pays émergents.

Il y aurait envers les pays africains un déficit de perception de la volonté des chefs d’entreprise d’offrir des services à l’échelle de la sous-région voire du continent avant d’exporter vers l’Europe. L’equity reçoit pourtant un avis positif de la part de l’AVCA (African Private Equity and Venture Association) qui note dans son dernier rapport annuel une progression de 300 millions de dollars des investissements, en 2018 pour atteindre 2,7 milliards $. 

L’accès aux capitaux présente aussi des contraintes d’accès. Les prêteurs constatent l’inadaptation de l’offre mondiale aux besoins des entreprises du continent. « Nous devons sortir de nos silos régionaux face à des sociétés qui deviennent panafricaines et veulent ensuite investir en Europe. Mais comment faire ? », interroge Ziad Oueslati (AfricInvest). 

Un début de réponse est donné lors d’un panel dédié au capital des PME. Parmi les institutionnels, la BAD explique qu’elle a investi plus de 17 milliards $ à des taux négatifs… à condition que l’activité soutenue favorise l’économie réelle et l’émergence de « champions des PME ». 

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