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La fondation Bill & Melinda Gates face au défi démographique

Dans leur dernier rapport annuel sur les progrès en matière de développement, Bill et Melinda Gates appellent à davantage d’investissements dans le capital humain pour éviter une crise démographique en Afrique.

New York, David Thomas

Coïncidant avec l’Assemblée générale des Nations unies, l’événement sur le développement organisé par la Fondation Bill & Melinda Gates a réuni des dirigeants d’affaires, des philanthropes et d’autres personnalités. La conférence visait à faire progresser la réalisation des Objectifs de développement durable de l’ONU. Le fondateur de Microsoft a profité de l’occasion pour rappeler aux participants que le rythme de la croissance démographique en Afrique représentait la plus sérieuse menace à laquelle le continent serait confronté.

« D’immenses progrès ont été réalisés en matière de lutte contre la pauvreté et la maladie ces dernières décennies mais la croissance économique remet en cause de futurs progrès », affirment Bill et Melinda Gates dans leur rapport. « Cela est dû au fait que les régions les plus pauvres du monde connaissent une plus forte croissance que les autres régions… L’extrême pauvreté est de plus en plus concentrée en Afrique subsaharienne. On estime que, d’ici à 2050, 86 % des personnes en situation d’extrême pauvreté vivront sur le continent. La priorité mondiale pour les trois prochaines décennies devrait être une troisième vague de réduction de la pauvreté en Afrique. »

Alors que ces avertissements pourraient sembler trop alarmistes pour ceux qui estiment que l’Afrique va bénéficier d’un dividende démographique, Bill Gates a présenté des prévisions détaillées.

D’immenses progrès ont été réalisés en matière de lutte contre la pauvreté et la maladie, mais la croissance économique remet en cause de futurs progrès. La priorité devrait être une troisième vague de réduction de la pauvreté en Afrique.

Selon la Fondation Gates, d’ici à 2050, plus de 40 % des personnes en situation d’extrême pauvreté se trouveront dans deux pays d’Afrique uniquement : le Nigeria et la RD Congo.

La population nigériane devrait passer de 190 millions aujourd’hui à 429 millions en 2050, tandis que le nombre de personnes extrêmement pauvres devrait bondir de 81 millions à 152 millions dans le pays. En RD Congo, la population devrait plus que doubler pour atteindre 171 millions d’habitants, dont les auteurs estiment que plus de 70 millions seront en situation d’extrême pauvreté.

Investir dans le capital humain

« L’Afrique subsaharienne représentait une faible part de l’extrême pauvreté en 1990 mais, comme la pauvreté a rapidement chuté dans l’Asie de l’Est et du Sud-Est, la part de l’Afrique subsaharienne est devenue beaucoup plus importante », a précisé Bill Gates.

Loin d’inciter à la résignation, Bill Gates s’est efforcé, lors de cet événement, d’obtenir davantage de soutien dans le domaine de la santé et de l’éducation pour faire face à la crise démographique qui guette l’Afrique si l’on ne prend pas de mesures efficaces.

Selon lui, il est essentiel d’investir dans le « capital humain » – défini comme la somme de la santé, des connaissances et des compétences de la population. La Fondation Gates estime que des investissements importants dans le capital humain pourraient conduire à une augmentation du PIB de 88 % par habitant en Afrique d’ici à 2050, contre seulement une progression de 39 % en cas de statu quo ou une réduction de 0,1 % en cas de régression.

« Pour lancer une troisième vague de réduction de la pauvreté, les jeunes d’Afrique subsaharienne ont besoin du même niveau d’investissement dans leur capital humain. Bien sûr, le montant des investissements va être très élevé en raison de l’explosion démographique. Nous devons mobiliser beaucoup de ressources pour cette jeune génération d’Afrique et aider ces pays à bâtir leurs systèmes. »

Les promesses de la France

Toutefois, les recettes publiques étant insuffisantes en raison de difficultés économiques, de l’étroitesse de l’assiette fiscale, de la dépendance vis-à-vis des matières premières, de la mauvaise gouvernance et de la corruption, il est difficile de savoir d’où viendront ces fonds.

Le Président français, Emmanuel Macron, a promis un appui financier plus important pour la santé, l’éducation et la lutte contre le changement climatique. « L’un des principaux enjeux liés à la démographie africaine tient au fait que la fertilité n’est pas choisie – je demande toujours que l’on me présente une femme éduquée qui a décidé d’avoir sept, huit ou neuf enfants », a-t-il souligné. « L’éducation est la solution pour éviter le pire et optimiser les opportunités dans les pays africains et le reste du monde, pour maîtriser la démographie, qui sera une démographie choisie. »

Les bailleurs de fonds des pays riches étant de plus en plus réticents à apporter des financements et les dirigeants populistes de ces pays se montrant sceptiques vis-à-vis de l’aide, les gouvernements africains devront trouver de plus en plus de fonds eux- mêmes pour assurer leur développement.

La Fondation Gates va certainement continuer à verser des milliards. Mais Bill Gates a tout de même fait allusion au fait que les dirigeants africains devront prendre la responsabilité de leur développement, et exprimé une certaine frustration quant aux efforts de prélèvement d’impôts au Nigeria.

40 % D’ici à 2050, plus de 40 % des personnes en situation d’extrême pauvreté se trouveront dans deux pays d’Afrique uniquement : le Nigeria et la RD Congo.

« Le Nigeria est un pays très important ; sa population est presque deux fois plus élevée que celle du deuxième pays africain », a-t-il indiqué. « Le pays connaît une croissance démographique qui pourrait constituer une formidable opportunité. Mais, aujourd’hui, les systèmes de santé et d’éducation ne sont pas assez développés, surtout dans le Nord, et le niveau de recettes publiques n’est pas très élevé car, actuellement, les gens doutent que l’argent prélevé profite réellement au pays. Si l’argent était bien investi, les Nigérians accepteraient un niveau d’imposition supérieur. »

Libérer la productivité

Toutefois, le rôle crucial que pourrait jouer le secteur privé, très dynamique aujourd’hui en Afrique, et la nécessité de développer les infrastructures ont été peu abordés, suggérant qu’il existe toujours un gouffre entre les philanthropes et le monde des affaires.

Toujours optimiste, le fondateur de Microsoft compte beaucoup sur le potentiel de la vague de jeunes Africains pour stimuler la croissance économique grâce à l’innovation et à l’évolution de la technologie. L’événement à New York a permis de mettre l’accent sur les améliorations – et les ressources – nécessaires dans le domaine de la santé et de l’éducation pour permettre cette croissance.

« Investir dans la santé et l’éducation de la jeunesse est la meilleure façon pour un pays d’accroître la productivité, de favoriser l’innovation, de réduire la pauvreté, de créer des opportunités et de générer de la prospérité. Le capital humain n’est pas une solution miracle mais il a joué un rôle essentiel dans le succès des économies émergentes à travers le monde », a affirmé Bill Gates.

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