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Régional

Délicate typologie des classes moyennes

« Les vulnérables » forment 43 % des classes moyennes et parlent plutôt avec crainte du niveau de vie d’une classe flottante faite de « très vulnérables » dont ils se sont extraits et où ils ne veulent pas retomber. Ce sont les plus endettés des membres de la classe moyenne, et seuls 34 % d’entre eux occupent un emploi formel.

Tous ont des aspirations qui sont en revanche bien mieux cernées et donnent des pistes plausibles aux marchés. Ils veulent sécuriser leur capital et assurer l’éducation de leurs enfants, souvent par des études supérieures. Pour cela, ils aspirent à 65 % à continuer à vivre en ville et entretiennent une idée précise de la réussite personnelle : 71 % voient la création d’entreprise comme le moyen de leur indépendance. 

Certes, l’étude Ipsos veut mettre fin à l’idée d’une tendance massive en avançant le chiffre restreint de 100 millions de personnes de classe moyenne pour le continent africain, représentant un volume quotidien de dépenses de consommation de 400 millions $.

Mais concernant le revenu des populations échantillonnées, l’enquête ne regarde pas en deçà d’une moyenne basse de 16 $ par jour. À ce jeu, on peut se demander si ne sont pas déjà les classes supérieures que l’on vise lorsque les seuils de pauvreté se situent entre 1 et 2 $ par jour, selon les pays.

ENCADRE

Le déni des autorités 

L’AFD (Agence française de développement) a publié, en décembre 2018, une étude intitulée « L’essor des classes moyennes dans les pays en développement et émergents », menée conjointement par l’université de Bordeaux et des chercheurs du Gretha.

Elle a l’ambition de comparer « les gens du milieu », terme préféré à celui de classe moyenne, de quatre pays : le Brésil, la Côte d’Ivoire, la Turquie et le Vietnam. Si ses auteurs ont commencé par lire de près les études du secteur privé, ils se différencient vite par la méthode en retenant pour chaque pays un seuil de revenu d’entrée dans la classe moyenne au moins deux fois supérieur au seuil de pauvreté national.

En Côte d’Ivoire cela revient à 4 $ par jour, à comparer avec 10 $ par jour en Turquie, pour un ensemble que l’on pourra résumer à « un groupe hétérogène d’individus et de ménages […] qui ne sont plus pauvres sans pour autant être riches ». 

Présentant leurs résultats à la presse lors de la 13e conférence internationale de l’AFD sur le développement à Paris, ils confirment l’attachement des classes moyennes pour la consommation de certains biens comme le smartphone, mais aussi de services qui leur permettent de démontrer leur appartenance à leur classe, en particulier le tourisme par les voyages à l’étranger, ou la fréquentation de restaurants. 

Le secteur public des pays étudiés demeure réticent à reconnaître ces groupes. En Côte d’Ivoire, les classes moyennes représentent 27 % de la population. Pourtant, le gouvernement ne veut considérer que les critères globaux d’émergence, sans distinction de classe.

Au Vietnam, le refus politique de distinguer entre classes sociales interdit l’emploi du terme. Ceci complique la réponse aux exigences exprimées par des ménages envers des services de santé de qualité, de même envers l’éducation qu’ils veulent voir donnée à leurs enfants.

Réciproquement les personnes interrogées ont tendance à considérer qu’elles ont réussi par elles-mêmes, sans l’aide des pouvoirs publics, et entretiennent une certaine méfiance envers ces derniers.

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