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Politique

RDC : Jean-Pierre Bemba bouscule les calculs politiques

Le retour de Jean-Pierre Bemba, attendu le 1er août, suppose une recomposition du paysage politique, en RD Congo. Des alliances se font et se défont, à l’approche des élections présidentielle et législatives, prévues en décembre 2018 après plusieurs reports.

Par J.J Arthur Malu-Malu

L’ancien vice-président de la RD Congo, Jean-Pierre Bemba, jugé par la Cour pénale internationale, à La Haye, a été acquitté en appel des accusations de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, pour lesquelles il avait été condamné en première instance à 18 ans de prison.

Les faits remontent au début des années 2000, lorsque l’ex-sénateur, alors chef de guerre, avait, à la demande du président centrafricain Ange- Félix Patassé, envoyé ses hommes en Centrafrique épauler les forces gouvernementales malmenées par une rébellion conduite par François Bozizé, qui prendra le pouvoir après sa victoire militaire.

En embuscade, Moïse Katumbi, qui lorgne également le fauteuil présidentiel, a officiellement salué l’acquittement de Jean-Pierre Bemba. L’ancien gouverneur de la province minière du Katanga, qui vit en exil en Europe, sait que la donne a changé : Jean-Pierre Bemba pourrait capter une partie des suffrages des candidats de l’opposition et contrarier ainsi ses ambitions dans une élection présidentielle à un tour où la dispersion des voix de l’opposition risque de lui être fatale. 

Jean-Pierre Bemba est resté pendant une dizaine d’années derrière les barreaux. Quel que soit son régime carcéral, il ne pourra pas sortir indemne de cette épreuve et reprendre sa vie, comme si de rien n’était, au point où il l’avait laissée le jour où, en exil à Bruxelles, des policiers s’étaient présentés chez lui, munis d’un mandat d’arrêt. Son arrestation avait eu l’effet d’une bombe au sein de son électorat. Le Bemba qui sortira de prison n’est pas tout à fait le Bemba qui y est entré.

Quel effet toutes ces longues années d’incarcération ont-elles eu sur son état psychologique ? Est-ce un homme brisé qui reprendra le flambeau de la lutte politique ? A-t-il vraiment envie de renouer avec la vie politique ? Les années d’emprisonnement n’ont-elles pas eu raison de ses ambitions présidentielles ?

Jean-Pierre Bemba a passé ses dernières années en détention, à lire, à recevoir des visiteurs et à méditer. Difficile de mesurer l’impact que cette vie de solitude a pu avoir sur la force mentale de ce colosse qui en impose par sa carrure physique. Que pèse encore son parti, le MLC, sur le plan national ? La campagne pour les élections qui se profile à l’horizon aura valeur de test de popularité pour ce parti qui revendique une certaine légitimité historique sur la scène politique.

Une opposition velléitaire

Déserté par quelques-uns de ses principaux dirigeants qui ont choisi de rejoindre le camp présidentiel ou de créer leurs propres formations politiques qui sont souvent des organisations confidentielles sans assises nationales, le MLC reste certes une force parlementaire qui compte, avec une vingtaine de députés et une dizaine de sénateurs.

Rien d’étonnant dans un pays qui compte environ 600 partis politiques, en vertu du « multipartisme intégral » en vigueur. Le parti a été tenu par le secrétaire général Eve Bazaïba ces dernières années. Mais cette militante féministe, restée loyale au chef du MLC, est contestée par une frange du parti qui la trouve timorée ou indécise sur certains sujets.

La position du MLC, après une série de revirements et de contradictions, a été peu lisible ces dernières années, notamment lors des négociations qui ont débouché sur le maintien du président Joseph Kabila, dont le deuxième et dernier mandat s’est achevé en décembre 2016, jusqu’à la tenue des élections.

Même lorsqu’il était question de former un nouveau gouvernement d’union nationale représentatif des principales tendances politiques, qui conduirait le pays à ces scrutins tant attendus, le parti s’est montré hésitant. Eve Bazaiba a pris le contre-pied de nombre de partis de l’opposition hostiles à la « machine à voter ». Cette machine, commandée en Corée du Sud, suscite fantasmes et inquiétudes. Des voix se sont élevées dans les rangs de l’opposition et de la société civile pour demander le rejet de ce qu’elles qualifient de « machine à tricher ».

Un débat technique dépassionné et nourri par des ingénieurs ayant des compétences informatiques avérées tarde à s’ouvrir sur cet outil prôné par le controversé Corneille Naanga, le président de la Commission électorale nationale indépendante. À en croire ce dernier, sans cet outil, les opérations de vote ne pourraient pas avoir lieu dans les délais prévus. Si Eve Bazaïba ne s’oppose pas à tout recours à cette machine, Jean-Pierre Bemba, pour sa part, ne s’est pas prononcé sur le processus électoral qui se poursuit cahin-caha. Sans doute, le candidat désigné par le MLC sera-t-il contraint de livrer le fond de sa pensée avant d’entrer dans l’arène.

D’autres pistes

Une fois libre de ses mouvements, l’ancien vice-président risque de gêner plus l’opposition que la majorité présidentielle qui est appelée à désigner un autre candidat que Joseph Kabila. Le bilan peu enviable du président sortant, au pouvoir depuis 2001, pourrait déteindre sur l’image de son dauphin.

Même s’il est difficile d’évaluer le poids électoral de l’ex-sénateur, ses partisans répètent à l’envi un célèbre proverbe congolais qui dit que « même mort, le serpent fait toujours peur ». Les candidats déclarés, probables ou éventuels à la prochaine élection présidentielle sont conscients d’une chose : les cartes sont en passe d’être rebattues.

L’UDPS, désormais dirigée par Félix Tshisekedi, qui a pris la succession de son père, Étienne Tshisekedi, décédé en février 2017, à Bruxelles, ne se réjouirait pas forcément d’une éventuelle candidature de Jean-Pierre Bemba qui ferait figure de concurrent de taille dans un scrutin où les jeux semblent ouverts.

Déjà, la guerre est déclarée sur les réseaux sociaux entre tshisekedistes et bembistes. Les uns accusent l’ancien prisonnier de la CPI d’avoir fait couler le sang congolais en tant que chef de guerre et affirment qu’il ne serait pas le mieux à même de diriger la RD Congo, les autres reprochent au patron de l’UDPS son apparent manque d’expérience et la « minceur » de son CV.

En embuscade, Moïse Katumbi, qui lorgne également le fauteuil présidentiel, a officiellement salué l’acquittement de Jean-Pierre Bemba. L’ancien gouverneur de la province minière du Katanga, qui vit en exil en Europe, sait que la donne a changé : Jean-Pierre Bemba pourrait capter une partie des suffrages des candidats de l’opposition et contrarier ainsi ses ambitions dans une élection présidentielle à un tour où la dispersion des voix de l’opposition risque de lui être fatale. 

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