Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Presse

Algérie : Menaces sur la presse

ENCADRE

Le point de vue de…

Kamel Amarni, secrétaire général du Syndicat national des journalistes

La presse traverse une grave crise

Comment qualifiez-vous l’état dans lequel se trouve la presse privée en Algérie ?

La presse écrite, et même audiovisuelle en Algérie, traverse la plus grave crise de son existence, notamment depuis l’été 2014. Je vais me focaliser, ici, sur le seul aspect économique. Aux « critères » politiques imposés par le pouvoir depuis toujours, pour déterminer les quotas en matière d’attribution de la publicité publique, à travers l’agence nationale ANEP, s’est ajoutée une sévère crise économique, qui touche les annonceurs privés et les entreprises publiques.

Concrètement, tous les gros annonceurs du pays, à savoir les opérateurs de téléphonie mobile, les concessionnaires automobiles ainsi que le ministère de l’Intérieur (à travers les collectivités locales) ont réduit de manière drastique leur budget marketing, ou l’ont carrément annulé. Ce qui, bien sûr, a eu pour conséquence, la fragilisation de la situation financière de quasiment l’ensemble des médias nationaux.

Des titres ont disparu, d’autres risquent de suivre la même voie. Comment voyez-vous l’avenir ?

Bien évidemment, la réduction drastique de la manne publicitaire a eu comme conséquence immédiate la disparition des médias les plus vulnérables. Cela est valable pour la presse écrite et plusieurs chaînes de télévision. Des dizaines de chaînes, dont celle lancée par El Khabar (KBC) et une quarantaine de quotidiens ont ainsi disparu. À de rares exceptions près, la crise n’a épargné aucun média. À telle enseigne que même un quotidien étatique, comme El Massa ou Enasr subit la crise de plein fouet ! Dans la presse privée, la situation est encore plus critique, avec des conséquences sociales très dramatiques parfois.

Légalement, le délit de presse n’existe pas, mais la liberté de ton a sensiblement baissé. Comment les journalistes vivent-ils cette situation ?

En vertu de la nouvelle Constitution et du nouveau Code de l’information, le délit de presse n’existe plus, en effet, en Algérie.

Quant à la liberté de la presse, il faut bien relativiser les choses. La liberté de ton a effectivement baissé s’agissant de certaines questions politiques. Plus précisément, les sujets concernant le chef de l’État. En revanche, sur d’autres questions, la liberté de ton de certains journaux ou de médias nationaux est parfois excessive.

Outre le contrôle de la manne publicitaire, de quels autres moyens l’État dispose-t-il pour museler les médias ?

De tout un arsenal, outre celui pourtant décisif de l’ANEP ! Il peut à chaque fois recourir à d’autres moyens aussi efficaces, comme celui que peuvent exercer à tout moment les imprimeurs publics, les impôts, la Sécurité sociale, le prix du papier et, le cas échéant et extrême, les pressions judiciaires comme c’était le cas à l’occasion des grands rendez-vous comme la présidentielle de 2004. Tout cela aura fini par enraciner une sorte de réflexe pavlovien chez les médias et les journalistes algériens : l’autocensure !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts