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Politique

Yaoundé: gouvernement et critiques

Yaoundé. Après le remaniement du 2 octobre, de nombreux Camerounais regrettent la pléthore de ministres et leur âge élevé. Le gouvernement invite à ne pas sombrer dans le mimétisme occidental.

Un gouvernement pléthorique qui impose aux citoyens camerounais d’énormes sacrifices. » Voilà comment le shadow cabinet du Social Democratic Front (SDF), le principal parti d’opposition du Cameroun, et son leader Ni John Fru Ndi, qualifi ent le réaménagement ministériel opéré au Cameroun le 2 octobre 2015 par le président de la République, Paul Biya. De ce remaniement, on constate que le nombre de ministres, secrétaires d’État, conseillers et autres n’a pas changé : il demeure à 65.

Onze ministres ont perdu leur poste, neuf ont fait leur entrée et cinq ministres ou ministres délégués ont changé de porte-feuille. Et, comme après chaque formation du gouvernement, les analystes et hommes politiques montent au créneau pour condamner la taille du gouvernement d’une part, et la moyenne d’âge des ministres d’autre part. E n effet, Paul Biya accorde une place de choix aux personnes qu’il connaît bien et avec qui il a déjà eu à travailler par le passé. Il en est ainsi, par exemple, du Premier ministre, Philemon Yang (68 ans), à qui il a renouvelé sa confi ance, du ministre en charge de la Justice, Laurent Esso (73 ans), ou encore du ministre d’État, ministre du Tourisme et des loi-sirs, Bello Bouba Maïgari (68 ans), qui fût son premier Premier ministre en… 1982 ! Cette composition du gouvernement ne laisse pas indifférents les Came-rounais. Un ancien ministre, Marafa Hamidou Yaya, aujourd’hui derrière les bar- reaux pour complicité de détournement de deniers publics, avait déjà dénoncé ce nombre élevé de ministres.

«Nous sommes une nation complexe où vous avez 300 ethnies. Autant de langues avec deux cultures. Le président de la République a donc la responsabilité de faire en sorte que tout acte qu’il pose reflète la diversité nationale dans sa complexité» 

Dans une de ses lettres ouvertes au président Paul Biya, rédigée du fond de sa cellule, il raconte une anecdote à ce sujet : « Après la formation du gouvernement consécutif à l’élection présidentielle de 2004, vous m’avez accordé une audience au cours de laquelle vous m’avez demandé ce que les gens pensent du gouvernement. Je vous ai répondu qu’ils pensent qu’avec un effectif d’environ 65 ministres et assimilés, le gouvernement est plétho-rique et manquerait d’efficacité. Entre agacement et irritation, vous m’avez tenu ces propos : « Monsieur le ministre d’État, vous êtes combien de ministres dans ce gouvernement ? Peut-être dix ou quinze tout au plus. Le reste, ce sont des fonctionnaires à qui j’ai donné le titre ». Je vous ai répondu: « C’est peut-être vrai, Monsieur le président de la République. Mais le problème, c’est que ces fonctionnaires eux, se prennent pour des ministres ». Le dialogue à ce sujet s’est arrêté là. »

Nation complexe

Pour Issa Tchiroma Bakary, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, les critiques n’intègrent pas dans leurs analyses les réalités sociologiques du Cameroun et ne relèvent que de « la démagogie » et de « la surenchère verbale ». Tout acte du président de la République est conforme aux prescriptions de la Constitution. « Que lui a demandé la Constitution ? De se souvenir que nous sommes une mosaïque. Et de faire en sorte que dans toute institution de l’État, la mosaïque s’y retrouve autant que faire se peut. Nous sommes une nation complexe où vous avez 300 ethnies. Autant de langues avec deux cultures. Et aujourd’hui, nous vivons dans la paix, dans l’harmonie et dans la concorde », se réjouit Issa Tchiroma.

L’âge de monsieur le ministre est avancé

« En dépit de la taille de ce gouvernement, après chaque remaniement ou réaménagement du gouvernement, certains disent, dans les régions, «attention, Monsieur le Président, vous nous avez oubliés ». Le président de la République a donc la responsabilité de faire en sorte que tout acte qu’il pose reflète la diversité natio- nale dans sa complexité. » 

Quid des dépenses qui découlent d’un effectif aussi pléthorique ? Selon diverses sources, par les frais de missions avec billets d’avion en classe Affaires sur des compagnies occidentales, les primes de représentation, les voitures de service, les employés de maison, le personnel du cabinet, les bons de carburant et autres avantages divers, chaque ministre coûterait à l’État environ 300 millions de F.CFA par an. Ce que conteste le porte-parole, qui se garde de donner une évaluation plus précise. D’après Issa Tchiroma, le coût est « insignifiant », par rapport au bénéfice que gagne le Cameroun, à savoir la paix, l’unité, la cohésion et la concorde. Autre sujet de préoccupation, l’ancienneté des ministres dont certains, nous l’avons vu, cheminent avec le président de la République depuis 1982. « Comment peut-on demander à quelqu’un d’innover quand il a déjà été ministre 30 ans ? », interroge un journaliste lors d’une conférence de presse.

Réponse de Tchiroma : en politique on n’a pas d’âge. D’après lui, les Africains sombrent dans le mimétisme du modèle occidental, modèle qui a tendance à créer des mouroirs pour ses vieux et personnes âgées. Ce qui n’est pas le cas en Afrique où « l’âge, c’est le respect ». De plus, Issa Tchiroma soutient que le problème, ce ne sont pas les personnes âgées. « Prenons cette hypothèse d’école : le chef de l’État décide de ne recruter que des gens qui ont 45 à 50 ans. Il nous sort tous du gouvernement. Est-ce pour autant que les problèmes seront réglés ? » Pour lui, ce sont en réalité les jeunes experts qui sont aux manettes en coulisse. « Ceux-là ont de 25 ans à 55 ans, puisque dans la Fonction publique on ne reste pas au-delà de 55 ans. Vous êtes en train de dire aux Camerounais que nous sommes en difficulté, parce qu’il y a 65 personnes qui ont 60 ans. Et que si on les enlève, on met ceux qui ont 55 ans, les problèmes seront réglés. C’est cela ? Non. De grâce, en politique on n’a pas d’âge. La Tunisie a fait un pied de nez à tous ceux qui parlaient de l’âge du président Biya. Le président Biya est un jeunot par rapport au président tunisien. Nous les respectons. C’est la volonté populaire. Le président tunisien a 88 ou 89 ans. Le président Biya n’a que 82 ans. Ceux-là, qui parlent de l’âge, reçoivent des réponses partout, mais cela ne leur dit rien».

Mais les jeunes, eux, demandent à trouver une place au soleil, à l’image de Franklin Kamdem, jeune polytechnicien : « Le problème ce n’est pas forcément que les vieux sont au pouvoir. Le problème c’est que ces vieux sont parfois réticents à donner leur chance aux jeunes. Si tous jeunes qui arpentent les départements ministériels avec des projets novateurs étaient écoutés et soutenus, si seulement 50 % des projets qu’ils soumettent étaient étudiés et mis en oeuvre, alors le Cameroun serait un pays formidable».

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