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Politique

White Malice : La CIA et la néocolonisation

Le nouveau livre de Susan Williams, White Malice, révèle comment les puissances occidentales ont pillé et saboté les pays africains nouvellement indépendants. L’ouvrage revient notamment sur la fin tragique de Patrice Lumumba.

Par Stephen Williams

Un nouveau livre de l’historienne et universitaire Susan Williams est toujours un événement attendu, et White Malice ne fait pas exception. L’auteure a rassemblé de nombreux thèmes d’études précédentes pour présenter un acte d’accusation étayé sur la façon dont les puissances occidentales ont pillé et saboté les nations africaines nouvellement indépendantes.

Patrice Emery Lumumba

Son livre fera-t-il autant de bruit que le brûlot Who Killed Hammarskjöld ?, qui relatait la mort suspecte, en 1961, du secrétaire général des Nations unies ? (lire encadré ci-dessous). Quoi qu’il en soit, les révélations de Susan Williams sur les machinations et les intrigues internationales après la Seconde Guerre mondiale ont de quoi faire réagir.

L’universitaire explique comment les puissances occidentales – principalement les États-Unis, ainsi que le Royaume-Uni, la France et la Belgique –, étaient engagées dans une lutte acharnée avec l’Union soviétique pour le contrôle des ressources du continent, y compris le minerai d’uranium, vital pour chacun.

On peut avoir l’impression que tout Américain ou Européen vivant et travaillant en Afrique à cette époque était un agent du renseignement au programme déstabilisateur ! Pourtant, le livre donne une place aux Occidentaux idéalistes qui ont soutenu l’agenda d’un continent libre et indépendant.

Les gisements d’uranium trouvés au Congo étaient les plus riches du monde. Avant l’indépendance, le minerai du Congo belge était exporté aux États-Unis pour construire les bombes atomiques larguées sur le Japon à Hiroshima et Nagasaki. Après la guerre, la ruée vers les ressources minières s’est élargie à une lutte idéologique pour obtenir des alliés et des clients parmi les nouvelles nations africaines émergentes.

Susan Williams plonge dans les archives, révélant de nouveaux détails étonnants du programme secret américain de la Guerre froide pour prendre le dessus en Afrique, alors que les puissances européennes quittaient le continent. C’est une histoire sombre et enchevêtrée d’agents secrets et d’informateurs, de lobbying de l’ONU, de corruption, d’assassinats et de coups d’État.

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White Malice détaille la culpabilité présumée des Occidentaux dans la torture et le meurtre de Patrice Lumumba, Premier ministre du Congo. Lumumba espérait que les États-Unis, une nation qu’il admirait, seraient un allié naturel du Congo, étant donné le triomphe du pays sur le colonialisme et sa réalisation de l’autodétermination et l’indépendance. Mais Lumumba a quitté les États-Unis « profondément désabusé », après sa première visite à Washington, n’ayant pu obtenir une rencontre avec le président américain Dwight Eisenhower, qui a préféré jouer au golf.

Un américain pacifiste

Des faits gênants pointent clairement du doigt la complicité du gouvernement belge dans la mort de Lumumba. Susan Williams se concentre sur le rôle obscur des États-Unis et d’autres pays pour encourager l’élimination du leader africain, craignant que ce dernier ne privilégie une alliance avec l’Union soviétique.

L’autrice expose de nombreuses organisations de façade de la CIA qui se sont fait passer pour défendre  les intérêts de l’Afrique tout en tentant de subvertir des agences africaines, et l’American Society of African Culture, qui a décerné des bourses, et publié une revue, African Forum.

De telles organisations de façade de la société civile ont tenté d’infiltrer la Conférence des peuples africains (AAPC) de Kwame Nkuramah, syndicats et organisations populaires qui œuvraient à la solidarité panafricaine dans la lutte contre le colonialisme.

En effet, à la lecture de ce livre, on peut avoir l’impression que tout Américain ou Européen vivant et travaillant en Afrique à cette époque était un agent du renseignement au programme déstabilisateur ! Pourtant, le livre donne également une place aux Occidentaux idéalistes qui ont soutenu l’agenda d’un continent libre et indépendant.

Siégeant au comité d’organisation de l’AAPC, Bill Sutherland était un pacifiste américain qui était un partisan actif de Nkrumah. Il a également accueilli la visite de Martin Luther King et Coretta Scott King aux célébrations de l’indépendance du Ghana, en 1957.

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Il a été secrétaire particulier du ministre des Finances Komla Gbedemah dans le premier gouvernement du pays. En 1961, il quitte le Ghana, s’installe en Tanzanie en 1963 et devient un proche collaborateur du président Julius Nyerere.

Sa vie illustre les liens forts et mutuellement enrichissants qui se sont tissés entre la diaspora américaine et l’Afrique indépendante, malgré les efforts et les machinations des services de sécurité, qui avaient en tête une relation beaucoup plus unilatérale.

@SW

ENCADRE

Une enquête implacable

Dans un précédent livre, publié en 2011, Who Killed Hammarskjöld ?, Susan Williams enquêtait sur la mort suspecte, en 1961, du secrétaire général de l’ONU Dag Hammarskjöld dans un accident d’avion au-dessus de la Rhodésie du Nord. Le diplomate se rendait à une réunion avec Moïse Tshombe, le chef de la province congolaise séparatiste du Katanga.

Grâce à son enquête incisive, Williams expliquait la politique de domination par les puissances coloniales, les intérêts miniers, les colons rhodésiens et le gouvernement sud-africain de l’apartheid.

Elle a conclu que la première enquête rhodésienne était erronée et partielle et que la mort d’Hammarskjöld aurait pu être le résultat d’un assassinat ou d’un détournement d’avion raté, peut-être dans le but de déstabiliser les tentatives d’Hammarskjöld d’éviter l’éclatement du Congo.

En 2012, la Commission Hammarskjöld a été chargée d’évaluer de nouvelles preuves relatives à l’accident d’avion qui a coûté la vie au diplomate. Le rapport de ce panel a conduit l’ancien secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon à inviter le juge tanzanien Mohamed Chande Othman à mener une enquête approfondie sur l’accident d’avion.

Dans son rapport publié en 2017, le juge Othman confirmait : « Il semble plausible qu’une attaque ou une menace externe ait pu être la cause du crash, que ce soit par le biais d’une attaque directe… ou en provoquant une distraction momentanée des pilotes. » Pour la première fois, une enquête officielle avait donné une voix à la théorie selon laquelle les décès de Hammarskjöld et son équipe peuvent avoir été délibérément planifiés.

Photo : Patrice Lumumba, Premier ministre du Congo indépendant. Susan Williams détaille le rôle obscur des États-Unis dans son meurtre.

 

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