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Vives tensions au Burkina Faso

Vives tensions au Burkina Faso
  • Publiéjanvier 4, 2023

Les autorités de Ouagadougou exigent le remplacement de l’ambassadeur de France, au comportement jugé trop intrusif. Tandis que le Burkina Faso connaît un regain de violences, les États-Unis, inquiets, suspendent le pays du dispositif AGOA.

 

Après le Mali, la République centrafricaine, c’est au tour du Burkina Faso d’exacerber les tensions avec la France. Le gouvernement de Ouagadougou a demandé, selon une lettre qui a opportunément « fuité » sur les réseaux sociaux, le remplacement de Luc Hallade, qu’il considère comme n’étant « plus fiable ». Pour l’heure, le diplomate est toujours en poste, mais le Quai d’Orsay a reconnu officiellement avoir reçu une telle demande. « Cette démarche n’est pas habituelle », se borne à commenter le ministère français des Affaires étrangères, selon qui l’équipe de l’ambassade à Ouagadougou « accomplit un travail remarquable dans des conditions difficiles ».

La Boucle de Mouhoun est une région située à la frontière du Mali ; elle était naguère prospère, riche de ses champs de blé. Depuis des mois, elle fait l’objet de conflits entre l’armée régulière, des milices d’autodéfense, et des groupes djihadistes.

Selon le quotidien Le Monde, l’ambassadeur français aurait demandé aux Français habitant la commune de Koudougou de quitter cette ville, située à 100 km à l’ouest de la capitale, invoquant des impératifs de sécurité. L’ambassadeur leur conseillait de revenir à Ouagadougou ou de se délocaliser à Bobo-Dioussalo.

Cette démarche aurait déclenché la colère des dirigeants du Faso. On se souvient que durant l’été 2022, les propos de l’ambassadeur qualifiant la situation au Burkina Faso de « conflit endogène » et de « guerre civile » n’avaient pas été du goût du pouvoir. Néanmoins, les dirigeants de Ouagadougou, qui ont pris le pouvoir le 24 janvier 2022, reversant le président Roch Kaboré, ne renvoient pas l’ambassadeur chez lui, mais demandent son remplacement à la France.

Tel n’avait pas été le cas, fin décembre, pour la coordinatrice des Nations unies, renvoyées sans phrase après que cette responsable ait allégé le personnel de sa délégation présente à Ouagadougou, également pour des raisons de sécurité.

L’ensemble du pays, à l’exception de la capitale, est « formellement déconseillé » par les autorités françaises (source : site de l’ambassade).
L’ensemble du pays, à l’exception de la capitale, est « formellement déconseillé » par les autorités françaises (source : site de l’ambassade).

 

Cet épisode est un pas de plus dans la dégradation des liens entre la France et son ex « pré carré » africain, tandis que les dirigeants ayant pris le pouvoir par la force, ces deux dernières années, regardent davantage du côté de Moscou.

 

Le drame de Nouma

Pourtant, la France reste aux côtés du Burkina Faso dans sa lutte contre le djihadisme, tandis que les groupes armés contrôlent environ 40 % du territoire. « Les 400 membres des forces spéciales françaises resteront à Ouagadougou tant que les autorités burkinabè le souhaiteront », assurait d’ailleurs l’ambassadeur Luc Hallade, en novembre 2022. Qui ne masquait pas son inquiétude face aux « frustrations » de la population, aux prises avec les djihadistes.

Ces brouilles diplomatiques ne font pas oublier l’extrême tension qui règne au Burkina Faso. Dans la nuit du 30 au 31 décembre, 28 hommes ont été tués par balles à Nouna, chef-lieu de la province de la Kossi, à l’ouest du pays. Le gouvernement a diligenté une enquête sur ce drame. Si les premiers soupçons vont en direction des groupes djihadistes, une ONG, le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC) accuse des milices prétendument liées à l’armée régulière d’organiser des pillages organisés et à se livrer à des exactions ciblées sur des populations civiles. Le tout, « sur un fond de délit de faciès et de stigmatisation », venant rappeler les conflits ethniques qui ont ensanglanté l’Afrique. En effet, les meurtriers seraient, selon le CISC, des chasseurs traditionnels dozos. Sous prétexte de combattre les djihadistes, ces miliciens proches des Volontaires pour la Patrie, supplétifs de l’armée régulière, se livreraient à des violences incontrôlées.

Ce massacre se situe dans la Boucle de Mouhoun, une région située à la frontière du Mali, et naguère jugée prospère, riche de ses champs de blé. Elle fait l’objet de conflits entre l’armée régulière, des milices d’autodéfense, et des groupes djihadistes. Un autre drame est survenu, le 2 janvier, dans cette région, à Soro : le meurtre d’un prélat, le père Jaques Yaro Zerbo. Voici quelques mois, pourtant, la ville symbole de Solenzo avait été reprise par les forces régulières.

 

Dernière minute

Le Burkina Faso exclu de l’AGOA

Tandis qu’Africains et Américains rediscutent du dispositif AGOA, qui exempte de taxe les exportateurs africains à destination des États-Unis, ces derniers en suspendent les entreprises burkinabè.

Les autorités américaines se disent « profondément inquiètes » des bouleversements politiques dans le pays. Washington va soumettre un nouveau texte à Ouagadougou qui devra préciser ses intentions. Les États-Unis avaient déjà mis fin au programme de coopération Millennium Challenge Account en mars 2022.

Le Burkina Faso exporte quelques millions de dollars vers les États-Unis, essentiellement des produits textiles et d’artisanat.

Photo de une : AFP/Olivia de Maismont

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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