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Politique

Violente charge d’Ousmane Sonko contre la presse

Violente charge d’Ousmane Sonko contre la presse
  • Publiéjuin 12, 2024

Le nouveau Premier ministre du Sénégal menace la presse de représailles, notamment fiscales, si elle persistait à délivrer ce qu’il appelle de fausses informations.

 

Les propos du Premier ministre sénégalais envers la presse crispent un peu plus les relations entre le nouveau le pouvoir et les journalistes. Au cours d’un meeting digne d’un rassemblement d’opposants en campagne électorale, Ousmane Sonko a accusé la presse, du moins une partie, d’avoir un agenda caché et de n’être qu’un instrument politique contre lui.

« Désormais, il ne sera plus toléré pour aucun journaliste ou maison de presse de donner de fausses informations sur qui que ce soit », a déclaré celui qui est toujours président du Pastef-Les patriotes lors d’une conférence politique des jeunes de ce parti. Et de prévenir, sans toutefois citer d’exemples précis : « Ce qui avait existé n’aura plus. Avoir un organe de presse et menacer des gens et faire du chantage sur les gens ne passera plus. » Le Premier ministre a également adressé une mise en garde aux patrons de presse qui ne paient pas leurs impôts.

« J’ai été traîné en justice, privé de candidature parce que j’avais révélé l’existence d’un rapport qui épinglait un ministre. Aujourd’hui, ce rapport est sur la table de mon bureau ! »

Certes, certaines personnalités du Pastef préfèrent parler de « méfiance » ou de « réticences » un pouvoir à l’égard de la presse, mais les propos du nouveau Premier ministre résonnent plutôt comme une menace. On assure pourtant, du côté du parti au pouvoir, que les journalistes qui font correctement leur travail n’ont rien à craindre d’Ousmane Sonko, qui s’exprimait là davantage en militant qu’en Premier ministre.

Ces propos n’en sont pas moins inquiétants, estime le Conseil des éditeurs de presse du Sénégal. « Je refuse à toute personne de m’insulter comme un bandit fiscal. Je suis un chef d’entreprise. Les personnes qui nous diffament ne sont pas plus patriotes que nous. Nous sommes un secteur qui est spécifique, il nous faut une fiscalité qui est spécifique. Nos gouvernants ont une vision extrêmement étroite, c’est-à-dire qu’ils ne considèrent la presse comme un secteur névralgique », s’emporte son président, Mamadou Ibra Kane, cité par RFI. « La presse ne refuse pas de payer ses impôts mais demande une spécificité fiscale. La vision de Monsieur Sonko est simpliste ! »

Au-delà des protestations, les représentants des journalistes suggèrent d’analyser la situation froidement, dans un pays où la liberté de la presse est une pierre angulaire, y compris – et surtout – dans les périodes de crise politique.

 

Des campagnes hostiles

« On peut remettre à plat toutes les ardoises et se fixer une échéance d’une année pour voir les entreprises de presse faire leur mue eu égard à la fiscalité, aux cotisations sociales et au respect du Code de la presse », suggère ainsi, auprès de Seneplus, Ibrahima Lissa Faye, le président de l’Association des éditeurs et professionnels de la presse en ligne et membre de la Coordination des associations de presse. Comme dans beaucoup de pays, la presse sénégalaise survit grâce à des aides et des dégrèvements fiscaux, la menace à peine voilée d’Ousmane Sonko de les supprimer n’est donc pas prise à la légère.

Charge à la presse de ne pas confondre liberté d’informer et délation, reconnaissent certains observateurs de la vie politique. Ousmane Sonko et le président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, ainsi que d’autres militants du Pastef, ont il est vrai fait les frais de campagnes de presse particulièrement hostiles à leur égard.

Un kiosque à journaux au Sénégal.

 

D’ailleurs, Ousmane Sonko a expliqué l’origine de sa colère : « J’ai été traîné en justice, privé de candidature parce que j’avais révélé l’existence d’un rapport qui épinglait un ministre. Aujourd’hui, ce rapport est sur la table de mon bureau ! » Le Premier ministre a promis « de transmettre le dossier à la justice ». Ce rapport épingle Mame Mbaye Niang, ancien ministre du Tourisme, un proche de Macky Sall. D’autres mises en cause pourraient suivre, a prévenu le Premier ministre. Pour autant, pour le moment, pas question de revenir sur la loi d’amnistie promulguée en mars 2024, loi dont Sonko et Faye ont d’ailleurs bénéficié.

Les propos du Premier ministre ont eu l’avantage de ranimer une opposition sonnée par sa défaite à la présidentielle. Interrogé par le quotidien français Le Monde, Madiambal Diagne, un proche de Macky Sall, accuse Ousmane Sonko de se comporter en politicien « démagogue, populiste et irresponsable ». « Les Sénégalais attendent encore la baisse des prix des denrées, l’emploi des jeunes et la relance de notre économie », critique Bougane Gueye Dany, un autre candidat.

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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