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Politique

Une transition prolongée de cinq ans au Burkina Faso

Une transition prolongée de cinq ans au Burkina Faso
  • Publiémai 27, 2024

Jugeant la situation sécuritaire incompatible avec le retour d’un pouvoir civil, le capitaine Ibrahim Traoré se maintient au pouvoir, sans fermer la porte à des élections avant cinq ans.

Le communiqué est clair : « La durée de la transition est fixée à 60 mois à compter du 2 juillet 2024 », a annoncé le colonel Moussa Diallo. Ce membre de la junte militaire au pouvoir au Burkina Faso depuis septembre 2022 a présidé, le week-end du 25 mai 2024, des Assises nationales à Ouagadougou.

Toutefois, selon la charte signée par le capitaine Ibrahim Traoré à l’issue de cette réunion, des élections peuvent toutefois être organisées « avant cette échéance si la situation sécuritaire le permet ». D’ailleurs, le capitaine Traoré, qui n’est plus « président de la Transition » mais « président du Faso », pourra se présenter aux élections qui seraient organisées à l’issue des cinq ans.

Pendant que le capitaine Traoré prenait « cinq ans ferme », la CEDEAO décidait de créer une « Commission addhoc de facilitation, de médiation et de réconciliation pour le Burkina Faso,le Mali et le Niger ».

Les assises nationales, qui devaient initialement s’achever le 26 mai, ont rassemblé des représentants de la société civile, des forces de défense et de sécurité et des députés de l’assemblée de transition, mais la plupart des partis politiques traditionnels ont boudé l’invitation.

« L’affaire ayant été mâchée en amont, elle a été pliée en une journée, en à peine quatre-cinq heures chrono et sous les hurlements des partisans du régime qui manifestaient dehors », écrit le journal burkinabè L’Observateur Paalga. Dont l’éditorial ironise : « Puisque la présidence est une sorte de prison où le locataire des lieux ne s’appartient plus vraiment, ça sera donc cinq ans ferme pour le capitaine Ibrahim Traoré. » 

Dans la nouvelle charte, les « quotas » qui étaient réservés aux partis politiques issus notamment de l’ex-majorité et opposition pour les postes de députés de l’assemblée législative de transition ont été supprimés. Douze postes sur 71 restent alloués aux partis politiques, mais sans attribution à une formation politique. Le « patriotisme » est érigé comme critère pour siéger à cette assemblée ou au gouvernement.

D’autre part, le Burkina Faso sera prochainement doté d’une nouvelle instance, baptisée « Korag ». Elle aura pour mission de suivre et contrôler la mise en œuvre de la « vision stratégique » du pays, « dans tous les domaines et par tous les moyens ». Il revient au président du Faso de préciser la composition et le fonctionnement de cette structure.

 

Des entraînements militaires conjoints aux pays sahéliens

Une première charte avait été adoptée lors de premières assises nationales, fixant les contours des pouvoirs exécutifs et législatifs ; le processus devait s’achever le 1er juillet 2024. Régulièrement, le capitaine Traoré a évoqué la difficulté d’organiser des élections en raison de l’insécurité. Le pouvoir poursuit ses offensives contre les groupes djihadistes qui se livrent à des exactions dans plusieurs régions du pays, mais l’armée régulière est elle-même accusée par certaines associations humanitaires de violences envers la population civile.

Sur le plan international, le Burkina Faso a renforcé ses liens avec ses voisins, notamment le Niger et le Mali, refusant le soutien de la France. Militaires français, journalistes, et parfois même diplomates ont été expulsés. Le régime s’est en revanche rapproché de la Russie, de l’Iran et de la Turquie.

D’autre part, on apprend ce 27 mai que Niger, Mali, Burkina Faso, ainsi que Tchad et Togo, mènent des exercices militaires conjoints. Pour la première fois, des soldats de ces pays s’entraînent, depuis le 20 mai et jusqu’au 3 juin, dans l’ouest du Niger, près de la frontière du Mali ; précisément à Tillia, le centre de formation des forces spéciales nigériennes. Il s’agirait, d’après les autorités, de renforcer les capacités opérationnelles et la résilience de leurs forces armées.

Pendant que le capitaine Traoré prenait « cinq ans ferme », la CEDEAO décidait de créer une « Commission addhoc de facilitation, de médiation et de réconciliation pour le Burkina Faso,le Mali et le Niger ».

Cette instance a pour objectif de trouver des compromis entre les États membres désireux de quitter la CEDEAO et les instances dirigeantes de la Communauté. À noter que l’organisation ouest-africaine a également décidé d’envoyer des représentants sur le terrain afin d’apaiser les tensions entre le Niger et le Bénin. La CEDEAO « lance un appel pressant aux Autorités de la transition au Burkina Faso, au Mali et au Niger pour la poursuite du dialogue en vue de sauvegarder la démocratie, l’unité et les intérêts de la Région ».

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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