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Politique

Une coûteuse « réforme » au Ghana

Une coûteuse « réforme » au Ghana
  • Publiémars 7, 2024

Le Parlement du Ghana a voté une loi restreignant les droits des homosexuels. Hostile sur le fond, le gouvernement prévient des conséquences financières dramatiques pour le Budget.

 

Le ministère ghanéen des Finances a laissé entendre que la loi anti-LGBT+ mettrait en péril 3,8 milliards de dollars de financement de la Banque mondiale, au cours des cinq à six prochaines années, ce qui signifierait que le Ghana devrait réduire son budget de 2024 de 600 millions $.

Dès lors, le doute plane quant à la promulgation de cette loi anti-LGBT+ du parlement ghanéen. Le ministère des Finances a fait part de son opposition et le président Nana Akufo-Addo (photo ci-dessus) a déclaré attendre un arrêt de la Cour suprême sur la constitutionnalité de la loi.

« Depuis l’adoption du projet de loi, il y a eu des cas de violence à l’encontre des membres de la communauté LGBT+ : des personnes ont été battues et se sont fait extorquer de l’argent parce qu’elles étaient soupçonnées d’appartenir à la communauté LGBT. »

La semaine dernière, le parlement ghanéen a adopté un projet de loi prévoyant des peines de prison allant jusqu’à trois ans pour les personnes s’identifiant comme LGBT+ et cinq ans pour celles qui « promeuvent » des activités LGBT+, mais les responsables de la politique économique et les militants des droits de l’homme espèrent que la législation pourra être bloquée.

Dans des documents divulgués aux médias, le ministère ghanéen des finances a donc laissé entendre que cette mesure mettrait en péril 3,8 milliards $ de financement de la Banque mondiale au cours des cinq à six prochaines années, ce qui signifierait que le Ghana devrait réduire son budget pour 2024 de 600 millions $. Le Fonds de stabilité financière du pays, qui fournit des liquidités aux banques ghanéennes dans l’espoir d’améliorer la stabilité macroéconomique, devrait également être réduit de 250 millions $, selon le ministère.

Le Ghana est déjà confronté à de sérieux défis économiques, ayant fait défaut sur la quasi-totalité de sa dette extérieure en décembre 2022. Il bénéficie d’un programme du FMI de 3 milliards $, dont une deuxième tranche de 600 millions $ a été déboursée en janvier. Cette tranche devait à son tour débloquer 550 millions $ de financement de la Banque mondiale.

Un retrait de l’aide future de la Banque mondiale risquerait de provoquer de nouvelles turbulences. L’institution de Washington a déjà interrompu le financement de pays africains qu’elle jugeait en régression sur le plan des droits de l’homme. En 2023, elle a cessé d’accorder de nouveaux financements à l’Ouganda après que ce pays a criminalisé la « promotion de l’homosexualité » et introduit la peine de mort pour « homosexualité aggravée ». Jusqu’à présent, la Banque mondiale n’a pas encore commenté le projet de loi anti-LGBT+ du Ghana.

Le ministère des Finances a également prédit que la législation aurait « un impact négatif sur les réserves de change du Ghana et sur la stabilité du taux de change », et qu’elle aurait également « des conséquences désastreuses sur l’exercice de restructuration de la dette et sur la dette à long terme du Ghana ».

 

Le président réfléchit

La proposition de loi ne peut entrer en vigueur que si elle est approuvée par le président Nana Akufo-Addo. Ce dernier a depuis déclaré qu’il ne signerait pas le projet de loi tant que la Cour suprême ne se serait pas prononcée sur sa constitutionnalité – une procédure juridique qui pourrait durer le reste de l’année.

Alors qu’il avait précédemment déclaré qu’il adopterait le projet de loi s’il était soutenu par la majorité des Ghanéens, Akufo-Addo a récemment déclaré qu’en matière de droits humains, « aucun retour en arrière ne sera envisagé ou occasionné ».

Genevieve Partington, directrice d’Amnesty International pour le Ghana, explique à NewAfrican qu’elle espérait que le projet de loi serait bloqué. En effet, malgré le point de vue exprimé par le parlement ghanéen, le président et son gouvernement semblent tous deux opposés à cette mesure. « Notre président est lui-même un militant des droits de l’homme et un avocat, et je sais qu’il est conscient des conséquences que pourrait subir le Ghana s’il signait cette loi », explique-t-elle. « Le ministère des Finances, le bureau du procureur général et la commission des droits de l’homme et de la justice administrative se sont tous opposés au projet de loi. »

Et Genevieve Partington de se féliciter : « Il est bon de voir que les institutions gouvernementales déclarent que ce projet de loi est voué à l’échec. Nous espérons que le projet de loi ne sera pas signé. »

Toutefois, elle ajoute que les personnes LGBT+ sont confrontées à une discrimination accrue, que le projet de loi finisse ou non par être adopté.

« Depuis l’adoption du projet de loi, il y a eu des cas de violence à l’encontre des membres de la communauté LGBT+ : des personnes ont été battues et se sont fait extorquer de l’argent parce qu’elles étaient soupçonnées d’appartenir à la communauté LGBT. »

La militante redoute craint également que, si le projet de loi entre en vigueur, il ne déclenche une tendance anti-LGBT+ plus large en Afrique de l’Ouest.

« Le Ghana a toujours été un pionnier en matière de droits de l’homme dans la région. « Si nous adoptons ce projet de loi, je ne peux qu’imaginer ce que fera le reste de l’Afrique de l’Ouest ; ils suivront probablement le mouvement. »

@NA

Écrit par
Harry Clynch

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