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Politique

Une cordiale rivalité

La Côte d’Ivoire et le Sénégal se disputent le leadership en Afrique de l’Ouest francophone, tout en affichant leur amitié. Les présidents Alassane Ouattara et Macky Sall souhaitent faire de l’axe Abidjan-Dakar le moteur de l’intégration régionale. 

Dakar, Seydou Ka 

Il n’y a aucun nuage entre Abidjan et Dakar », s’est félicité Macky Sall à l’issue de sa visite en Côte d’Ivoire, du 20 au 22 juin. Tous deux en difficulté sur le plan intérieur, les présidents ivoirien et sénégalais ont affiché leur bonne entente sur les sujets brûlants du moment (lutte contre le terrorisme, monnaie unique, avenir de la Cedeao…). 

Pour renforcer des liens « déjà très forts », les deux pays ont signé cinq accords de coopération portant sur l’habitat, l’énergie, le cinéma, la culture générale et le commerce. Alassane Ouattara a exprimé le souhait d’aller « un peu plus loin » dans cette coopération, de renforcer davantage le commerce et les investissements.

Pays non soudés par une frontière commune, la Côte d’Ivoire et le Sénégal ont néanmoins été intensément associés dans une histoire partagée, un contact social, une coopération économique, bilatérale et régionale, un tandem diplomatique et une affaire culturelle.

Macky Sall invite, de son côté, les hommes d’affaires des deux pays à saisir les opportunités qu’offrent les « rapports étroits » entre la Côte d’Ivoire et le Sénégal pour davantage investir dans l’agriculture, l’éducation, le commerce, l’artisanat ou l’énergie.

Les deux dirigeants ont multiplié les amabilités. Sall a salué « l’ambition et l’audace » de son homologue ivoirien. En retour, le président sénégalais a été baptisé « Ayôpô », qui signifie « le pardon », et son épouse, Marième Faye Sall, a reçu le nom de « Ayôpôman » (« la personne qui porte le pardon »).

Le président sénégalais a également reçu les attributs de chef traditionnel atchan, l’une des ethnies de Côte d’Ivoire, matérialisés par un pagne imposant, une couronne, une canne et des sandales royales. Pour couronner le tout, il a été fait citoyen d’honneur d’Abidjan. 

À l’issue de cette visite, les deux dirigeants ne cachaient guère leur satisfaction. Sur l’ensemble des dossiers abordés, il s’est dégagé « une parfaite communion » entre les deux chefs d’État qui ont convenu de faire de la coopération Sénégal-Côte d’Ivoire un modèle réussi d’intégration Sud-Sud, en impulsant un nouveau dynamisme aux échanges économiques et culturels.

L’ambition est de faire l’axe Abidjan-Dakar la locomotive de l’intégration régionale, notamment à travers la relance d’un vieux projet, l’autoroute Dakar-Abidjan-Lagos. 

Un chantier « toujours prometteur » 

Des deux côtés, les chancelleries aiment à dire que la Côte d’Ivoire et le Sénégal ont tout pour s’entendre. Historiquement, c’est une rivalité cordiale qui prédomine entre les deux capitales.

En dépit de cette rivalité feutrée symbolisée par Léopold Sédar Senghor et Félix Houphoët-Houphouët, les deux pays ont souvent affiché une bonne entente. Hormis le tournant momentanément déstabilisateur ayant suivi la disparition du « Père » de la Côte d’Ivoire (Félix Houphouët-Boigny) et l’éclatement de la rébellion au début des années 2000.

Sur la scène internationale, Dakar et Abidjan ont souvent mené une « diplomatie concertée » et ont toujours su accorder leurs violons sur l’essentiel des sujets. Après la crise ivoirienne, Dakar a cru pouvoir ravir à Abidjan le leadership sous-régional, y compris sur le plan économique. Mais les belles performances de l’économie ivoirienne ces dernières années ont maintenu l’écart. 

À son arrivée au pouvoir en 2011, Alassane Ouattara, qui « garde un bon souvenir » de son séjour à Dakar comme gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), avait affiché son désir de renforcer l’axe Abidjan- Dakar. Une relation forgée par l’histoire qu’il considère « non seulement dans l’intérêt des deux pays, mais dans l’intérêt de l’Afrique de l’Ouest et du continent entier ». 

Pour le politologue Babacar Justin Ndiaye, l’axe Dakar-Abidjan est un « chantier toujours prometteur ». Pays non soudés par une frontière commune, la Côte d’Ivoire et le Sénégal ont néanmoins été « intensément associés » dans une histoire partagée, un contact social, une coopération économique (bilatérale et régionale), un tandem diplomatique et une affaire culturelle, à l’image des Nouvelles éditions africaines.

Sans être membre du très ancien Conseil de l’entente, Dakar a eu le privilège exceptionnel, de marcher côte à côte – et surtout d’aller loin – avec Abidjan. « Ce parcours commun n’a pas été sans obstacles, mais ces derniers n’ont jamais eu la taille de haies infranchissables », rappelle Babacar Justin Ndiaye. 

Du point de vue migratoire, les Sénégalais appréhendent l’espace ivoirien tantôt comme un pays d’accueil, tantôt comme un point d’appui de leurs réseaux migratoires ou commerciaux. « Hier, ils transitaient par la Côte d’Ivoire pour rejoindre la France, le Congo, et quand ils étaient expulsés du Congo, malmenés au Nigeria, ils se dirigeaient vers la Côte d’Ivoire, nouvelle base arrière. Au seuil des années 1990, la Côte d’Ivoire est devenue une étape relais sur la route du Cameroun, du Gabon ou encore de l’Italie, des États-Unis et une zone refuge après expulsions », explique la spécialiste des migrations Sylvie Bredeloup.

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