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Politique

Une CEDEAO fragilisée

Une CEDEAO fragilisée
  • Publiéjuillet 10, 2024

Le bras de fer se poursuit entre l’organisation ouest-africaine et les trois pays du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger) qui annoncent la création d’une confédération.

Exprimant sa « déception », la CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) a fait savoir que la région du Sahel risquait la « désintégration », après la création par les autorités du Niger, du Mali et du Burkina Faso d’une « confédération ».

Les présidents du Sénégal et du Togo devraient jouer le rôle de « facilitateurs » pour sauver ce qui peut l’être. Le président du Nigeria, Bola Ahmed Tinubu, a appelé le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, à endosser le rôle d’« émissaire » auprès du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Le nouveau dirigeant du Sénégal, qui assistait à sa première réunion de haut niveau, a toujours soutenu que la réconciliation était possible entre les trois pays de l’AES et ses voisins.

Soixante-neuf personnes du groupe djihadiste Boko Haram et leurs familles se sont rendues depuis le début de juillet à la Force multinationale mixte, composée de soldats du Nigeria, du Niger, du Tchad, du Cameroun et du Bénin.

« Nous devons tout faire pour éviter le retrait des trois pays frères de la CEDEAO. Ce serait le pire des scénarios et une grande blessure au panafricanisme que les pères fondateurs nous ont légué », a-t-il déclaré devant ses homologues ouest-africains, appelant à « engager les réformes idoines pour adapter la CEDEAO aux réalités de son temps ».

Bassirou Diomaye Faye souhaite débarrasser la CEDEAO des « clichés et stéréotypes la réduisant à la posture d’une organisation soumise aux influences de puissances extérieures, et distante des populations ». Pour sa part, le président Umaro Sissoco Embaló de la Guinée-Bissau, a proposé de se charger du dossier du Burkina Faso ; une proposition acceptée par ses pairs.

Le président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye devant ses homologues de la CEDEAO, le 8 juillet 2024.
Le président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye devant ses homologues de la CEDEAO, le 8 juillet 2024.

 

Les trois pays ont annoncé, le 6 juillet, la formation d’une « Confédération des États sahéliens ». Leur premier sommet, organisé à Niamey, constituait déjà un défi à la CEDEAO qui réunissait les chefs d’États d’Afrique de l’Ouest les jours suivants. Clairement, l’existence même de l’organisation est en jeu, du moins sa crédibilité. Sachant que la CEDEAO est aussi confrontée à son incapacité à résoudre les problèmes de sécurité, la lutte contre le djihadisme et qu’elle doit résoudre des difficultés de financement.

 

Risque de « désintégration »

Reste la menace : le chef de la commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray, a prévenu que les trois pays risquaient l’« isolement diplomatique et politique » et la perte de millions d’euros en investissements. Leurs ressortissants pourraient également devoir obtenir des visas pour voyager dans la région, mais cette mesure prendra du temps à devenir effective.

Les drapeaux des pays membres de la CEDEAO.La rupture va aussi aggraver l’insécurité régionale et entraver l’établissement d’une force régionale, redoute Omar Touray. « En dehors des nombreuses menaces liées à la paix et à la sécurité, ainsi que les défis liés à la pauvreté, notre région est également confrontée aux risques de désintégration », s’est-il inquiété auprès de l’AFP.

De leur côté, les militaires au pouvoir restent inflexibles. Le général Abdourahamane Tiani, le président nigérien, a appelé à construire « une communauté éloignée de la mainmise des puissances étrangères ». Il a aussi affirmé que les peuples des trois pays avaient « irrévocablement tourné le dos à la CEDEAO ».

Comme si de rien n’était, les ministres de la Défense et ceux chargés des Finances des pays de la Communauté ont planché sur le financement d’une « force régionale de lutte contre le terrorisme et de rétablissement de l’ordre constitutionnel ». Ils prévoient la création d’une unité initiale de 1 500 hommes, ainsi que l’institution d’une brigade de 5 000 soldats ; une initiative évaluée à 2,4 milliards d’euros par an.

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En bref

Succès contre Boko Haram

 

Soixante-neuf personnes du groupe djihadiste Boko Haram et leurs familles se sont rendues depuis le début de juillet à la Force multinationale mixte, composée de soldats du Nigeria, du Niger, du Tchad, du Cameroun et du Bénin, annonce la FMM.

Il s’agit de « quatorze hommes, vingt-trois femmes et trente-deux enfants ; les épouses sont considérées comme des terroristes puisqu’elles sont utilisées pour des attaques-suicides », précise un porte-parole.

Ces arrestations ont été, à l’occasion, accompagnées de saisies d’armes et de munitions. La plupart de ces arrestations se sont déroulées le 6 juillet lors d’une opération maritime des forces camerounaises et nigérianes, dans la région Extrême-Nord du Cameroun. Les personnes arrêtées seront remises à leur pays pour « un programme de déradicalisation », précise la FMM qui appelle les autres membres de Boko Haram à la reddition.

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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