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Politique

Une Alliance pour le Niger, le Mali et le Burkina Faso

Une Alliance pour le Niger, le Mali et le Burkina Faso
  • Publiéseptembre 18, 2023

Tandis que les menaces djihadistes ou séparatistes s’intensifient dans la région des Trois frontières, les pays sahéliens dirigés par une junte signent une Alliance des États du Sahel. L’initiative paraît davantage tournée contre la CEDEAO.

 

C’est dans un contexte politique et sécuritaire bien douloureux que le Mali, le Burkina Faso et le Niger signent un accord militaire et de soutien mutuel, l’Alliance des États du Sahel. « La Charte du Liptako-Gourma instituant l’Alliance des États du Sahel (AES) a pour objectif d’établir une architecture de défense collective et d’assistance mutuelle au bénéfice de nos populations », explique sur le réseau social X (ex-Twitter) le colonel Assimi Goïta, président malien de la « Transition ».

La Charte laisse la voie à l’adhésion de tout autre pays de la région « partageant les mêmes réalités géographiques, politiques, socioculturelles ».

La charte porte le nom de la région du Liptako-Gourma, une zone frontalière aux trois pays, lourdement affectée par la menace djihadiste depuis plusieurs années.

Au Mali justement, l’insécurité croît de jour en jour. Dans le nord du pays, des hommes armés se sont emparés, le 17 septembre, de deux camps militaires. Attaque revendiquée par la Coordination des mouvements de l’Azawad, une alliance de groupes touareg séparatistes. La CMA affirme avoir abattu un avion de l’armée régulière malienne. La ville de Tombouctou est régulièrement attaquée par des groupes djihadistes. La semaine précédente, l’armée a repoussé plusieurs attaques contre ses garnisons. Tous ces acteurs ont pourtant signé un accord de paix, en 2015. Le Nord Mali est la proie de rivalités entre groupes djihadistes, groupes touareg contre ces derniers et contre l’armée malienne…

 

Lutte contre le terrorisme

Cette escalade se déroule alors que la Minusma, la mission des Nations unies dans le pays, est poussée vers la sortie du Mali par le pouvoir en place.

C’est donc dans ce climat tendu que les trois pays dirigés par une junte militaire ont décidé de s’unir. Un pied de nez évident aux autres instances supranationales comme la CEDEAO. On peut également s’interroger sur le devenir de l’alliance G5 Sahel, censée prendre le relais des forces françaises chassées de la région. Cette alliance n’est pas une surprise, les chefs d’État de ces pays ayant très tôt apporté leur soutien les uns aux autres.

L’accord compte 17 points, selon un document mis en ligne par le média Burkina 24 ; il consacre notamment l’objectif d’assurer une défense militaire en cas de tentative de faire tomber l’un des gouvernements en place.

L’objectif de cette charte est avant tout « d’établir une architecture de défense collective et d’assistance mutuelle », selon le document officiel cité par l’AFP. Qui prévoit par exemple que « toute atteinte à la souveraineté et à l’intégrité du territoire d’une ou plusieurs parties contractantes sera considérée comme une agression contre les autres parties et engagera un devoir d’assistance et de secours de toutes les parties, de manière individuelle ou collective ».

« Notre priorité c’est la lutte contre le terrorisme dans les trois pays », a commenté le ministre des Affaires étrangères du Mali, Abdoulaye Diop.

L’engagement comprend pourtant « l’emploi de la force armée pour rétablir et assurer la sécurité au sein de l’espace couvert par l’Alliance ». Une pierre dans le jardin de la Cedeao, qui réclame partout le rétablissement de l’ordre constitutionnel et menace d’intervenir militairement au Niger, ce que les États sahéliens considèrent comme une agression. Toutefois l’article 5 de cette charte précise que les États sahéliens, en cas de menace sur leur territoire, s’engagent à privilégier « les voies pacifiques et diplomatiques ».

De plus, la Charte laisse la voie à l’adhésion de tout autre pays de la région « partageant les mêmes réalités géographiques, politiques, socioculturelles ».

Reste à savoir si les forces armées régulières seront à la hauteur de l’enjeu. Officiellement, point n’est besoin d’aide étrangère, mais l’on sait l’intérêt de la Russie (avec ou sans la milice Wagner) dans la région. Quant à la France, soutien de l’initiative G5 Sahel, elle est priée – pour le moment officieusement –, de quitter le Niger où ses troupes s’étaient repliées après le départ du Mali, en 2022. Il resterait 1 500 militaires français dans la région. La pression s’accroît sur la France : le Burkina Faso a décidé le 15 septembre l’expulsion de l’attaché militaire de l’ambassade de France, accusé « d’activités subversives ».

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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