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Politique

Un projet de loi anti-LGBT plane sur l’avenir du Ghana

Un projet de loi anti-LGBT plane sur l’avenir du Ghana
  • Publiémars 29, 2024

La croissance relativement forte du Ghana et la capacité des entreprises à s’adapter à un climat plus difficile pourraient constituer une base solide pour la reprise économique, mais des mesures législatives viennent compliquer le tableau.

 

Fin février, le parlement ghanéen a adopté un projet de loi prévoyant des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans pour les personnes s’identifiant comme LGBT+ et cinq ans pour celles qui « promeuvent » des activités LGBT+, ce qui pourrait avoir des conséquences économiques néfastes.

Il est probable que le projet de loi ne devienne pas une loi : le gouvernement s’y oppose et le président, Nana Akufo-Addo, a déclaré qu’il attendrait un arrêt de la Cour suprême sur la constitutionnalité du texte avant de l’approuver.

Le Président a également été ferme : « Je tiens à vous assurer qu’aucun retour en arrière [en matière de droits de l’homme] ne sera envisagé ou occasionné. »

Un autre signe positif pour les investisseurs étrangers et l’économie du pays est que le Ghana progresse fortement dans la restructuration de sa dette.

Pourtant, le projet de loi suscite l’inquiétude des chefs d’entreprise et des institutions financières, en particulier après que le gouvernement a transmis aux médias des documents décrivant l’impact qu’aurait, selon lui, la loi sur l’économie ghanéenne, si elle entrait en vigueur. Le ministère ghanéen des finances a laissé entendre que la loi mettrait en péril près de 4 milliards de dollars de financement de la Banque mondiale au cours des cinq à six prochaines années, ce qui obligerait le Ghana à réduire son budget 2024 de 600 millions de dollars.

Si la Banque mondiale n’a pas commenté publiquement l’évolution de la situation politique au Ghana, l’institution basée à Washington a déjà réduit ou supprimé son financement à des pays considérés comme faisant marche arrière en matière de droits de l’homme. L’année dernière, par exemple, elle a interrompu l’octroi de nouveaux financements à l’Ouganda après que Kampala eut criminalisé la « promotion de l’homosexualité » et introduit la peine de mort pour « homosexualité aggravée ».

Le ministère a également noté que le Fonds de stabilité financière d’Accra, qui fournit des liquidités aux banques ghanéennes et vise à améliorer la stabilité macroéconomique, devrait également être réduit de 250 millions de dollars.

 

Un trouble qui tombe mal

En outre, le gouvernement a fait valoir que la législation aurait « un impact négatif sur la réserve de change du Ghana et la stabilité du taux de change » et aurait « des conséquences désastreuses sur l’exercice de restructuration de la dette et sur la dette à long terme du Ghana ».

Ces turbulences politiques surviennent alors que le Ghana est déjà confronté à de graves problèmes économiques. En décembre 2022, Accra s’est retrouvée en défaut de paiement sur la quasi-totalité de ses engagements étrangers, après avoir accumulé 55 milliards $ de dettes. Le fardeau de la dette est devenu particulièrement insoutenable après que la Réserve fédérale américaine a commencé à relever les taux d’intérêt au début de l’année : cela a fait grimper les taux mondiaux et donc les paiements de la dette.

Une coûteuse « réforme » au Ghana

Un dollar américain plus fort et un cedi ghanéen beaucoup plus faible – le dollar a gagné près de 150 % par rapport à la monnaie du pays –, ont également rendu les intérêts et les remboursements beaucoup plus coûteux en termes locaux. Le gouvernement s’est ainsi retrouvé dans une situation où le service de la dette lui coûterait plus de 70 % de ses revenus totaux, ce qu’il n’était pas disposé à faire.

Dans le même temps, le gouvernement n’a pas été en mesure de refinancer sa dette après que plusieurs agences mondiales de notation l’aient déclassée, ce qui a plongé la dette ghanéenne dans une situation de détresse et a finalement conduit au défaut de paiement. À la suite de cette défaillance, le Ghana s’est tourné vers le FMI et bénéficie actuellement d’un programme de 3 milliards $, dont une deuxième tranche de 600 millions $ a été déboursée en janvier. Cette tranche devrait à son tour débloquer un financement supplémentaire de 550 millions $ de la part de la Banque mondiale.

Les difficultés économiques du Ghana ont eu de graves répercussions sur le coût de la vie. Le déficit de la balance des paiements a atteint le chiffre record de 4,6 milliards $ en 2022 : cette situation et l’affaiblissement du cedi ont alimenté une inflation galopante. Celle-ci s’élevait à 54 % en décembre 2022 et le FMI prévoit maintenant qu’elle sera de 23 % en 2024. L’augmentation du coût des denrées alimentaires et du carburant a déclenché des manifestations à Accra. En octobre 2023, celles-ci se sont concentrées sur les performances du gouverneur de la banque centrale, exigeant la démission d’Ernest Addison et de ses deux adjoints après l’avoir accusé d’avoir mal géré l’économie.

 

Un Président – avocat

C’est dans ce contexte instable que le projet de loi anti-LGBT+ suscite tant d’inquiétudes de la part du gouvernement et des chefs d’entreprise. Bien qu’il y ait des signes timides de reprise, toute perte de financement de la part des institutions financières mondiales entraînerait probablement l’économie dans une spirale descendante. Les défenseurs des droits de l’homme estiment toutefois qu’il existe des obstacles à l’adoption du projet de loi.

Genevieve Partington, directrice d’Amnesty International pour le Ghana, explique à African Business qu’elle espère que le projet de loi sera bloqué. En effet, malgré le point de vue exprimé par le parlement ghanéen, le président et son gouvernement semblent s’y opposer. « Notre président est lui-même un militant des droits de l’homme et un avocat, et je sais qu’il est conscient des conséquences que pourrait subir le Ghana s’il signait cette loi. »

« Le ministère des finances, le bureau du procureur général et la commission des droits de l’homme et de la justice administrative se sont tous opposés au projet de loi. Il est bon de voir que les institutions gouvernementales déclarent que ce projet est voué à l’échec », ajoute Genevieve Partington. Qui ajoute toutefois que les personnes LGBT+ sont confrontées à une discrimination accrue, que le projet de loi finisse ou non par être adopté.

Nana Addo Akufo-Addo lors de la Conférence d'Accra sur les réparations, le 14 novembre 2023.
Nana Addo Akufo-Addo lors de la Conférence d’Accra sur les réparations, le 14 novembre 2023.

 

Samuel Sule, PDG de la banque d’investissement Renaissance Capital Africa, basée à Lagos, juge qu’il y a de nombreuses raisons d’être optimiste quant aux perspectives du Ghana, même en cette période économique difficile.

« D’un point de vue global, le fait que les taux américains aient atteint leur maximum et commencent à baisser est positif pour les marchés émergents et les marchés frontières. Lorsque les hausses de taux de la Fed commenceront à s’inverser, le sentiment de risque à l’égard des marchés émergents et des marchés frontières devrait s’améliorer. »

Le financier note également que l’économie ghanéenne s’est montrée « résiliente » pendant une période de détresse économique et qu’elle a en fait enregistré des résultats supérieurs à ce que beaucoup attendaient.

« Le PIB du quatrième trimestre 2023 ressort à 3,8 % et la croissance annuelle du PIB pour 2023 a été estimée à 2,9 %. Il s’agit de chiffres relativement modestes par rapport à des pays comme le Sénégal, mais par rapport aux prévisions du FMI, la croissance est beaucoup plus élevée. » Et Samuel Sule d’y voir le signe de la résilience de l’économie ghanéenne en utilisant un ensemble de données très réelles.

 

Le poids du cacao

Thecla Wricketts, avocate principale dans un cabinet d’affaires et d’investissement à Accra, affirme également que les entreprises du pays ont fait preuve de flexibilité et de résilience en période de difficultés économiques.

« Les entreprises ont connu des difficultés en raison de la crise économique, mais elles sont en train de renforcer leurs capacités et de s’adapter. La croissance relativement forte du Ghana et la capacité des entreprises à s’adapter à un climat plus difficile pourraient constituer une base solide pour la reprise économique, d’autant plus que d’autres facteurs de marché sont favorables au Ghana. »

Samuel Sule rappelle que le Ghana est l’un des principaux exportateurs mondiaux de cacao, par exemple, et que les prix de cette matière première atteignent actuellement des sommets. Fin mars, les prix à terme du cacao pour le mois de mai ont dépassé pour la première fois les 10 000 $ la tonne métrique. Si cette tendance se maintient, elle pourrait entraîner une augmentation significative des entrées de devises au Ghana, une réduction du déficit de la balance des paiements et pourrait même contribuer à renforcer le cedi ghanéen.

Thecla Wricketts estime que, grâce à ce travail de stabilisation du cedi et de l’économie en général, « les perspectives pour les investissements étrangers sont plus positives ». Et d’estimer qu’« avec les fonds du FMI et les autres politiques mises en place par le gouvernement pour stabiliser le taux de change, le Ghana devient plus attractif pour les investissements ».

Un autre signe positif pour les investisseurs étrangers et l’économie ghanéenne est que le Ghana progresse fortement dans la restructuration de sa dette. Le FMI a fait de cette restructuration une condition pour que le Ghana reçoive une aide financière à la suite du défaut de paiement, mais il y a eu quelques retards, le gouvernement travaillant avec les détenteurs d’obligations pour déterminer le meilleur type d’instrument de dette à utiliser.

« Nous agissons au nom des détenteurs régionaux dans le cadre de la restructuration des euro-obligations ghanéennes, et nous constatons de nombreux progrès sur ce front. L’achèvement de ce processus sera un autre élément déclencheur pour que les choses s’arrangent et se normalisent et que l’économie progresse de manière durable », conclut le financier Samuel Sule.

@AB

Écrit par
Harry Clynch

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