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Politique

Un processus de paix très délicat

En cause : l’absence, dans le projet d’accord, de statut politique spécifique pour les régions du Nord, que les rebelles nomment « Azawad. » En effet, si le texte mentionne le terme d’Azawad et lui reconnaît « une réalité socioculturelle », il exclut toute possibilité d’indépendance ou même d’autonomie. Et garantit au contraire l’unité du Mali et son intégrité territoriale, ainsi que le respect de la souveraineté, de la forme républicaine et de la laïcité de l’État. Les rebelles, qui ne demandent plus l’indépendance – ce que la plupart de leurs militants n’ont pas encore intégré – mais revendiquent leur droit à s’administrer eux-mêmes, estiment en conséquence que « les aspirations légitimes des populations de l’Azawad » n’ont pas été prises en compte. Le risque est important : une signature non cautionnée par la base populaire et par les combattants pourrait inciter certains à poursuivre la rébellion et à relancer les combats. Un tel accord radicaliserait certains militants des groupes rebelles, notamment les plus jeunes, au risque de les voir basculer vers les groupes djihadistes terroristes également présents dans la région.

S’engage alors un jeu diplomatique d’une telle intensité qu’on en perd parfois le fil, pour ne pas dire le sens. S’ils refusent de valider le texte en l’état, les groupes rebelles le qualifient cependant de « bonne base de travail qui mérite d’être améliorée ». Des termes bien pesés accompagnés d’un « ferme engagement à poursuivre le processus de paix sous l’égide de la médiation internationale ». Médiation à qui les rebelles renouvellent leurs « remerciements » et leur « confiance. » Le refus est clairement exprimé, mais la volonté d’arrondir les angles est latente.

 Le lendemain de cette prise de position, en début d’après-midi, deux héli-coptères se posent à Kidal. À leur bord, une dizaine de représentants de l’équipe de médiation. Le chef de la Mission des Nations unies dans le pays lui-même est du voyage, ainsi que les ambassadeurs de l’Union européenne, de l’Union africaine, de la France, mais aussi de la Chine et de la Russie, membres perma-nents du Conseil de sécurité des Nations unies, ou encore de l’Organisation de la coopération islamique. L’Algérie, qui a accueilli les négociations et la Cedeao (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) sont également de la partie. Bref, le grand jeu. Cette équipe diplomatique de haut niveau se déplace dans le fief des rebelles du Nord pour ce qui ressemble à une mission de la dernière chance : convaincre les respon-sables politiques et militaires des groupes rebelles de valider l’accord de paix… qu’ils ont justement rejeté la veille. Un objectif à atteindre en quatre heures de discussions dans le camp militaire des Casques bleus de Kidal, régulièrement visé par les roquettes des terroristes d’Al Qaeda au Maghreb islamique (heureusement, pas ce jour-là).

« Refuser de signer, c’est devenir un obstacle au processus de paix », avertit l’un des participants au voyage, qui menace les rebelles de « sanctions individuelles », telles que le gel de leurs avoirs ou des restrictions de déplacements. Ces sanctions, qui seraient prises dans le cadre de résolutions onusiennes, ne sont que des menaces brandies par les médiateurs, mais elles montrent l’état d’esprit du commando diplomatique : la défaite n’est pas permise. Il s’agit de sauver le projet d’accord de paix et de mettre sur la table d’ultimes propositions. « Nous pouvons leur donner des garanties sur la mise en oeuvre de l’accord, détaille cette source, ou sur des questions de sécurité face aux djihadistes dans la région de Kidal. Nous pouvons aussi leur donner un peu de temps, mais pas trop », conclut cette même source qui estime que « l’accord qui a été préparé est un bon accord parce qu’il prévoit déjà une libre administration. Quand on regarde la liste des compétences, il ne faut pas exagérer ! » Et de prévenir que rien ne serait jamais modifié sur le fond du texte : « Ils n’auront pas l’autonomie.»

Pas d’autonomie, c’est entendu. Mais les rebelles obtiennent mieux : une ultime proposition qui permettrait de sortir tout le monde de cette situation apparemment inextricable. Cette solution, c’est « la déclaration interprétative ». Pas question de rouvrir les négociations, ni de modifier l’accord. La discussion étant « parachevée » (sic) et le texte proposant « un cadre évolutif de réponses aux défi s auxquels est confronté le peuple malien » (sic), il n’est plus rien à espérer de ce côté-là. Les médiateurs considèrent cependant que certaines observations faites par les groupes rebelles « pourraient être valablement prises en charge dans la mise en oeuvre de l’accord ». Les rebelles sont donc invités à valider le texte existant… et à ajouter, sous forme d’annexe, une série de précisions, d’interprétations…

L’un des médiateurs explique par exemple qu’il ne serait pas possible, dans ce cadre, d’ajouter la mention d’un statut politique spécifi que pour les régions du Nord. En revanche, les rebelles pourraient apporter des précisions sur le fonctionnement et le financement – ce sont des exemples – de la Zone de développement économique prévue pour ces régions. La part des bénéfi ces issus de l’exploitation des ressources minières, ou encore les modalités des enquêtes prévues sur les exactions commises dans le Nord sont aussi des « précisions » sur lesquelles il serait possible d’influer. Une ultime proposition très subtile, voire périlleuse, qui entend jouer sur des points de détails et sur la marge de manoeuvre laissée par un texte très ouvert. Et qui permet surtout de donner une nouvelle chance à l’accord de paix sur la table. 

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