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Politique

Un processus de paix très délicat

Cérémonie de paraphe des parties pro-maliennes, manifestation et refus des groupes rebelles, mission diplomatique de la dernière chance : analyse des séquences mouvementées du processus de paix engagé pour le Nord du Mali

Certes, le 26 mars a bien été l’occasion de célébrations à Bamako : le 24e anniversaire de la Révolution de 1991, qui a permis le renversement de la dictature militaire de Moussa Traoré et l’avènement du multipartisme dans le pays a, comme chaque année, donné lieu à de nombreuses et officielles réjouissances. Mais en dépit des annonces formulées début mars par les autorités maliennes, la capitale n’a accueilli aucune cérémonie de signature. Pas d’accord de paix pour le Nord, pas de délégations d’« ex-rebelles » dans les rues, pas de diplomates aux chaussures cirées pour se féliciter de ce qui aurait sans aucun doute été qualifié d’« accord historique ».

La date, très symbolique, semblait pourtant bien choisie. La journée est déjà fériée, et elle revêt un caractère patriotique et nationaliste tout à fait du goût des autorités maliennes. Mais la séquence qui a débuté le 1er mars à Alger ne s’est pas achevée comme la médiation internationale et le gouvernement malien l’avaient souhaité. Ce dimanche-là, les médiateurs menés par le pays hôte, l’Algérie, entendent finaliser « la cinquième et dernière phase » des négociations pour la paix dans le nord du Mali. Et cela commence plutôt bien, puisque deux parties sur trois acceptent de parapher – la signature proprement dite devant avoir lieu sur le territoire malien – le texte d’accord qui leur est proposé. Les bons élèves ne sont autres que le gouvernement malien et les groupes armés qui lui sont favorables. Les groupes rebelles de la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad), eux, demandent un peu de temps avant de se prononcer pour consulter leur base.

Le ministre malien des Affaires étrangères et chef de la délégation gouvernementale aux pourparlers d’Alger, Abdoulaye Diop, se réjouit alors d’un texte qu’il qualifie de « bon compromis qui permet d’aller de l’avant » et d’« un accord indispensable pour aller vers la paix et tourner cette page sombre de l’histoire » du Mali. S’il n’oublie pas de mentionner qu’il s’agit d’une « étape » qui, à elle seule, « ne suffit pas » pour obtenir la paix, le ministre Diop martèle que cet accord est « indispensable pour sortir de la crise et se consacrer aux questions de développement. » Pour lui, c’est clair : « Le temps des négociations est terminé. »

Du côté des médiateurs internationaux, on n’attend pas davantage pour crier victoire : la Minusma (Mission des Nations unies au Mali) salue « un pas historique vers une paix durable », en exhortant les rebelles à valider le texte « le plus rapidement possible ». Et « dans quelques jours, affirme encore Pierre Buyoya, chef de la Misahel (Mission de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel), ils viendront apposer leur paraphe ».

Le ton est donné, et la stratégie avec : il faut aller vite. Très vite. Et mettre la pression sur les rebelles. Parce que les négociations ont trop duré – plus de huit mois – parce que la France veut obtenir la paix qui achèvera de légitimer son opération militaire au Mali, parce que l’Algérie est à présent plus préoccupée par le théâtre libyen, et parce que cette procédure de paraphe express organisé le 1er mars à Alger est une habile manière d’acculer les rebelles. Dorénavant, s’ils ne valident pas le texte, ils seront ceux qui, aux yeux des Maliens et de toute la communauté internationale, auront dit non à la paix. Ils n’oseront pas…

Les rebelles obtiennent mieux : une ultime proposition qui permettrait de sortir tout le monde de cette situation apparemment inextricable.

Sauf qu’ils ont osé. Coincés entre le marteau – la médiation internationale – et l’enclume – leurs militants – les rebelles ont finalement donné raison aux populations qui les soutiennent et les financent. Du moins dans un premier temps. En effet, à Alger, les groupes rebelles de la CMA, menés par les rebelles touaregs du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), n’ont pas définitivement rejeté le texte, mais simplement demandé un délai supplémentaire pour consulter leur base, estimant qu’« un accord non partagé avec les populations » ne pourrait pas être appliqué sur le terrain. Deux semaines plus tard, après une série de réunion avec leurs structures de bases (mouvements de femmes, de jeunes, chefs traditionnels, représentants des camps de réfugiés, etc.), et autant de journées de manifestations dans leur fief de Kidal, les groupes rebelles doivent bien se rendre à l’évidence : impossible de valider le projet d’accord de paix qui leur est proposé sans donner aux popu-lations l’impression d’avoir été dupées… voire trahies.

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