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Politique

Un premier cabinet d’union en Afrique du Sud

Un premier cabinet d’union en Afrique du Sud
  • Publiéjuillet 2, 2024

L’accord entre l’ANC et ses nouveaux partenaires inaugure une ère nouvelle de la gouvernance sud-africaine après des années de faible croissance, de chômage élevé et de frustration des investisseurs.

 

Le gouvernement d’union nationale d’Afrique du Sud présente son premier cabinet après que l’ANC et l’Alliance démocratique (DA) ont mis fin à des discussions houleuses sur la répartition des portefeuilles.

John Steenhuisen, chef de file de la DA, a été nommé ministre de l’Agriculture, son parti entrant pour la première fois au gouvernement. Il s’agit de l’un des six postes de la DA dans ce cabinet de 32 membres.

L’ANC conserve vingt portefeuilles, dont celui d’Enoch Godongwana en tant que ministre des Finances, tandis que six autres portefeuilles reviennent à des petits partis.

« Les accords posent les bases. Plus ils seront solides, avec toutes les parties comprenant exactement leurs rôles et responsabilités, plus nous pouvons nous attendre à ce que ce gouvernement de coalition soit stable et efficace. »

Paul Mashatile de l’ANC reste vice-président, tandis que Naledi Pandor a été remplacé par Ronald Lamola au poste de ministre des Relations internationales et de la coopération. Le ministère des Entreprises publiques sera supprimé et ses fonctions seront assumées par la Présidence, les ministères de l’Électricité et de l’énergie sont fusionnés tandis qu’est créé un portefeuille distinct des Ressources minérales et pétrolières.

La DA assumera la direction des ministères de l’Agriculture, de l’Éducation de base, des Travaux publics et des infrastructures, des Affaires intérieures, des Forêts, de la pêche et de l’environnement, ainsi que des Communications et des technologies numériques. Le parti a également obtenu six ministères adjoints, dont Ashor Sarupen aux Finances et Samantha Graham-Maré à l’Énergie et à l’électricité.

 

Une nouvelle ère après le déblocage de l’impasse

D’intenses discussions ont eu lieu pendant le week-end pour faire passer l’accord après que le président Cyril Ramaphosa, furieux, a accusé la DA de tenter de former un « gouvernement parallèle » lorsqu’elle a réclamé huit sièges ministériels.

Toutefois, l’accord final marque une nouvelle ère pour la gouvernance sud-africaine après des années de faible croissance, de chômage élevé et de frustration des investisseurs. L’ANC a été contraint de partager le pouvoir après que les électeurs lui ont infligé une cuisante rebuffade lors des élections du 29 mai, perdant sa majorité et environ 17 % de soutiens depuis le scrutin de 2019.

Le président Ramaphosa, qui reste en poste en tant que condition du gouvernement d’unité, a déclaré que l’accord était « sans précédent dans l’histoire de notre démocratie ».

« Nous avons dû réfléchir à la manière de former le nouveau gouvernement d’une manière qui fasse avancer l’intérêt national, qui tienne dûment compte du résultat de l’élection et qui utilise les capacités respectives de chacun des partis… Nous avons également dû tenir compte de la stabilité, de l’efficacité et de la durabilité du gouvernement que nous mettons en place », a-t-il expliqué.

Cyril Ramaphosa a admis que certains citoyens avaient « exprimé leur inquiétude quant au temps qu’il a fallu pour former un gouvernement », mais il a comparé l’Afrique du Sud à d’autres démocraties où la formation de gouvernements multipartites a pris plusieurs mois.

« Nous avons montré qu’il n’y a pas de problèmes trop difficiles ou trop insolubles pour être résolus par le dialogue. »

John Steenhuisen a également salué le lancement du gouvernement d’unité nationale : « Après près d’un mois de négociations intensives, l’Alliance démocratique est fière d’annoncer qu’elle a accepté de faire partie du gouvernement d’unité nationale… Le message de l’électorat sud-africain a été entendu haut et fort. Aucun parti politique n’a obtenu de majorité absolue et les citoyens veulent que les hommes politiques mettent de côté leurs différences et travaillent ensemble dans l’intérêt du peuple. »

 

Un marathon couplé à une course d’obstacles

Ajoutant : « La DA est fière de relever le défi et de prendre place, pour la toute première fois, au siège du gouvernement national, où nous pourrons présenter notre bilan en matière d’excellence de la gouvernance, de tolérance zéro à l’égard de la corruption et d’élaboration de politiques pragmatiques fondées sur les résultats et non sur les intentions. »

L’analyste politique Daniel Silke a tweeté que le nouveau cabinet offre à l’Afrique du Sud une chance de tourner la page, mais qu’il est confronté au « double défi » de tisser un ensemble cohérent de politiques applicables entre des parties prenantes « idéologiquement diverses ».

Le nouvel exécutif multipartite de l’Afrique du Sud est une occasion historique d’élargir la gouvernance et les résultats au-delà des clivages idéologiques et politiques. Alors que les positions sont désormais établies, ce sont les aspects liés à la mise en œuvre des politiques et des performances qui comptent et qui définiront le succès ou l’échec.

Si les nominations individuelles peuvent certainement susciter un certain scepticisme, le nouvel exécutif multipartite de l’Afrique du Sud devrait permettre un meilleur contrôle interne, les partis d’opposition apportant les freins et contrepoids nécessaires à un gouvernement qui travaillait jusqu’à présent dans sa propre chambre d’écho.

« Avec la confirmation d’un exécutif multipartite modéré, les partis seront forcés de trouver des synergies contre lesquelles ils se sont battus pendant des années. Si c’est le cas, les anciennes divisions pourront être réajustées au profit de l’Afrique du Sud. Mais il s’agit d’un marathon et non d’un sprint, avec une course d’obstacles à la clé ! », considère l’analyste.

Busisiwe Mavuso, PDG de Business Leadership South Africa (photo ci-contre), considère que le cabinet « nous met sur une nouvelle voie », saluant la reconduction d’Enoch Godongwana aux Finances.

« Nous sommes enfin sur la ligne de départ de la nouvelle administration, mais son succès dépendra des accords conclus au cours du mois dernier. Les accords posent les bases. Plus ils seront solides, avec toutes les parties comprenant exactement leurs rôles et responsabilités, plus nous pouvons nous attendre à ce que ce gouvernement de coalition soit stable et efficace. »

Elle s’inquiète toutefois de la taille du nouveau cabinet, considérant que « des défis majeurs » attendent la nouvelle administration. « La taille très importante du cabinet soulève des inquiétudes quant au budget, à l’efficacité et à la capacité de gouverner efficacement tout en équilibrant les intérêts divergents des partenaires de la coalition et des autres parties prenantes. »

@NA

Écrit par
David Thomas

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