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Politique

Un possible assouplissement des réformes fiscales au Kenya

Un possible assouplissement des réformes fiscales au Kenya
  • Publiéjuillet 8, 2024

William Ruto envisage des réductions de dépenses et des emprunts, le gouvernement kenyan cherchant à apaiser la colère des manifestants ainsi que les créanciers.

 

Le président kenyan William Ruto pourrait devoir renoncer à son objectif d’un budget équilibré d’ici 2027 après une révolte sans précédent contre ses mesures fiscales, jugent certains observateurs.

« Les réformes fiscales dures pourraient devoir être assouplies », résume Daniel van Dalen, analyste chez Signal Risk. « Le déficit ne se réduira peut-être pas aussi rapidement que le gouvernement ne le souhaite, mais au moins vous ne risquez pas de provoquer des troubles sociaux et vous êtes également en mesure de faire face à vos obligations en matière de dette. »

« Les manifestants veulent que le gouvernement réduise ses dépenses, et non qu’il augmente les impôts. »

Le gouvernement kenyan réfléchit aux mesures à prendre après que les manifestations nationales contre le projet de loi de Finances ont déclenché une réaction violente, entraînant la mort d’au moins 39 personnes, selon la Commission nationale kenyane des droits de l’homme.

Le président est pris entre le marteau et l’enclume, étant donné qu’il doit respecter ses obligations en matière de prêt, remplir les conditions du FMI, satisfaire son cabinet et apaiser les manifestants furieux.

Le président kenyan a proposé le 5 juillet 2024, d’autres mesures que la hausse des impôts pour résoudre un déficit budgétaire de 2,7 milliards $. En particulier, il promet des réductions de dépenses de1,39 milliard $, et un accroissement des emprunts de 1,32 milliards $.

Dans une déclaration prononcée le 26 juin, William Ruto a déjà indiqué qu’il avait refusé de signer le projet de loi de Finances 2024 controversé qui, par le biais d’une taxation agressive des produits de base tels que l’huile de cuisine et les couches pour bébés, aurait entraîné une augmentation annuelle des recettes publiques.

Au lieu de cela, le président Ruto a ordonné au Trésor national de réduire les dépenses d’un montant équivalent à celui qui devait être généré par les mesures fiscales.

 

Quelles dépenses réduire ?

La semaine dernière, le Président a demandé au Trésor de revoir l’augmentation annuelle des salaires des employés de l’État prévue pour le mois de juillet. Selon la BBC, les autres réductions de dépenses annoncées par le président comprennent la dissolution de 47 sociétés d’État dont les fonctions se chevauchent, la suspension de l’achat de nouveaux véhicules pour les fonctionnaires pendant six mois, la suspension de tous les voyages non essentiels pour les fonctionnaires, la réduction de 50 % du nombre de conseillers gouvernementaux, la suppression du budget de la première dame et des conjoints du vice-président et du premier secrétaire du cabinet, et l’application de la retraite des fonctionnaires à l’âge de 60 ans.

On ne sait pas encore si William Ruto ordonnera des coupes plus radicales dans les programmes publics à l’avenir. De son côté, l’analyste Van Dalen estime que des coupes importantes dans les domaines de la santé et de l’éducation risquent de déclencher une nouvelle vague de protestations.

Dans le même temps, il doute que les réductions proposées soient suffisamment importantes pour équilibrer le budget. Et le Trésor a laissé entendre qu’il pourrait recourir davantage à l’emprunt public pour couvrir le déficit.

William Ruto
William Ruto

« Le gouvernement a également montré qu’il était prêt à s’endetter davantage à long terme pour répondre aux besoins à court terme – évidemment dans l’attente que les contraintes de revenus soient résolues dans les années à venir. L’augmentation des emprunts pourrait être une préoccupation majeure pour le FMI qui, dans une revue de juin, a appelé à « un ajustement budgétaire important et initial au cours de l’exercice 2024-2025 » et a salué « les mesures décisives prises par le gouvernement pour assainir les finances publiques en introduisant plusieurs mesures dans le cadre du projet de budget et du projet de loi de Finances 2024. » Ce budget est axé sur des mesures visant à élargir l’assiette fiscale nationale, par la rationalisation de diverses dépenses fiscales, conformément aux recommandations de la stratégie des recettes à moyen terme.

Le FMI et le Kenya ont conclu un accord portant sur une enveloppe financière totale d’environ 3,6 milliards de dollars.

 

Que veulent les manifestants ?

En attendant, les manifestants affirment que leurs griefs à l’égard du gouvernement ne se limitent pas au projet de loi de finances. Muthoni Kibaki, manifestant à Nairobi, confie à African Business que les manifestants craignaient que les recettes fiscales soient mal dépensées : « Je pense que l’élément principal à l’origine des manifestations était bien sûr le projet de loi de Finances, mais d’autres facteurs l’ont également motivé : il y a une profonde inquiétude quant à la destination de l’argent de nos impôts. »

Voici quelques semaines, le président Ruto a été critiqué pour sa décision d’affréter un jet privé étranger pour se rendre aux États-Unis dans le cadre d’une visite d’État officielle, les critiques se demandant pourquoi il n’aurait pas pu prendre un vol moins cher sur la compagnie aérienne nationale, Kenya Airways. ‘autres ont également souligné ses appels répétés aux Kényans pour qu’ils « vivent selon leurs moyens » et se sont demandé s’il mettait en pratique ce qu’il prêche.

« Les manifestants veulent que le gouvernement réduise ses dépenses, et non qu’il augmente les impôts », insiste Muthoni Kibaki. Au cours d’un dialogue en ligne avec des manifestants, William Ruto a promis que l’autorité de régulation de la police se pencherait sur la réponse meurtrière de la police aux manifestations et a déclaré qu’il veillerait à ce qu’un « policier voyou », présumé responsable de l’ouverture du feu sur les manifestants soit appréhendé. S’exprimant avant les remarques du président, Muthoni Kibaki déplorait qu’il n’y ait eu « aucune responsabilité, aucune excuse pour ce qui s’est passé ».

William Ruto a également proposé la création d’un forum national multisectoriel de 100 membres, composé d’organisations faîtières représentant les jeunes Kényans, afin d’engager un dialogue avec le gouvernement.

Daniel van Dalen estime qu’il s’agit d’une initiative judicieuse de la part de William Ruto. Si la société civile le rejette, il pourra au moins dire : « Je vous ai donné une chance d’exprimer vos préoccupations. »

 

Luke Kilian, édité par LS.

 

@NA

Écrit par
Luke Kilian

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