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Politique

Un duel inédit au Tchad

Un duel inédit au Tchad
  • Publiémars 13, 2024

Le 6 mai 2024, le président de la junte Mahamat Idriss Déby Itno affrontera son Premier ministre, Succès Masra. L’opposition hurle à la mascarade.


D’opposant à Premier ministre de la junte militaire, Succès Masra est désormais candidat à l’élection présidentielle du 6 mai. Il affrontera à cette occasion le président de la transition, le général Mahamat Idriss Déby Itno. Cette candidature ne semble guère susciter l’enthousiasme de l’opposition, qui voit en Succès Masra le faux-nez d’une transition d’un pouvoir à lui-même.

Sa candidature est « une farce, une candidature postiche pour accompagner le chef du pouvoir militaire », s’indigne auprès de l’AFP Max Kemkoye, porte-parole de la deuxième plateforme de l’opposition du pays, le Groupe de concertation des acteurs politiques. « Une candidature qui vise à accompagner l’actuel président pour légitimer son élection », approuve, toujours auprès de l’AFP, Mahamat Zène Chérif, du parti Tchad uni.

Le chef actuel de la junte qui a impérativement besoin d’élargir son assise ; d’où le rapprochement qui peut paraître baroque avec l’opposant Succès Masra.

Mahamat Idriss Itno semble en effet favori et aurait, dit-on, l’appui discret de la France, peu regardante sur l’état de la démocratie dans le pays.

Succès Masra devra donner des gages de « bonne opposition » à ceux qui lui reprochent son ralliement à la junte « C’était un accord de réconciliation nationale, un accord des braves », « pour que notre quête de justice ne soit jamais transformée en quête de vengeance », répond-il, en guise de premier argument. Le Premier ministre, docteur en Sciences économique, passé par la Banque africaine de développement, n’a que quarante ans. Il compte son propre parti, nommé Les Transformateurs, fondé en 2018.

On lui prête l’intention de demeurer Premier ministre, même en cas de défaite face au général Déby Itno. « Je suis candidat pour être le pilote principal de l’avion », mais « vous devrez choisir la combinaison gagnante que vous voulez, qui doit être pilote et qui doit être copilote », explique-t-il, confirmant ainsi les soupçons.

 

Un pays en quête de stabilité

Lui-même pourra attaquer le chef de la junte sur sa loyauté. Mahamat Idriss Itno avait promis à l’Union africaine de quitter le pouvoir après une période transitoire de 18 mois, avant de prolonger ladite transition de deux ans et de finalement, présenter sa candidature.

Il reste peu de candidats pour rivaliser avec le chef de la junte, d’autant que son principal rival – et son cousin –, Yaya Dillo Djérou, a été tué par des militaires lors de l’assaut de son parti, le PSF. Le gouvernement nie sa responsabilité dans cet assassinat.

Dans ce contexte, la candidature de Succès Masra semble bien un acte désespéré du pouvoir pour afficher une vitrine démocratique au scrutin.

« Une candidature arrangée, pour propulser Masra à la tête d’une grande institution comme l’Assemblée nationale ou autre, en récompense après les élections », veut croire le constitutionnaliste Ahmat Mahamat Hassan, cité par le quotidien français Le Monde.

En dépit de ses difficultés, de ses tensions économiques, politiques et ethniques le Tchad est pourtant un pays qui n’est pas au bord de l’effondrement comme certains de ses voisins, constate le chercheur Jean-Marc Gravellini, de l’IRIS. Souvent autoritaire, le régime tchadien a toujours cherché à nouer des alliances avec ses opposants. Il en est de même du chef actuel de la junte qui a « impérativement besoin » d’élargir son assise ; d’où le rapprochement « qui peut paraître baroque » de l’opposant Succès Masra. Le pays en a connu d’autres avant lui. Certaines ont volé en éclat, d’autres ont duré.

De plus, le général Mahamat Idriss Déby Itno a, semble-t-il, le soutien d’une partie de la jeunesse, notamment dans le sud du pays. « Mahamat Déby a besoin de stabilité et cherche à éviter toute tentative de déstabilisation », commente le chercheur qui fait allusion à la visite récente du chef de la junte en Russsie ; une démarche « qui ne doit pas être interprétée comme un acte d’allégeance ».

Mahamat Idriss Déby Itno et Jean-Marie Bockel
Mahamat Idriss Déby Itno et Jean-Marie Bockel

 

Même souci, probablement, exprimé face l’envoyé spécial du président français, Jean-Marie Bockel, venu à N’Djaména le 6 mars. « J’ai exprimé au président de la République à la fois notre admiration pour le processus qu’il a engagé au sein de son pays, également pour la capacité du Tchad à faire face en même temps à un certain nombre de menaces grâce à des forces armées engagées », a déclaré l’ancien ministre français.

Une déclaration qui n’est guère du goût de tout le monde : « Cela fait à peine dix jours que Yaya Dillo est mort et la France n’attend même pas. Elle est pressée de fermer les yeux sur les violations des droits de l’homme et soutenir bec et ongles les autorités en place. En retour, on maintient ses intérêts. C’est la realpolitik qui triomphe », déplore le politologue Eric Topona, cité par TRT Français.

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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