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Politique

Un difficile dialogue inter-malien

Un difficile dialogue inter-malien
  • Publiéjanvier 3, 2024

Le colonel Assimi Goïta souhaite un dialogue pour la paix et la réconciliation au Mali. Processus qui éviterait certains sujets centraux et dont les rebelles touareg ne veulent pas.

 

Le principe d’un « dialogue inter-malien pour la paix et la réconciliation » est-il déjà mort-né ? À peine lancée, cette initiative du dirigeant de la junte, Assimi Goïta, a été rejetée par les séparatistes touareg. Ces derniers redoutent que ce « dialogue » ne soit qu’une manière de « prononcer la caducité définitive de l’accord » de paix de 2015 entre les rebelles et le pouvoir central, dit « accord d’Alger ».

Lors de ses vœux du Nouvel An, le 31 décembre 2023, Assimi Goïta a proposé le lancement d’un « dialogue direct inter-malien pour la paix et la réconciliation, afin d’éliminer les racines des conflits communautaires et intercommunautaires » et pour « privilégier l’appropriation nationale du processus de paix ». Il a décidé qu’un « comité chargé de piloter ce dialogue sera mis en place dans un délai d’un mois et il devra déposer son rapport au plus tard en février ».

Reste donc à savoir qui sera invité au « dialogue » voulu par la junte, si les groupes rebelles en sont exclus ou refusent d’y participer.

Selon le président de la transition, le Mali en est « à une étape charnière de l’avancée de notre pays vers la paix, la sécurité et le développement ». C’est pourquoi, « capitalisant les avancées réalisées dans le cadre du processus de paix, et tirant les enseignements des défis qui subsistent, j’ai pris l’option de privilégier l’appropriation nationale du processus de paix, en donnant toutes ses chances à un dialogue direct inter-malien pour la paix et la réconciliation, afin d’éliminer les racines des conflits communautaires et intercommunautaires », s’est-il justifié.

Et d’ajouter : « Cette décision, que nous avions déjà partagée avec les différents acteurs nationaux et internationaux concernés dès l’entame du retrait de la Minusma (Nations unies) exige de nous, Maliens et Maliennes, que nous nous donnions la main, afin de réconcilier notre pays et assurer la cohésion nationale. »

Toutefois, le colonel a précisé que « l’unicité, la laïcité de l’État et l’intégrité du territoire ne feraient pas partie des sujets de discussion » et promis que « la lutte contre les groupes armés terroristes » se poursuivrait « jusqu’à la pacification totale du pays ». Des précisions que les Touareg ont interprétées comme des conditions inacceptables et comme le signe que le pouvoir voulait les éliminer.

 

Brouille avec l’Algérie

« Nous pensons que c’est une façon de prononcer la caducité définitive de l’accord et de mettre la médiation internationale à la porte », a déclaré à l’AFP Mohamed Elmaouloud Ramadane, un porte-parole de la rébellion touareg signataire de l’accord de 2015 : « Nous voyons que c’est un rejet d’un accord déjà signé par toutes les parties et garanti par la communauté internationale, et nous ne sommes pas prêts à prendre part à un processus de paix qui ne sera qu’un simulacre. »

En août 2023, le conflit armé a repris après huit ans de trêve plus ou moins respectée. Le pouvoir central et les rebelles se disputent le contrôle du territoire et des camps militaires laissés par les Casques bleus de la Minusma. Si le pouvoir malien a consolidé la prise de Kidal, les rebelles restent menaçants, dispersés dans une région désertique et montagneuse.

Cette initiative du président Goïta intervient en pleine brouille diplomatique entre le Mali et l’Algérie, les deux pays ayant rappelé leurs ambassadeurs respectifs. Bamako reproche à Alger des réunions avec des séparatistes touareg sans que les autorités maliennes aient été associées ni même prévenues. Le pouvoir algérien a également reçu l’imam Dicko, figure essentielle de la vie politique malienne, et ouvertement opposé à la junte. L’imam milite en faveur de la création d’un État islamique au Sahel.

La recomposition du Sahel, caractérisée par des coups d’État et la participation croissante des paramilitaires de Wagner – repris en main par Vladimir Poutine –, a conduit au retrait de la France et a fragilisé les relations entre l’Algérie et ses voisins. Burkina Faso, Niger et Mali entendent sceller leur « alliance » visant à s’émanciper de la CEDEAO.

Reste donc à savoir qui sera invité au « dialogue » voulu par la junte. Si les groupes rebelles en sont exclus, il risque de ne se trouver autour de la table que des proches du pouvoir, des opposants discrets, et quelques universitaires ou acteurs de la société civile.

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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