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Politique

Un dialogue rompu en Guinée

Un dialogue rompu en Guinée
  • PubliéAugust 11, 2022

Bien que dissous, le Front national pour la défense de la Constitution, appelle à une grande manifestation, le 17 août, afin de protester contre une « transition » qui dure. En dépit des appels de la Cedeao, la junte reste inflexible.

 

Les jours à venir s’annoncent délicats pour la Guinée, l’opposition poursuivant sa mobilisation contre le pouvoir en place. Le 8 août 2022, le gouvernement de transition a décidé la dissolution du FNDC (Front national pour la défense de la Constitution). Cette coalition de partis d’opposition, de syndicats, d’associations de la société civile, mène la fronde pour un retour rapide à la vie démocratique, contestant l’autorité de la junte au pouvoir.

 « La CEDEAO appelle les autorités guinéennes, la classe politique et la société civile à engager un dialogue inclusif afin de désamorcer la tension et de convenir d’un calendrier et de modalités raisonnables pour le rétablissement pacifique de l’ordre constitutionnel. »

Cette dernière accuse le FNDC de recourir à des actions violentes lors des manifestations publiques. Il est vrai que la dernière démonstration de force de l’opposition a tourné au drame, les manifestations de la fin juillet ayant fait cinq morts.

En dépit de sa dissolution, la plateforme FNDC continue de se revendiquer comme telle. Elle appelle à une journée de manifestations sur l’ensemble du territoire de la Guinée, le 17 août 2022. Une manifestation serait également prévue le 14 août en Belgique.

Évoquant la décision de la junte à son encontre, le FNDC évoque dans un communiqué « des pratiques malsaines qui relèvent d’une mafia politique, ce qui en dit long sur l’amateurisme et le banditisme de la junte et ses intendants, et qui surtout, confirment le recours à la menace, aux techniques de manipulation et les injonctions de suivisme mis à l’œuvre par le CNRD quelques semaines après sa prise de pouvoir ». Le CNDR, Comité national du rassemblement pour le développement, est le nom officiel de la junte au pouvoir.

« Le gouvernement de transition guinéen contrôle déjà étroitement l’espace politique », fait observer Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Cette mesure visant le FNDC ne fera qu’affaiblir davantage la démocratie en décourageant toute opposition significative. »

Sekou Koundouno, un des leaders de la contestation appelle : « Mobilisons-nous pour rectifier la transition en déroute », commente l’un des leaders de la contestation ». Le juriste se moque de la dissolution du FNDC, faisant observer que ce dernier n’est pas une association ou une organisation, mais un mouvement citoyen. « Un élan vers la justice et l’état de droit », pour reprendre le communiqué du FNDC.

 

Un proche d’Alpha Condé libéré

Qui rappelle qu’au plan organisationnel, ce mouvement est né avant ce qu’il appelle « la nébuleuse CNRD ». En effet, la coordination est apparue en 2019, face à la volonté d’Alpha Condé de briguer un troisième mandat. D’ailleurs, début 2022, le pouvoir militaire avait tenté de « récupérer » le soutien de la plateforme, mais les dirigeants de cette dernière ont fait état de rencontres plutôt houleuses entre les différentes parties.

C’est pourquoi Sekou Koundouno considère que le FNDC a toujours appelé à des manifestations pacifiques et que la violence est du côté des forces de l’ordre. Selon lui, les Guinéens doivent se mobiliser pour éviter « la pérennisation » du pouvoir militaire en place.

Par ailleurs, l’ancien ministre de la Sécurité, Damatang Albert Camara, a été remis en liberté le 10 août. L’ancien proche du président déchu Alpha Condé est libre après trois mois et vingt jours de détention à la Maison centrale de Conakry. Il est poursuivi pour des faits présumés de « détournements de deniers publics, d’enrichissement illicite, de blanchiment d’argent et de corruption ». Un espoir pour les autres proches d’Alpha Condé emprisonnés ?

À propos de « nébuleuse », le ministère du Territoire et de la décentralisation a décidé de procéder à une cartographie des partis politiques en Guinée. Durant un mois, ses services se rendront dans les sièges de partis politiques, y compris dans les régions, afin d’échanger sur le fonctionnement, les actions et les difficultés rencontrées. Il s’agira aussi, prévient le ministère, de s’assurer de la conformité des actions et du fonctionnement avec les textes et les lois en vigueur. Et de discuter « des difficultés et approches pour l’accès à la subvention destinée aux partis politiques ». Un moyen de pression supplémentaire ?

Le colonel Mamady Doumbouya, qui a renversé le 5 septembre 2021 le président Alpha Condé, s’est engagé à remettre le pouvoir à des civils élus dans les trois ans. Pourtant, les politiques du pays et les Etats ouest-africains veulent qu’il raccourcisse ce délai. La CEDEAO a appelé, le 1er août, « les autorités guinéennes, la classe politique et la société civile à engager un dialogue inclusif afin de désamorcer la tension et de convenir d’un calendrier et de modalités raisonnables pour le rétablissement pacifique de l’ordre constitutionnel ». Les Guinéens n’en prennent pas le chemin.

@NA

 

Écrit par
Laurent Allais

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