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Analyse et Opinion Politique

Un changement de regard sur les migrations

Un changement de regard sur les migrations
  • Publiémai 12, 2023

Au-delà du constat statistique, la Banque mondiale plaide pour une autre approche des migrations. Au lieu d’être perçues comme une menace, elles doivent faire l’objet de coopération entre pays d’origine et pays d’accueil, selon leurs besoins.

 

La période actuelle est difficile pour les réformes migratoires, constate, pour le regretter, la Banque mondiale. Les débats politiques se sont polarisés dans de nombreux pays, à tous les niveaux de revenus. Les tensions au sein de la communauté internationale se sont accrues à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Pourtant, « si les perspectives économiques mondiales restent incertaines, des réformes sont nécessaires de toute urgence », résume la BM dans son rapport récent sur les migrations.

« Chaque fois qu’elle est bien gérée, la migration est une puissante force de prospérité qui profite à tous : migrants économiques, réfugiés et personnes restées au pays, ainsi qu’aux sociétés d’origine et de destination. »

« Nous parlons d’environ 185 millions de migrants dans le monde, soit 2,5% de la population mondiale », explique Quy-Toan Do, l’un des directeurs du rapport de la BM, venu le présenter à Paris, le 11 mai 2023. Une grande partie de la migration est « Sud-Sud », entre pays de niveaux de revenus faibles ou intermédiaires ; parmi les réfugiés, sur un total de 35 millions, plus de la moitié sont dans ces pays ; beaucoup d’entre eux sont donc à la fois pays d’origine, pays de transit et pays de destination. « La migration est alors vue comme une source d’opportunités mais aussi source de bouleversements à travers le monde. »

Pyramide des âges de l’Italie, du Mexique et du Nigeria, en 1950, 2022, 2050.
Pyramide des âges de l’Italie, du Mexique et du Nigeria, en 1950, 2022, 2050.

 

La démographie aura un rôle moteur dans les migrations. On voit plusieurs types de démographies (voir graphique ci-dessus). En Italie, la pyramide des âges est sur le point de s’inverser, on y compte davantage de personnes âgées que de jeunes. Dans certains pays intermédiaires comme le Mexique, la transition démographique est bien engagée et devrait s’accélérer. On y compte (relativement) moins de très jeunes, peu de gens âgés, l’essentiel de la population étant en âge de travailler. De son côté, un pays comme le Nigeria restera jeune jusqu’au milieu du siècle, avec une forte population jeune.

Aux facteurs démographiques, s’ajoutera le facteur climatique. « Pour le moment, il a pour conséquence de petites trajectoires, à l’intérieur des pays ; qu’en sera-t-il demain, pour les populations dont la productivité agricole va diminuer ? », s’interroge Quy-Toan Do.

Des débats difficiles nous attendent, mais ils ne peuvent être évités ou retardés si l’on veut que les bénéfices de la migration se concrétisent, juge la BM.

 

Indispensable coopération internationale

Les pays d’origine et de destination doivent gérer les migrations de manière stratégique. Pour les pays d’origine, le défi consiste à maximiser l’impact de la migration de la main-d’œuvre sur le développement de leurs propres sociétés. Pour les pays de destination, le défi consiste à reconnaître et à exploiter le potentiel de la migration pour répondre à leurs besoins de main-d’œuvre à long terme, tout en traitant tous les migrants avec humanité et en s’attaquant aux impacts sociaux qui suscitent des inquiétudes parmi leurs citoyens.

Une coopération internationale plus forte est essentielle : Une coopération internationale plus forte est essentielle : bilatérale pour améliorer la compatibilité des migrants et multilatérale pour répondre aux mouvements motivés par la peur.

Lorsque l’adéquation entre les intérêts des pays d’origine et les pays de destination est forte, « les gains sont importants », détaille Quy-Toan Do : les pays de destination ne doivent pas laisser les controverses sociales et culturelles occulter les avantages économiques de la migration. La plupart des migrants ont beaucoup à gagner de leur migration, et bien plus lorsqu’ils ont des droits dans les pays de destination. Les pays d’origine doivent gérer activement la migration afin de profiter de ses bienfaits pour le développement.

Lorsque l’adéquation est faible, les coûts doivent être partagés et réduits de façon multilatérale : les situations de réfugiées doivent être gérées comme des enjeux de développement à moyen terme et non pas seulement comme des urgences humanitaires. Il faut réduire la migration tout en respectant la dignité des migrants.

 

Il est possible de mieux gérer les migrations

Selon ses auteurs, le rapport de la Banque mondiale est « porteur d’un message d’espoir ». Au milieu d’un débat dominé par des arguments idéologiques sur la question de savoir si les migrations sont bonnes ou mauvaises, il tente de répondre à une autre question : comment les migrations peuvent-elles mieux contribuer au développement mondial ? La réponse exige de reconnaître à la fois les avantages potentiels et les défis – économiques, sociétaux et humains – qui apparaissent lorsque les gens franchissent les frontières. La migration n’est ni universellement bonne ni universellement mauvaise. Elle est complexe et nécessaire, et doit être mieux gérée. « Chaque fois qu’elle est bien gérée, la migration est une puissante force de prospérité qui profite à tous : migrants économiques, réfugiés et personnes restées au pays, ainsi qu’aux sociétés d’origine et de destination », juge la BM. Qui cite des efforts de coopérations bilatérales ou régionales entreprises dans les Caraïbes ou au Pacifique.

L’économiste Quy-Toan Do, spécialiste des questions migratoires, dans les locaux de l'Agence française de développement, le 11 mai 2023.
L’économiste Quy-Toan Do, spécialiste des questions migratoires, dans les locaux de l’Agence française de développement, le 11 mai 2023.

 

Quelles pistes ?  « Étendre les protections, les encadrer ; augmenter les voies d’entrées légales afin de changer les solutions ; trouver d’autres formes de coopération au développement pour offrir d’autres voies au migrant que de partir de chez lui », résume Quy-Toan Do. Qui juge donc « nécessaire » de renforcer les coopérations bilatérales (notamment dans les migrations de travail) et coopérations multilatérales, notamment dans les cas des réfugiés.

Bien sûr, il faut remettre sur le tapis la question essentielle du financement, en raison du décalage entre les incitations de certains gouvernements et les besoins des migrants. Enfin, il faut prendre davantage de voix en compte, notamment ceux des partenaires sociaux.

@NA

Écrit par
Laurent Soucaille

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