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Politique

Un air de précampagne

Candidat à un quatrième mandat, Faure Gnassingbé dévoile sa stratégie. Après avoir fait éclater la Coalition de l’opposition et opposé son véto au retour de François Esso Boko, le président du Togo poursuit ses déplacements dans le pays. La campagne commence… 

Lomé, Max-Savi Carmel 

L’accord de principe avait pourtant été donné par le chef de l’État togolais à Franck Paris, responsable Afrique de l’Élysée, après de longs échanges par émissaires interposés : l’opposant François Esso Boko, ancien ministre de l’Intérieur, en exil en France depuis 2005, pouvait revenir à Lomé.

Pourtant, dès son arrivée à l’aéroport Charles-de-Gaulle, le 28 mars, l’ex chef d’escadron de la gendarmerie est empêché d’embarquer, aussi bien par sept policiers français qui l’attendaient, que par la compagnie Air France. Au dernier moment, le président Faure Gnassingbé a changé d’avis avant d’envoyer l’un de ses ministres prévenir Paris. 

Une dissolution de la coalition d’opposants C14 devrait, si elle aboutit, favoriser l’écrasante victoire du parti au pouvoir. Pour autant, rien n’est gagné pour le Président sortant.

Parallèlement, l’Alliance nationale pour le changement (ANC) a annoncé son départ inattendu de la C14, la coalition de partis d’opposition. Dans la foulée, deux membres de la coalition ont rejoint la nouvelle commission électorale constituée uniquement d’UNIR (Union pour la République, majorité présidentielle), et de ses alliés. Une situation inédite qui permet à Faure Gnassingbé d’avoir la main sur les élections locales et municipales prévues en juin 2019, ainsi que la présidentielle de mars 2020. 

Faure lance sa machine à gagner 

Profitant du boycott des dernières législatives par l’opposition, le gouvernement a vite pourvu aux postes de la CENI (Commission électorale nationale indépendante) où il détient la majorité. Ce, grâce aux cinq représentants du parti au pouvoir, mais aussi ceux de la société civile, tous proches de l’UNIR ainsi que ceux des partis parlementaires (UFC, MPDD et NET), tous alliés de la majorité présidentielle.

Le nouveau gouvernement, en place depuis fin janvier, s’apparente à une équipe de combat, qui fait la part belle à la région Centrale, traditionnellement hostile au chef de l’État et fief de Tikpi Atchadam. Les trois nouveaux ministres qui en sont originaires ont pour principale mission de calmer une population, celle de l’ethnie Tem, opposée au pouvoir depuis les manifestations du 19 août 2017.

Depuis le mois de février, Faure Gnassingbé multiplie aussi des conseils de ministres délocalisés, dans les zones les moins accessibles du pays, une occasion d’aller à la rencontre des populations, sur un air de campagne électorale. 

Le PND (Programme national de développement) lancé le 4 mars, est vite devenu un instrument de campagne pour un Président dont la popularité a été mise à mal par les nombreuses manifestations de 2018. Si ce plan est en apparence très ambitieux, l’opposition dénonce un PND non inclusif, lancé sans qu’elle ne soit consultée.

Faure Gnassingbé multiplie des voyages à la recherche de financements, d’autant que l’État doit apporter 35 % des 4 600 milliards de F.CFA (7 milliards d’euros) nécessaires à sa réalisation. Classé 129e dans le dernier rapport de Transparency International, le Togo a perdu 12 points en une année. La corruption pourrait constituer un handicap pour le financement du PND. Ce qui n’empêche pas le Président de le brandir comme sa trouvaille de précampagne. 

L’opposition en fragments 

Au cours des deux derniers mois, la moitié des partis membres de la C14 ont claqué la porte. Après deux ans d’union de façade, l’opposition a été gagnée par ses vieux démons. D’abord, le Parti national panafricain, puis la principale formation de l’opposition, ANC, suivi du Parti des Togolais ainsi que d’autres micro-partis dont Le Togo autrement, de Fulbert Attisso. 

Depuis le boycott des législatives, Faure Gnassingbé a chargé Gilbert Bawara, l’influent ministre de la Fonction publique, de débaucher quelques partis d’oppositions. Ainsi, le CAR, de Yawovi Agboyibo, a-t-il précipité son départ de la C14 afin de pouvoir siéger à la commission électorale. L’Alliance des démocrates pour un développement intégral (ADDI) a quant à lui, tout en restant au sein de la C14, postulé à la CENI, au titre de parti extraparlementaire. Enfin, les partis restés dans la Coalition peinent à trouver des positions par consensus comme le recommandent les pratiques au sein de la C14. 

Le PNP hausse le ton 

Les Forces des démocrates pour la république (FDR), la Convention démocratique des peuples africains et le Parti socialiste pour le renouveau, souhaitent le maintien de la C14, tandis qu’ADDI, qui tient à prendre part, quoi qu’il arrive, aux prochaines élections, n’écarte pas sa dissolution.

Une situation qui devrait, si elle aboutit à une participation en rang dispersé aux scrutins, favoriser l’écrasante victoire du parti au pouvoir. D’autant qu’à l’appel de l’opposition, ses militants ont boudé les derniers recensements électoraux, perdant de fait la qualité d’électeur. 

« Nous empêcherons la réélection de Faure Gnassingbé », jure Tikpi Atchadam. Le leader du PNP multiplie les manifestations ; il entend maintenir le cap jusqu’à la présidentielle. Au ministère de l’Intérieur, on réfléchit à un plan pour empêcher ou interdire ces manifestations, si elles deviennent récurrentes. 

De son côté, François Boko planifie une tournée diplomatique. Il pourrait se rendre en Allemagne, en Belgique, en Grande-Bretagne, mais aussi aux États- Unis où il a déjà été reçu en mars, au Sénat et au secrétariat d’État. Des initiatives qui ne devraient pas inquiéter Faure Gnassingbé, d’autant que ni Atchadam, ni Boko, ne peuvent être candidats.

Tous hors du pays, ils sont frappés par la disposition de résidence qui oblige les potentiels candidats à résider au Togo pendant les douze mois précédant le scrutin. Mais de grandes manifestations comme celles de fin 2017 pourraient réduire les mouvements de population et impacter sur les élections.

Et au sein des chancelleries occidentales dans le pays, des diplomates s’inquiètent de la situation. En fin de mission, en février, David Gilmour s’est dit « inquiet » ; l’ambassadeur des États-Unis a demandé au gouvernement de faire des concessions pour « faire avancer la démocratie ». Paris déplore aussi le refus opposé à François Boko de retourner dans son pays, malgré l’accord de principe du président togolais.

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