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Politique

Tunisie : Recours massif au fichage

« Un fiché qui est mon patient a, un jour, lancé une bonbonne de gaz depuis le 1er étage sur un policier en contrebas. Un autre quitte immédiatement le tram quand il voit un uniforme entrer pour ne pas céder à la tentation de le frapper », illustre la psychologue.

Ismaël assure n’avoir jamais voulu s’en prendre aux policiers, mais il a perdu toute confiance en eux. En fait, Ismaël a perdu foi dans l’homme. À part sa femme et ses quatre filles, il côtoie le moins possible ses congénères humains : « Heureusement, j’ai une grande bibliothèque. Je lis beaucoup. Surtout des livres scientifiques. » Des sciences dures où les règles, elles, sont respectées, immuables, récon­fortantes. 

ENCADRE

Profil-type du « fiché »

Les personnes fichées ne sont pas soumises aux mêmes contraintes selon le type de fichages. Il existerait au moins trois types de fiches : S17, interdiction de sortir du gouvernorat ; S19, interdiction de sortir de la ville et S1, obligation de rester au domicile. Les associations essaient de contester en justice les fichages. Mais la tâche est compliquée par le fait qu’il n’existe pas de trace écrite : ni texte officiel, ni justificatif remis à la personne visée. Pour contourner cette opacité, les organismes écrivent une lettre avec accusé de réception au ministère de l’Intérieur pour savoir si telle personne est fichée. En l’absence systématique de réponse, les associations se servent du récépissé pour instruire une procédure devant le tribunal administratif.

Des victimes prudentes

L’ancien ministre de l’Intérieur, Hédi Majdoub expliquait en avril 2016 aux députés, que sur les 134 procédures lancées sur la question, 96 étaient encore en instruction et 39 avaient été jugées dont 37 en faveur du ministère de l’Intérieur. Mais même dans les deux cas favorables aux plaignants, le ministère n’a pas voulu révéler si les fichages avaient été levés. « Les victimes n’osent pas porter plainte, car elles ont peur que leur situation ne s’aggrave », explique Najla Talbi, en charge du sujet à l’OMCT.

L’Observatoire des droits et libertés a été la première organisation, en 2013, à recenser les fichés. Il s’est basé sur 524 cas pour établir le profil-type : un homme (96 % des cas) entre 20 et 40 ans (93%) habitant dans le grand Tunis ou les principales villes côtières (22 %) et étudiant (34 %). La moitié n’avait jamais eu affaire à la police auparavant. Il découvre son fichage au cours d’un banal contrôle d’identité sur la voie publique (67 %). Lors de son arrestation, il n’a pas accès à un avocat (98 %) et sa famille n’est pas mise au courant (87 %).

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